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Full text of "Recueil de procédés et d'expériences sur les teintures solides : que nos végétaux indigênes communiquent aux laines & aux lainages"

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RECUEIL 

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PROCÉDÉS ET D'EXPÉRIENCES 

SUR LES TEINTURES SOLIDES 

que nos Végétaux indigènes communiquent 
aux Laines & aux Lainages. 

Par M. L. A. Damb OU RKEY 'j Négociant à Rouen; 
Membre de diverfes Académies & Sociétés. 

ÎMPRIMÉ PAR ORDRE DU GOUVERNEMENT* 

-»■■■■ ■ ■ ■ — .. -- ^ 
Si quid novijïi reciius iftis , 

Candidus irr.pcrti :fi non , his utere mecum. 

H O R A T. 




A PARIS, 

De l'Imprimerie de Ph.-D. Pierres, 

Premier Imprimeur Ordinaire du Roi , <3cc, 

rue Saint- Jacques. 

1 — ' * 

M. DCC, L XXX VI, 



A MONSEI GNEUR 

DE CALONNE, 



MINISTRE, 



CONTROLEUR GÉNÉRAL DES FINANCES* 



Monseigneur, 



Ce ST au Minijlre qui protège & dirige 
f .e Commerce de La France , que j'ai déjîré 
^réfenter un Recueil d Expériences qui ten- 
dent a ouvrir une carrière nouvelle a tin^ 



dujlrie nationale. Appréciateur bénévole de 
mes intentions , Vous ave^ daigné , MON- 
SEIGNEUR, agréer mon hommage. Cette 
précieufe récompenfe de mes travaux ejl un 
encouragement pour les hommes qui peuvent 
les rendre plus utiles en les perfectionnant m 
Ainfi par une faveur particulière > le génie 
fait préparer le bien public. Puijfe-t-il un 
jour m acquitter envers Vous , en fuppléant 
aux actes de ma reconnoijfance , & du très- 
profond refpecl avec lequel je fuis , 

Monseigneur, 



Votre très-humble 8c trèr 

obéifTant ferviteur, 

L. Dambovrnsy. 



AVERTISSEMENT. 

J_jE favant Ouvrage que M. Le Pileur 
d'Appiigny fie paroître en l'année 
1770 , fous le titre modefte d'Eûai 
fur les moyens de perfectionner l'Art 
de la Teinture , m'avoit infpiré le défir 
de multiplier les ingrédiens colorans, 
en les cherchant parmi nos végétaux 
indigènes. Mais iong-tems je fus arrêté 
par la perfuafion, que la fugacité de 
leurs fécules s'étoit oppofée au fuccès 
des Expériences que Ton en avoit dû 
faire avant moi. Cependant , l'objet 
confiant de mes regrets , mon digne 
ami , feu Louis Delafollie , m'ayanc 
donné fon Procédé pour fixer fur les 
Laines , les colorans réputés de petit- 
Teint , je me livrai à i'efpoir de ré 
fer mon projet, 

A 



a. Avertissement. 

J'entrepris donc , en Septembre 
J 779 9 ce travail , qui depuis a été 
encouragé par l'accueil de l'Admi- 
niftration , les Suffrages du célèbre 
Macquer , & ceux de fon favant Suc- 
cefTeur. 

Lqs Fleurs , les Fruits , les Bois , 
les Plantes & les Racines indigènes, 
ou naturalifés en Normandie , m'ont 
procuré fur Laine plus de poo nuan- 
ces folides au favon & au vinaigre. 

Quoique eflentiellement diverfes, 
plu/leurs de ces nuances femblent fe 
confondre, parce que différens végé- 
taux m'ont donné des réfultats qui fe 
rapprochent. C'eft une générofité de 
la Nature, qui nous procure ainfi àQ$ 
-fupplémens , 8c la liberté de pré- 
férer ceux dont l'acquifition , ou le 
traitement , offriront le plus de faci- 



Avertissement. 3 

lité. Les couleurs , que leur bizarrerie 
femble même exclure de la décora- 
tion dts habiliemens , font précieufes 
pour les ombres ci les demi-teintes 
des tapiiTeries. 

On objectera peut-être que, dans la 
pratique actuelle , on exécute par des 
mélanges d'ingrédiens la plupart de 
celles que j'ai obtenues ; j'en con- 
viens : mais le fuccès dépend alors 
de l'exaétitude des dofes & de l'uni- 
formité dans l'énergie de chacune des 
drogues employées. L'air & le foieil, 
principes & fléaux de toutes les cou- 
leurs , attaquent d'abord les moins fb- 
lides de ces ingrédiens , & bringent 
l'étoile. Dans mon fyftême au con- 
traire , point de variétés à craindre 
dans l'énergie , point d'erreurs dans 
les àoks : le foleil n agiflànt que fur 

A x 



4 Avertissement. 

des atomes colorans homogènes , ou 
intimement combinés par la Nature , 
il les altère à la longue , mais par une 
dégradation uniforme & fans les barrer 
ni bringer. 

Je dois connoître affez les principes 
du Commerce pour ne point ignorer 
qu'on eft fbuvent forcé d'acheter les 
matières premières de nos Arts, chez 
les Nations auxquelles il eft encore 
plus intérelîant de vendre les produits 
de notre induftrie , que ( ceffant ces 
échanges ) elles ne feroient point en 
état de payer. Je n'ai donc jamais pré- 
fumé que mon travail ,> perfectionné 
même par des mains plus habiles, nous 
difpensât de tirer des ingrédiens colo- 
rans de l'Étranger. Mais il m'a paru 
au moins agréable de connoitre les 
ïichefles naturelles de ce climat , fauf 



Avertissement. $ 

à n'en ufer que dans les circonftances 
critiques occafionnées par des guerres, 
ou par le monopole , ou la politique 
fifcale des Etats voifins. 

L'Académie de Rouen applaudit à 
mes EfTais , comme à des objets de 
curioGté , à des moyens tendans aux 
progrès de l'Art & de l'Hiftoire Na- 
turelle. La Société Royale d'Agricul- 
ture s'y eft intéreflee , parce que vu 
qu'ils préparent une valeur vénale à 
quantité d'herbes nuifibles aux grains, 
elle efpere que les Cultivateurs en de- 
viendront plus attentifs à les en extir- 
per. Elle fe flatte même que les arbuf- 
tes les plus vils en apparence, m'ayant 
procuré les plus belles couleurs , on 
fe déterminera, peut-être, à leur con- 
sacrer les terreins arides , ou maré- 
cageux , qui jufqu'à préfent fe refu- 

À5 



6 Avertissement. 

foient à la culture , & qui fùffiront à 
leur végétation. 

On ceiTera d'être furpris de la quan- 
tité d'arbres & d'arbriffeaux d'origine 
étrangère dont j'ai fait ufage , en ap- 
prenant que M. Pinard, Profeffeur de 
Botanique, à Rouen; MM. Rondeaux, 
Parfait-Grandin , le Marquis de Limé- 
zy , & quelques autres Amateurs , 
m'ont facrifié des branches de prefque 
tous ceux qu'ils font cultiver. Je les 
prie d'en agréer ici les acles de ma 
reeonnoiiTance , & notamment M. 
Parfait-Grandin , qui m'a généreufe- 
ment donné toutes les laines fines que 
mes nombreufes Expériences ont con- 
sommées. 

Ce Traire ? purement de pratique , 
n'offrira point de réflexions , ou d'hy- 
pothèfès théoriques. Il n'appartient 



Avertissement. 7 

qu'aux Maîtres d'expliquer les prin- 
cipes d'un Art généralement exercé , 
mais qui doit jufqu'à préfent prefque 
tous fes fuccès à la tradition , au tra- 
vail opiniâtre , & à des hazards heu- 
reufement faifis. Je crois feulement 
pouvoir induire de mes nombreufes 
Expériences, que fans terres atténuées 
& phlogiftiquées, telles que celles qui 
réfultent de la fonte des fels & de la 
difiblution des métaux , il n'y a point 
de folidité dans les couleurs. Je penfe 
avoir de même obfervé , que toutes 
ces terres doivent être immédiatement 
portées fur la laine dans le bouillon 
d'apprct , Se qu'elles dénaturent prek 
que toujours le bain colorant. Quel- 
ques fcrupuleufes qu'aient néanmoins 
été mes obfervations depuis cinq an- 
nées , j'ai fi fouvent été dupe des 
apparences } que je ne crois rien d'im- 



8 Avertissement, 

poiîible à découvrir dans un pays pre£ 
qu'inconnu , Se je n'entends propofer 
d'exclulion pour aucune tentative. 

L'apprêt imaginé par mon ami , L. 
Delafoliie , eft celui qui m'a réufîi le 
plus généralement pour fixer les fé- 
cules de nos végétaux. Je me fuis ce- 
pendant permis avec fuccès , à l'égard 
de quelques-unes , d'en varier la bafe 
métallique. Souvent même les recet- 
tes triviales m'ont donné des nuances 
nouvelles & folides. Le récit naïf de 
mes opérations eft tout ce que je crois 
devoir offrir aux Artiftes , auxquels U 
eii réfervé de les perfectionner. 

J'ai balancé long-tems fur le plan 
à fuivre & la forme à donner à cet 
EiTai. Mon premier projet étoit de le 
rédiger par çialTes de couleurs , & il 
avoit obtenu l'approbation de M, Mac- 
quer, Mais on ma objecté que le me- 



Avertissement. 9 

me végétal m'ayant procuré des cou- 
leurs différentes , fuivant les moyens 
divers par lefquels il étoit traité , il 
en réfulteroit confufîon , ou tout au 
moins néceiîité d'y revenir à plufieurs 
fois. L'Adminiftration confultée a 
donc préféré celui que m'avoit fug- 
géré M. notre ProfefTeur de Botani- 
que, ïl confifte en ce que par ordre 
alphabétique des noms Français ou 
adoptés dans cette langue , je donne le 
détail de toutes les nuances que m'a 
procuré chaque objet interrogé par 
diverfes manipulations. Le nom Botani- 
que, marginal , ou trivial , impofé par 
le Chevalier de Linné,préviendra toute 
erreur quant à l'identité du végétai 
dont je me fuis fervi , & les réfultats 
feront clailés par couleurs dans une 
des Tables qui termineront l'Ouvrage. 
Ceci fera précédé par la defeription 



io Avertissement. 

de l'Attelier & des Inftrumens indi£- 
penfàbles pour ce nouveau genre de 
Teinture ; de la compofition du mor- 
dant ou apprêt 'de M. Delafollie,& 
de toutes les modifications que la ré- 
flexion, ou le hazard , mont mis dans 
le cas d'y apporter. J'expoferai les pré- 
cautions à prendre pour réuflir dans 
les difiblutions métalliques <& leur em- 
ploi. Enfin je ne parlerai que d'après 
l'expérience , fàuf à réformer dans un 
Supplément les erreurs que l'illufion 
m'aura fait commettre , ou ajouter ce 
que la continuité du travail m'aura fait 
découvrir de nouveau. 

Je demande d'avance grâce pour 
le ftyle.Je délire qu'il ne rebute pas 
les Savans , en droit de m'inftruire ; 
mais j'écris particulièrement pour cette 
claiTe d'hommes aétifs & précieux, qui 
préfèrent la clarté à i'éiocution. 




m — nr—iTrtr jffr-^fiiritf 



RECUEIL 



D E 



PROCÉDÉS ET D'EXPÉRIENCES 
Sur les Teintures solides 

que nos Végétaux indigènes commu- 
niquent aux Laines & aux Lainages. 



CHAPITRE PREMIER. 
De VAttelier. 

V-j E s nouvelles Teintures étant unique- 
ment extrac&ves , il faut commencer par 
réduire les bois , les racines , & les plantes 
dans un état de divifîon qui facilite à l'eau 
bouillante la communication de leurs ato- 
mes coiorans. C'eft ce qu'on ne peut efpé- 



ïi Procédés ô Expériences 

rer en grand 5 que des moulins à couteaux, 
tels que ceux qui font en ufage pour pul- 
vérifer l'écorce de chêne , & en faire ce 
qu'on appelle du Tan. Le mouvement leur 
fera imprimé par le vent , par un courant 
d'eau 3 ou par des chevaux , félon les cir- 
confiances Se la fîtuation. 

Toutes les décoctions doivent être faites 
dans des chaudières de cuivre , montées 
d'après l'ufage moderne , c'efi-à-dire y fur 
des fourneaux à évents 5 qui permettent à 
la flamme de circuler prefque dans tout 
leur pourtour. Ceci , en accélérant Pébulli- 
tion , économife beaucoup de tems 6c de 
matières combuftibles. 

L'intérieur de la chaudière doit être 
garni d'un panier ferré , ou d'un fac de 
canevas , qui, au moyen d'une moufle fixée 
au plancher, perpendiculairement au cen- 
tre du vafe ,, puiffent être enlevés après 
la décoction faite. On fe débarraffe ainfi 
du marc de l'ingrédient colorant y pour ne 
biffer dans la chaudière que le bain tiré 
fufSfamment au clair. Mais parce qu'on 



fur les Teintures folides* 13 

emploie quelques fruits , & beaucoup de 
végétaux en fève ou herbacés, le fac me 
femble préférable à leur égard , en ce qu'a- 
près que la fufpenfîon Ta égoutté , on peut 
le porter fous une prejje établie à cet effet 
dans un coin de l'Attelier , & en obtenir 
encore beaucoup de bain , que l'emploi 
du panier laifleroit perdre. Il faut avoir 
foin de laver en eau courante ces paniers, ou 
cesfacs , tandis qu'ils font encore chauds, 
afin que la couleur qu'ils viennent d'ac- 
quérir ne puifTe influer fur celles à l'ex- 
traction defquelles on les deftine fuccef- 
fivement. 

Le bain , ainfi reftant dans la chaudière , 
eft prêt à recevoir la laine piettée ou ap- 
prêtée de quelque façon que ce foit. Mais 
tous les bains ne colorent pas dans le mê- 
me intervalle de tems , ni au même depré 
de feu. Les uns fe communiquent rapide- 
ment , & même fans bouillir : tels font en 
général les jaunes que le bouillon ternit Se 
dégrade en les bruniflant. Ceux des rubïa- 
cées , ou plantes de la famille de la Garan- 



14 Procédés & Expériences 

ce , exigent un peu plus de tems , mais 
très-peu d'ébullition. Il en eft de même de 
mon vert-olive-natif \ & de quelques autres 
cités en leur lieu : ils peuvent donc être 
traités dans les chaudières montées d'après 
l'ufage moderne. Mais une multitude d'au- 
tres nuances ne fe porte fur la laine que 
graduellement , par l'évaporation d'une 
grande partie du bain , ôc fa réduction en 
extrait ou rob. Il ne convient donc y em- 
ployer que des chaudières dont le feu ne 
frappe que le fond , afin que la réduction 
fe puiffe opérer fans brûler ni le métal ni 
le contenu. Il feroit même à défirer 5 (î 
cela ne rendoit pas les viremens de la 
laine par trop difficiles ^ que ces chaudières 
eufïent la forme d'une cloche renverfée , 
qu'elles fufTent plus étroites dans le fond 
qu'à l'orifice , afin que la diminution de 
Tefpace pût compenfer celle du bain ré- 
duit. Telles font toutes les couleurs donc 
le procédé exige le long bouillon. 

Les chaudières montées à Pnfage anti- 
que font préférables auffi pour pietter ou 



fur les Teintures folides. 15 

donner les mordans aux laines , en ce que 
la confervation des autres exige qu'on y 
laifle une trop grande quantité d'eau a 
qui délaie & affoiblit l'apprêt. Tel vafe , 
par exemple , convenable pour teindre les 
foixante livres de laine deftinées à la fa- 
brication d'un drap , devroit être vide à 
moitié pour les apprêter. Or , la monture 
moderne ne le permet pas , puifque la 
flamme circule jufqu'aux trois quarts do 
fa hauteur. En général tous les apprêts qui 
font ainfî noyés ou délayés deviennent dé- 
biles & manquent le but. Il n'y faut que 
la quantité d'eau indifpenfablement nécef- 
faire pour manier &; tourner la laine , à 
l'aide de Pébullition ( 1 ). 

La plupart de nos ingrédiens indigènes 
font riches en qualité , mais pauvres en 
quantité du colorant , & par conféquent 
ils occupent beaucoup de place. Il con- 
viendroit donc d'en faire la décotHon dans 



( 1 } Toutes les décoctions Se opérations peuvent fe faire 
en employant le charbon de terre , comme avec le bois. 



i6 Procédés Expériences 

une vafte chaudière à évents, puis en trans- 
vafer le bain tiré au clair, dans celles cî- 
deffus deftinées à la Teinture par réduc- 
tion. On avance même beaucoup les opé- 
rations en faifant déjà réduire & concen- 
trer ces bains colorans avant d'y abattre 
les laines qui , par Teau qu'elles y appor- 
tent , les étendent ôc délavent toujours. 

UAttelier fera d'ailleurs fourni de tous 
les Inftrumens ufîtés , Se fervi par un Contre- 
Maître &c des Ouvriers accoutumés à tein- 
dre en laine. Quant aux manipulations 3 
j'efpere qu'on les trouvera fuffifamment 
décrites dans le cours 3 Se à chaque article 
de cet Ouvrage. 




CHAPITRE 



furies Teintures folides. 17 



CHAPITRE II. 

Mordons métalliques divers. Apprit de feu 
M. Delafollie. 

JLJans un bocal ou matras de verre à 
long & large col , aflez grand pour que 
la moitié de fa capacité refte vide , verfez 
quatre livres d'acide-nitreux , à vingt-fix 
fols la livre , c'eft-à-dire , peu concentré. 
Pofez ce bocal dans un grand plat de 
terre , prefque plein de cendres froides > 
pour l'y fixer debout. Adaptez un bou- 
chon de liège convenable à fon orifice , &C 
placez le tout fous le manteau d'une che- 
minée. Projettez-y peu-à-peu , par fortes 
pincées, jufqu'à feize onces de bifmuth, 
ou étaim de glace , réduites en poudre 
groffiere , & bouchez prompcernent après 
chaque projection, afin de prévenir la perte 
des vapeurs rouges , en évitant fur-tout de 
les refpirer. Ne projettez de nouveau qu'a- 
près la diiTolution totale de chaque pin- 



î8 Procédés & Expériences 

cée , & ainfî de fuite jufqu'à l'emploi des 
feize onces. La folution bien faite doit 
avoir une couleur de vert de mer clair , 
laifler très-peu de boue noire au fond, &C 
ne charier ni dépofer aucuns fels ou cryf- 
taux blancs. Confervez-la bien bouchée 
pour ne vous en fervir que le lendemain , 
& au plus tard le quatrième jour après 
qu'elle a été faite , vu qu'elle perd aifément 
fon phlogiftique. 

Pour apprêter foixante livres de laine 
deftinées à former un drap ; prenez cinq 
livres de tartre rouge , ou blanc , bien 
choifi , pulvérifé récemment &c paffe au 
tamis de crin : dix livres de faumure de 
fel marin faite en eau froide ou tiède , £c 
fat urée au poids de quatre degrés du pefe- 
liqueur d,es Savonniers. 

Mettez au bouillon une chaudière def- 
tïnée à teindre la laine d'un drap , mais 
feulement à moitié pleine ; projettez-y 
doucement , &: par poignées d'environ qua- 
tre onces y le tartre en poudre , afin d'évi- 
ter que l'effervefcence , qui eft néceffaire 3 



fur les Teintures folldes. 19 

De faile franchir à l'eau les bords du vafe, 
ce qui arriveroit fi Ton y jettoit le tartre 
en trop grande quantité à-la-fois. Verfez-y 
enfuite fimultanément la dHïbiuticn mé- 
tallique & la faumure ; palliez & rabotez 
de fond pour exactement mêler & répar- 
tir le contenu en la chaudière, 6c abat- 
tez-y diligemment les foixante livres de 
laine lavée de fon dégrais & bien égout- 
tée de fon lavage ; plongez & noyez-la le 
plus exactement polîible ; travaillez-la aux 
crochets également &: promptement , afin 
qu'elle s'imprègne bien de l'apprêt. Pouffez 
le feu pour ramener Pébullition de laquelle 
vous profiterez pour la tourner plusieurs 
fois. Laiffez bouillir doucement une d:mi- 
heure fans prefque cefler de crocheter. 
Enlevez la laine pour la barquer & laiffer 
égouter de cet apprêt , lequel je défigne- 
rai pour abréger , par les lettres LF. 

Dans l'intervalle, difpofez le bain colo- 
rant dans lequel vous abattrez votre laine, 
&; l'y travaillerez fuivant l'art. 

Si vous défirez teindre des étolTes en 



lo Procédés & Expériences 

pièces, il faut les paffer au tourniquet, 
les noyer dans l'eau bouillante par plufieurs 
tours pendant un demi-quart-d'heure , les 
enlever , & dans la même eau , fi les étoffes 
font blanches 6c propres , former votre 
apprêt toujours en raifon des dofes de 
drogues & quantité d'eau ci-deffus dé- 
signées pour le poids de foixante livres. 
Le tout étant bien mélangé , abattez-y 
l'étoffe tout-à-la-fois pour la bien impré- 
gner. Repaffez-la au moulinet ; pouffez le 
feu & tournez pendant demi-heure en l'é- 
tendant fur fa largeur , afin qu'elle prenne 
la couleur également. Il faut ici plus de 
feu que pour la laine , vu que les parties de 
l'étoffe qui paffent fucceflivement hors de 
la chaudière , éventent &c refroidiffent con- 
fidérablement le bain d'apprêt. Enlevez la 
pièce fur le moulinet & l'y laiffez égoutter, 
en lui donnant diverfes Situations, pour qu'il 
ne refte pas beaucoup plus d'apprêt dans 
une partie que dans d'autres. Après une 
demi-heure, vous la pourrez abattre encore 
tout-à-la-fois dans le bain colorant , ou 



fur les Teintures folides. i i 

étant exactement plongée , vous la repaf- 
ferez & tournerez au moulinet jufqu' à ce 
qu'elle ait atteint la nuance défirée. 

Ces manipulations étant indifpenfables 
& communes à tous les apprêts métalliques 
qui vont fuivre , je ne les répéterai pas à 
chacun , afin d'éviter la prolixité. On vou- 
dra bien donc y revenir, & s'y conformer. 

Mais avant d'entreprendre un apprêt en 
grand , il eft prudent de s'afTurer en petit 
des conditions effentielles ci-après , favoir : 

i°. Si la difïblution eft bonne ; vu que 
la moindre négligence dans la manipula- 
tion , dans le choix du métal , dans celui 
du menftrue & des drogues acceffbires , 
peut faire manquer l'opération , perdre le 
tems , la dépenfe > & altérer la qualité de 
la laine. 

2 . Si cette laine eft fuffifamment dé- 
graiiïee & lavée de fon bain de dégrais. 

3°. Si les ingrédiens colorans font en pro- 
portion requife & d'énergie fuffifante pour 
la nuance qu'on défire. 

4°. Jufqu à quel degré de réduction on 

b 3 



22 Procèdes ô Expériences 

doit amener les bains de longue culte , pour 
obtenir la couleur qu'on s*eft propofée ; et 
enfin tout ce qu'il convient de pratiquer , 
ou d'éviter , pour être moralement affuré 
du fuccès. 

À cet effet , prenez fept gros humides 
ou quatre gros {ces de la laine , ou de 
l'étoffe dont il s'agit. 

Mettez dans un poêlon de cuivre rouge, 
ou jaune 5 félon la nature de votre chau- 
dière ? fix demlards ou pinte & demie > ou 
foixante & douze pouces cubes de la mê- 
me eau qui doit vous fervir en grand. Dès 
que vous l'aurez amenée à l'ébullition 3 
projettez-y par pincées dix-huit grains de 
votre tartre en poudre, L'effervefcence cal- 
mée 5 jettez-y^ enfemble dix-huit grains 
de votre fblution métallique & trente-fix 
grains de votre faumure. Mêlez bien le 
tout ; abattez-y votre laine ou étoffe , tra- 
vaillez & remuez pendant demi-heure au 
petit bouillon. Enlevez , égouttez & abat- 
tez dans un bain colorant compofé dans 
les proportions relatives aux projets de 



fur les Teintures folides. 1 3 

l'opération en grand 3 fauf à les changer 
d'après l'effet de l'opération en petit , la- 
quelle doit aufli vous fervir à- peu-près de 
régie pour la durée èc le degré de feu à 
employer. 

Il ne faut pas induire les proportions de 
folution métallique & d eau en grand , de 
celles ci-deffus en petit. On doit ^ lors de 
l'opération en grand 5 augmenter la fo- 
lution & diminuer l'eau du bain n parce 
que foixante livres de laine ne peuvent 
jamais être égouttées auffi exactement que 
quatre gros. Elles apportent donc néceiïai- 
rement dans la chaudière beaucoup de 
fluide , qu'il faut compenfer en diminuant 
l'eau & renforçant les parties actives. Or , 
en petit, la diffblution métallique effc en 
raifon du feizieme du poids de la laine ; 
&; en grand, elle doit être au moins d'un 
douzième ; le tartre doit toujours être en 
poids égal , & la faumure en poids double 
de la diffolueion métallique. 



B 



24 Procédés & Expériences 

Première modification que y ai cru devoir 
apporter au Mordant ci-dejfus , a dejjein 
d* exalter les rouges des rubiacées. 

J'ai fubftitué au tartre en poudre la mê- 
me dofe de crème ou cryftal de tartre , 
également pulvérifé & tamifé. 

Id. A la folution du bifmuth par l'acide 
nitreux 5 celle de Tétain fin de Malack , 
ou tout au moins de Cornouailles , en 
petits chapeaux , grenaille ou gratté fur le 
tour, &: projette dans Feau régale ci-après. 
Dans quatre livres de bonne eau-forte , 
à trente-fix fols la livre , & quatre onces 
d'eau pure , diffolvant bien le favon j j'ai 
fait fondra à froid quatre onces de fel 
ammoniac 4'Egypte en poudre groffiere. 
Lorfqu'il a 4À bien fondu , j'ai mis le bocal 
ou matras fur un bain de cendres que j'ai 
échauffé par degrés , & j'y ai projette peu- 
à-peu , par pincées d'environ trente -fix 
grains chacune , neuf onces d'étain fine- 
ment gratté en rubans. J ai obfervé de tenir 



fur les Teintures folides. 2 J 

le matras bouché , & de ne l'ouvrir que 
pour projerter de nouveau auflî-tôt que la 
difïblution de la proje£tion précédente 
étoit complette. La chaleur du bain de 
cendres également entretenue , la folution 
s'eft trouvée accomplie en dix-huit heures 
de tems. Elle pefoit cinq livres une once , 
qui , avec autant de crème de tartre & dix 
livres deux onces de faumure, formoit l'ap- 
prêt de foixante livres de laine , ou de 
lainages. 

Cette difïblution peut fe faire au foleil 
pendant les mois de Juin, Juillet 6c Août; 
mais elle exige au moins trois jours, c'eft- 
à-dire , trente heures d'expofîtion à l'a&i- 
vité de fes rayons. 

Elle ne doit être employée que deux à 
trois jours après qu'elle eft bien repofée ôc 
épurée, Elle conferve fon phlogiftique pen- 
dant plus de deux mois, & jufqu'à ce quelle 
perde de fa diaphanité , en commençant à 
girafolifer (1). 

(l) Je prie le Le&ciir d'exeufer ce mot faâicc, qui m'a 



%6 Procédés & Expériences 

Cet apprêt eft exquis auflîpour les jaunes 
extraits de la famille âes peupliers ; mais la 
folution avec moitié moins de métal leur 
fuffit. Je désignerai celle ci-defïus par la 
lettre E j , qui annonce que rétain y eft 
entré pour un huitième du poids du menf- 
true. 

Si de fa nature la laine a peu de nerf, 
H arrive qu'elle fe détériore 6c fe cordelle 
dans cet apprêt ; en ce cas il convient dou- 
bler la dofe de crème de tartre , &: dimi- 
nuer d'un quart celle de la faumure. La 
laine en fort en meilleur état , mais le 
rouge en eft moins rofé , & il porte plus 
à la couleur de feu qu'à Pécarlate. 

En fubftituant dans cet apprêt E 1 5 l'a- 
lun à la crème de tartre , la garance com- 
munique à la laine une éclatante couleur 
de glaucium _, ou as pave t cornu (i). 






paru exprimer brièvement que la folution devient laiteufe & 
chatoyante , comme la nacre de perle > ou la j. ierrede girafol. 
(i) L'eau régale de Margraff eft compofée d'une oncç 
d'acide nitreux pur , & trente-fîx grains de fei ammoniac. 
MM. Bayen 3c Charlat y ont ajouté depuis une jufqu'à trois 



fur les Teintures folzdes. zf 

Deuxième dijjblution d'Étain. 

Dans quatre gros d'eau-forte , j'ai fait 
fondre un gros de fel marin. Ce menftrue 
a opéré la diiïblution d'un gros d'étain. 
Mais peu de jours après je vis s'y former 
une aggrégation de cryftaux > ce qui me 
détermina à laifTer le petit matras en place 
& bien tranquille. Trois femaines après 
j'en retirai un bîôc de cryftaux pefant un 
grcs , fort fembîable à du nitre de troi- 
sième cuite , mais d'une faveur plus acide. 
Il fulmina visroureufement fur les char- 
bons ardens : cependant Tétain refta conf- 
tamment diiïbus. L'expérience répétée m'a 



parties d'eau. Ils annoncent encore que dans trois onces d'acide 
marin ^ ils ont diiTous , à l'aide du tems & du feu, jufqu'à 
une once d'étain 5 Expérience que j'ai vainement tenté de 
répéter , fans doute parce que je n'aurai pas opéré avec aiTez 
de précifion. J'euiTe été pourtant fort curieux de voir l'effet 
en Teinture de cette folution fuper-faturée de métal. Peut- 
être eut-elle procuré aux rouges de- garance ce degré de 
rofage qui leur manque uniquement pour les aiTimilex à l'é- 
carlate. 



%$ Procédés ô Expériences 

donne une féconde fois les mêmes réful- 
tats. Mais l'apprêt formé de cette folu- 
tion a porté moins au rouge que celles 
faites par eau régale muriatique dans lef- 
quelles il ne s'eft point formé de cryftaux, 
& qui miont donné par la garance une 
belle couleur mitoyenne entre la fleur 
du glaucium & celle du coquelicot des 
champs. Après y avoir réfléchi , je fuis 
tenté de croire que Peau-forte que j'avois 
employée dans les deux folutions qui ont 
cryftallifé contenoit excès d'acide , lequel 
fe fera emparé d'une portion de Palkali du 
fel marin , d'où fera réfulté ce nitre qua- 
drangulaire auquel on connoît la propriété 
de fulminer , quand il eft en conta£t avec 
un feu bien ardent. 

Lors donc que l'on foupçonne Peau- 
forte d'être trop concentrée, il convient 
d'y ajouter de Peau , & Pon obtient une 
bonne folution , qui porte au rouge , dès 
qu'il ne s'y forme point de cryftaux. 






fur les Teintures foUda*. 29 

Troijïeme dijjblution d'Êtain. 

Répétition de celles énoncées ci-deflus, 
excepté que je n'y ai projette que trente- 
fix grains d'étain. L'apprêt que j'en ai formé 
m'a donné par la garance une couleur 
pfeudo-écarlate très-voifine de celle du co- 
quelicot des champs. EMR \ défîgnera cet 
apprêt en annonçant que l'eau régale eft 
muriatique , & que l'étain y eft diiïbus à 
raifon d'un huitième. 

Quatrième diffolution. Pourpre 
de Caffius. 

Neuf grains de la folution ci-deffus , & 
autant de celle de vingt-cinq feuilles d'or 
en livret difïbutes dans quatre gros d'ea» 
régale ammoniacale , dix-huit grains de 
crème de tartre & trente-fîx grains de fau- 
mure m'ont donné dans une pinte de demie 
d'eau bouillante l'apprêt de quatre gros de 
laine. Le pourpre de Caiîius s'eft manifefte 



3 o Procédés . & Expériences 

dans ce bouillon , mais feulement en gris- 
de-lin, à caufe de la quantité d'eau dans 
laquelle il étoit délayé. Cette laine a con- 
tra&é dans le bain de garance un beau 
rouge qui jouoit l'écarlate. Elle a dans 
le bain de bois de Fernambouc acquis un 
..beau pourpre foncé , qui réfifte au vinaigre 
ainfï qu'au favon du feutrage. Dans un 
bain de peuplier d'Italie elle a pris le jaune 
le plus doré , que quinze minutes d'im- 
merfion dans le plus fort vinaigre de vin 
n'altèrent aucunement. C'eft bien dom- 
mage que cet apprêt , que je désignerai par 
les lettres E Se O, c'eft-à-dire folution d'é- 
tain & d'or , foit trop chère pour l'ufage en 
grand ; mais j'y ai trouvé un fupplément 
économique pour fixer de même les colo- 
rans des bois de Fernambouc , de Sainte- 
Marthe , de Campêehe y & même du 
Fuftet. 

EJJaîs infructueux. 
J'ai teaté féparément l'emploi des diC* 



fur les Teintures folides. 3 1 

folutions de zinc , d'antimoine crud , du 
régule d'antimoine , du plomb , & de la 
mine du cobalt; mais aucune de ces terres 
métalliques n'a fixé agréablement les fé- 
cules colorantes. Seroit-ce par défaut de 
phlogiftique 5 ou de ténuité de leurs ato- 
mes ? Je m'en rapporte & je me borne à 
citer des faits. 

Cinquième dijjblution d'Etain. 

Dans une phiole à médecine ^ conte- 
nant fïx pouces cubes ou ~ de pinte , j'ai 
verfé deux gros d'acide-marin fumant 6c 
de couleur d'or, fans y ajouter d'eau. Mon 
projet étoit d'y difïbudre trente-iix grains 
d'étain de Malack ; mais pendant vingt- 
quatre-heures de foins &: de feu , je n'y 
en ai pu difïbudre que dix-huit grains. A 
peine quatre grains y avoient-ils été pro- 
jettes en deux heures , que la couleur 
citrine difparut , & le, menftrue devint 
blanc & limpide comme de l'eau filtrée. 
Cette limpidité s'eft maintenue jufqu'après 



3i Procédés ô Expériences 

la difïblution des dix-huit grains (i). Li 
laine apprêtée avec cette folution indi- 
quée par les ^lettres EAMF\, ceft-à- 
dire étain difTous dans l'acide-marin fu- 
mant , a pris dans le bain de garance un 
rouge écarlate très-brillant. 

Comme par cet apprêt le bois de Fer- 
nambouc , au même poids que la laine , 
m' avoit procuré des pourpres foncés 6c 
férieux, j'ignore par quelle infpiration je 
m'avifai de faire cuire enfemble dans cinq 
verres , ou \ de pinte d'eau, une once 
d'écorce de bouleau , & dix-huit grains 
de Fernambouc pulvérifés. Le bain-eoulé , 
j'y abattis un gros de laine &c de lainage, 
qui acquirent l'une Se l'autre une nuance 
rofée , aimable &c intenfe , qui tranche 
fur l'étoffe §£ s'embellit au vinaigre ainfî 
qu'au feutrage par l'eau de favon auflî 

(i) Nota . . . Que TArtifle qui opère fe tienne fur fes gardes* 
& faffe cette difïblution dans un vafe de verre très-vafte , en 
proportion du contenu ; car l'extrême élafticité des vapeurs 
dilatées par le feu eût fait cafier ma phiole fi le bouchon ne 
leur eut cédé eu fautant ayee explofion. 

chaude 



fur les Teintures folides. 3 3 

chaude que la main la p-uifle fupporter. 
On nomma cette agréable couleur Ecar- 
late de Kenife. En doublant la dofe du 
bois de Fernambouc, j'obtins la couleur 
de la fleur nommée Amaranthe ou PaJJe- 
velours , également folide. Mais dans la 
cours de l'ouvrage il fera fait mention 
plus détaillée des bons effets de cette 
écorce , ingrédient du cru , à bas prix , 
qui m'a procuré les moyens de fixer , en 
les avivant , tous les bois étrangers , riches 
en couleurs fugaces. 

Sixième diffoiution d'Etain. 

Dans un gros d'acide nitreux , un gros 
d'acide marin , &c dix-huit grains d'eau > 
j'ai fait difïbudre à chaud dix-huit grains 
d'étain. L'apprêt qui en eft réfulté m'a 
procuré de belles & folides couleurs , par 
les bains de tous les bois étrangers , avec 
l'addition de l'écorce de bouleau. Son mé- 
rite principal eft qu'il prévient fur la laine 
en flocons > toutes brinjures ou inégali- 

C 



34 Procédés & Expériences 

tés. Il fera défîgné parles cara&eres \ AN 
y A ME à j y ce qui fignifie un huitième 
d'étain , diiTous dans moitié acide nitreux 
&c moitié acide -marin. 

Septième & Jînguliere dijjblution d y Etain. 

Dans quatre gros d'acide nitreux, un 
gros d'acide marin &; deux gros d'eau , j'ai 
fait difïbudre un gros d'étain aufli tumul- 
tueufement que fi j'euffe projette de la 
limaille d'acier dans de l'eau forte. La laine 
qui en a reçu l'apprct , a acquis la cou- 
leur d'écarîate de Venife dans le bain de 
Fernambouc & d'écorce de bouleau : 
couleur de glauciiim dans celui de ga- 
rance 5 & Amériquaine ou violet bleuâtre 
dans le bain du bois d'inde ou de cam- 
peche. Cette difïblution a l'avantage de fe 
faire fans feu 3 parce que l'effervefcence 
occafionnée par les premières projections 
échauffe tellement le menftrue, que, de 
temps à autre , on eft obligé d'ouvrir le 
bouchon , afin de prévenir la fracture du 



fur les Teintures folides. 35 

matras. Mais toutes les fois qu'il ne s'agit 
pas d'exalter la couleur de la garence , 
l'opération ci-après me femble préférable. 

Huitième dijjolution d'Etain. 

Dans trois onces d'acide nitreux \ à 
vingt-fix fols la livre , une once d'acide 
marin à cinquante-deux fols , & quatre 
gros d'eau , j'ai fait difToudre à chaud 
■ deux gros d'étain. Les apprêts formés par 
cette difïblution économique ont bien 
réufîi pour les bois colorans étrangers ^ 
pour les jaunes des peupliers, carmélites 
clairs ou fauves chatoyans , dits Caca- 
Dauphin. Mais ils n'ont dans les bains de 
garance contracté que la couleur de ca- 
pucine. Je défignerai ces apprêts par les 
caractères } AN £ AME -^ , qui an- 
noncent trois quarts d'acide nitreux, un 
quart d'acide marin, Se un feizieme d'étain 
diiîcus. 



3 6 Procédés ô Expériences 

Diffblution de Cuivre. 

Dans deux gros d'acide nitreux , j'ai 
fait difToudre à froid trente-fîx grains de 
cuivre rouge ou de rofette. La folution eft 
reftée d'une agréable couleur bleue : elle 
eft préférable à celle du vitriol de Chypre 
dans l'eau, parce qu'elle eft plus phlogyf- 
tiquée. Il n'en faut employer que neuf 
grains, avec dix-huit grains de tartre &: 
trente-fîx grains de faumure , dans fix d@ 
miards ou pinte &; demie d'eau , pour 
apprêter quatre gros de laine. On verra 
par la fuite dans quelles circonftances m'a 
été utile cet apprêt, indiqué par la lettre C 

Dijjblution du Fer. 

Dans quatre gros d'acide marin, j'ai 
fait difToudre à froid trente-fîx grains de 
petits clous à tapiffier non - rouilles. La 
folution eft de couleur de citron-verdâtre; 
6c par les motifs expofés à l'article du 



fur les Teintures folides. '37 
cuivre , elle eft beaucoup préférable à celle 
du vitriol vert ou couperofe dans Peau. 
J'ai mieux aimé auffi me fervir d'acide 
marin, parce que, de tous les menftrues y 
il eft celui qui conferve le plus long-tems 
le phlogyftique des métaux. Il fuffit éga- 
lement de neuf grains de cette folution 
pout concourir à l'apprêt de quatre gros 
de laine. La lettre F fera le figne carac- 
tériftique de celui-ci. 

Apprêt de la Laine en bouillon de tartre 

& alum. 

Les proportions que j'ai reconnues pour 
les meilleures , font celles. ci-après , que 
M. Bernard Flavigny , d'Elbeuf , a bien 
voulu m'indiquer. 

Pour apprêter foixante livres de laine, 
projettez peu-à-peu dans une quantité à 
peu-près fuffifante d'eau en ébullitjon trois 
livres de tartre rouge ou blanc , en pou- 
dre , pafree au tamis de crin. L'effervef- 
eence ceffee , refroidiflez par un ou deux 

c 3 



38 Procédés & Expériences 

fceaux d'eau nouvelle > & jetcez dans la 
chaudière neuf livres de bon alun de 
Rxme concafle en morceaux, gros com- 
me des noix. Dès. que l'alun fera bien 
fondu , palliez , rabotez &: abattez votre 
laine en la travaillant aux crochets, & en 
la tournant plufieurs fois pendant une 
demi-heure. Pouffez un peu le feu pour 
maintenir entre chaud 8c bouillon pendant 
trois-quarts d'heure , puis faites bouillir 
vivement dans l'efpace de dix à douze 
minutes ; enlevez , barquez , égoutez 
votre laine , èc lui laiffez pafler ainfi toute 
la nuit pour teindre le lendemain. j 

Cet apprêt ne donne pas aux couleurs 
la même folidité que les terres métalli- 
ques, mais ce défaut eft.un peu compenfé 
par fon économie & par l'éclat qu'il com- 
munique à quelques-unes. Il eft unique , 
par exemple, pour quelques jaunes, &c 
fur-tout pour les nuances tirées de l'or- 
ceille des Canaries , que l'on fe propofe 
de virer en rofe à peu-près folitle , par 
Favivage dans les acides végétaux ou mi- 



fur les Teintures' folides. 39 

néraux > après que le drap eft revenu du 
foulon. 

Voici la réduction des proportions ci- 
deffus pour l'efTai en petit , ou , comme 
je l'ai déjà dit, elles doivent être un peu 
moindres que dans l'opération en grand. 

Dans une pinte &L demie d'eau bouil- 
lante , projettez par pincées douze grains 
de tartre en poudre; appaifez le bouillon 
par un demi-verre d'eau & la diminution 
du feu. Faites-y fondre trente-fix grains 
d'alun de Rome en poudre : enfuire 
abattez-y quatre gros de laine dégraiiïee ; 
travaillez-la encre chaud & bouillon pen- 
dant une heure ; puis après trois à quatre 
minutes d'ébullition enlevez-la. Cet apprêt 
fera distingué par le caractère A T , qui 
exprime alun èc tartre. 

J'ai cherché long-temps à combiner 
quelques apprêts du coton avec ceux de 
la laine , notamment en la pétrifTant à 
froid dans la terre de l'alun , ou quelques 
terres métalliques précipitées par l'eau de 
potaiïe , ou bien en la faifant cuire dans 

c 4 



40 Procédés & Expériences. 

le bain tiré au clair d'une déco&ion du 
quart de fon poids de crottin de mouton 
réduit en purée. Dans l'un ou l'autre cas 
on fait fécher la laine ainfî pétrie; puis 
on la lave & laifle bien dégorger; mais 
ce travail exige beaucoup de tems ôc de 
main-d'œuvre. La laine fe foule & fe cor- 
delle dans toutes ces manipulations , 6c 
un très-petit nombre des produits dédom- 
mage de ces inconvéniens. On verra , dans 
le cours des opérations , dans quelles cir- 
conftances m'ont réuffi ces apprêts , que 
j'indique feulement dans l'efpoir que d'au- 
tres* en obtiendront plus de fuccès. 




, • t . 



i — " a 

DICTIONNAIRE 

Ou Ordre alphabétique par la lettre 
initiale (i) des noms français ou 
adoptés dans cette langue pour les 
végétaux qui ont été les Jujets de 
mes Expériences. 

A 

J\ laterne à grandes feuilles , {Rham* 
nus-Alaternus ). Ce joli arbrifleau , buif- 
fon toujours vert , eft originaire des pays 
méridionaux , mais il réfifte aux plus ru- 
des hivers en Normandie ce fi l'on a la 
33 précaution d'en couvrir les racines avec 
33 des feuilles féches ou de la litière ; étant 
» ainiî protégée, fî les branches périffent, 



( i ) Je ne me fuis aftreint dans cet article qu'à l'ordre de 
la lettre initiale 5 à caufe de quelques analogies entre les 
produits des végétaux. D'ailleurs la férié n'en eft pas affez 
confîdérable pour qu'on ne trouve pas aifément ce que l'on 
cherche. 



4* A 

» la foudie repoufTe & forme en peu de 

» tems un nouveau buifïbn. 

» On peut le multiplier par les mar- 
>3 cottes ( même par boutures ), & l'élever 
» de fes femences que l'on tire de Pro- 
» vence, d'Italie, dT |né C&e. On les 
>i feme dans des terrin e For erre 

53 dans des couches» g II ar: 

33 quelquefois qu'elles ne lèvent que la 
33 féconde année (i) >*. 

Le fieur Varin , Jardinier en chef de 
l'Académie, a trouvé à Dieppedall$ 5 une 
lieue de Rouen , fur la roche de M. Ca- 
beuil , & fur celle de M. Gallot , des fe- 
pées d'alaterne, à feuilles larges, qui fem- 
blent y être naturalifées , &; dont la 
grofTeur annonce qu'elles y ont réfîfté au 
froid depuis près d'un fîècle. Comme les 
deux jardins fitués au pied de ces roches , 
1 ont ci-devant appartenu l'un à M. le Gen- 



( I ) J'emprunterai prefque toutes les descriptions & les 
moyens de culture du Traité des Arbres & Arbuftcs de M» 
Èuhamel du Monceau. 



A 43 

dre , Négociant célèbre , l'autre à une 
famille de nobleiïe antique, il eft à pré- 
fumer que ces anciens propriétaires au- 
ront fait venir d'Efpagne ou de Provence 
quelques plants de cet arbrifleau , qu'ils 
auront d'abord entretenu par curiofité. 
Comme l'expoiition eft très-favorable , les 
graines y auront mûri ; &: entre celles 
que les oifeaux auront tranfportées , quel- 
ques-unes auront germé dans des crevaf- 
fes de ces roches marneufes , oii il fe fera 
trouvé du terreau. Leurs racines y auront 
pénétré affez profondément pour fe trou- 
ver à l'abri des gelées extraordinaires de 
1709 5 1740 , 1776 & 1784. Car les fé- 
pées y exiftent encore en bon état, &c 
nous y avons obfervé tous les caractères 
d'identité avec leurs analogues , cultivés 
dans le jardin botanique de l'Académie. 

J'ai pris trois onces de menues branches^ 
ou brindilles , en feuilles fraîches d'alaterne, 
hachées par le pilon à couteaux , & je les 
ai fait cuire pendant une heure & demie 
dans une pinte d'eau. Le bain coulé , ou 



Iv- 



44 A 

tiré au clair , s'eft: trouvé coloré en jaune- 
fauve. J'y ai abatu un gros de laine de 
l'apprêt LF , qui en demi -heure , entre 
chaud &c bouillon , y a contracté un beau 
jaune-foijci qui réfifte également à un 
quart-d'heure d'immerfîon à froid dans 
le vinaigre &; dans Peau de favon. Cette 
laine enlevée 3 j'ai remarqué que le bain 
n'étoit ni fali ni troublé , ce qui m'a dé- 
terminé d'y abattre encore autant de la 
laine du même apprêt. Dans l'efpace de 
quarante - cinq minutes , dont quinze de 
bouillon , elle y a pris un beau fouci un 
peu olivâtre , couleur exquife pour les ve- 
lours d'Utrecht &; pannes de laine ou de 
poil de chèvre. Après l'avoir enlevée , j'ai 
rifqué encore dans le reftant du bain un 
demi-gros de la même laine , qui en une 
heure ôt demie de bouillon , c'eft-à-dire , 
jufqu'à la réduction prelque entière, en 
eft fortie teinte en un beau fouci-mufc 
doré. 

Dans un nouveau bain femblable , j'ai 
abattu, en première mife,un échantillon 'de 



A 45 

velours blanc de coton débouilli , engalé 
& aluné pefant un gros. Il y a contra&é 
un jaune-verdâtre pafTable & aflez folide. 
Un gros de laine LF, y abattue en féconde 
niife , en eft fortie après une demi-heure 
fans bouillir y teinte en ce beau jaune de 
ravenelles doubles de la grande efpèce. Un 
demi-gros de la même laine encore en troi- 
fieme mife y a pris en une heure 6c demie 
de bouillon un fouci-mordoré. Sans doute 
que le velours de coton ayant moins em- 
ployé des parties colorantes en première 
mife , & la féconde n'ayant pas bouilli , il 
en eft refté davantage au profit de la troi- 
fleme. 

Dans un autre eflai , j'ai pris des brin- 
dilles ( 1 ) de l'alaterne défigné par M. Du- 
hamel par la phrafe ( minore folio ) , les- 
quelles j'avois laiiïe fécher à l'ombre avec 
leurs feuilles. Après les avoir hachées , j'en 

( i ) Je demande indulgence pour ce mot qui n'eft pas 
français , quoique M. de la Quintinie l'ait fouvent employé. 
Mais il épargne la périphraCe de jeunes poufTures de Tannée > 
& c'eft une économie de paroles, 



4* A 

ai pefé deux onces , qui , jèttées dans une 
pinte d'eau , l'ont colorée , même à froid , 
en beau jaune. Je les ai fait cuire pendant 
une heure i & dans le bain coulé , j'ai 
abattu un gros de laine d'apprêt ZF 5 à 
laquelle entre chaud & bouillon pendant 
demi-heure > il a communiqué un jaune- 
jonquille tranfparent èc bien folide. Une 
féconde çiife pareille , mais bouillie pen- 
dant demi-heure , en fortit d'une bonne 
couleur jaune , mais plus opaque. Un demi- 
gros en troifieme mife v après trois quarts- 
d'heure de bouillon , s'y mordora. Je ne 
pus pafler à la quatrième mife , mais feu- 
lement parce qu'il me reftoit trop peu de 
bain , car il n'étoit pas encore fali. 

Le fil de coton décreufé dans l'eau 
bouillante & un peu d'eau-mere du nitre 5 
ne prend point le beau jaune de l'alaterne ; 
mais lorfqu'au fortir & lavé de ce décreu- 
fage y on Ta pétri dans la terre précipitée 
du vitriol de Chypre par l'eau de potafle, 
qu'onj'y a laiiïe féjourner pendant fix heu- 
res , puis féché , lavé èc dégorgé ; alors 



/ 



A 47 

dans un bain neuf d'alaterne r il acquiert 
un jaune-gai très-agréable , mais qui n eft 
pas beaucoup plus folidë que celui de la 
gaude , lequel coûteroit beaucoup moins. 
La même préparation ne communique au 
coton , dans les bains riches du thvya èc 
du peuplier d'Italie , que des jaunes au- 
rores ternes , &: aufîi peu aiïurés. 

Arbre de Vie, ( Thuya Occidentalïs) 
ou Thuya de Canada. Ce grand & bel 
Arbre toujours verd, réuflît très-bien dans 
notre climat. Il s'y propage de marcottes y 
peut-être même de boutures , &c s'élève 
très-aifément de fes femences. Cette efpece 
fe plaît dans les terreins humides & forts. 
Trois onces de fes jeunes branches vertes^ 
groffierement hachées , cuises pendant une 
heure & demie dans fix demiards ou pinte 
de demie d'eau , m'ont donné un bain de 
couleur d'urine trouble , qui d'abord exha- 
loit l'odeur des poires de coing y puis en- 
fuite hc très-vivemeat celle du ftorax. Le 
bain foutiré y j'y abattis un gros de laine 
d'apprêt LF, qui auffi-tôt fa fubmerfion 5 



48 A 

y acquit un jaune jonquille , prefque fouci. 
En demi-heure , entre chaud 8c bouillon « 
cette couleur prit de lintenfité fans perdre 
de fon éclat , & réfifta pendant une heure 
au vinaigre de vin èc à l'eau de favon à 
froid. Une féconde mife dans le déchet du 
bain , acquit & conferva même au bouillon 
la même teinte. Une troisième , mais feu- 
lement d'un demi-gros , pouffée au bouil- 
lon pendant deux heures , y prit un mufc 
doré j également riche & folide. En gé- 
néral les produits en teinture de cet ar- 
bre font très - analogues à ceux de I'a- 
laterne , & méritent la même diftinc- 
tion. Je ne puis rien dire de ceux du 
gros bois 5 vu que je n'ai pas été à portée 
d'en effayer. 

Le Thuya de la Chine , ( Thuya 
Orientais ) malgré fa reffemblance exté- 
rieure , eft bien différent quant à notre 
art. L'odçur de fori bain approche de celle 
du cyprès. Il eft trouble , mais d'un jaune 
plus foncé. La laine LF n'y prend au premier 
bouillon qu'une couleur de citron mat 6c 

terne , 



A 49 

terne > qui en trois heures d'ébullition , fe 
change en un mufc , peu intenfe , mais 
folide. Cet arbre fe multiplie aifément par 
fes femences , Se il fe contente des terreins 
médiocres & fabloneux. 

Arbre aux Anémones , ( Calycanthus 
fondus.) Deux onces de fes jeunes bran- 
ches fans feuilles , foie fraîches , foit fé- 
chées à l'ombre , hachées & cuites pendant 
une heure dans trois-quarts de pinte d'eau, 
m'ont donné un bain mordoré clair. Il 
exhaloit la plus fuave odeur d'épices com- 
binées , telles que le gérofle , la mufeade 
& la canelle. En un quart-d'heure fans 
bouillir , un gros de laine LF y acquit une 
couleur de jonquille très-folide. La féconde 
mife pareille dans le déchet prit en une 
heure de bouillon y une couleur de maron, 
& la troifieme , d'un demi-gros feulement , 
en bouillant deux heures , y prit encore 
un mufc foncé. Cet agréable arbrifTeau fe 
plaît en Normandie , à l'expofition au 
Nord j en terre fubftancieufe , &c s'y 
multiplie par marcottes, ainfi que par les 

D 



50 A 

drageons qu'il pouffe abondamment ( i ). 

Arbre Poison, {Rhus Toxicodendron.) 
Prévenu que les émanations de cet Arbrif- 
feau paflbient pour être dangereufes , je 
ne m'en fuis rapporté qu'à moi pour fa 
trituration & fon emploi. J'ai haché trois 
onces de fes brandilles coupées en Janvier y 
èc je les ai fait cuire dans une pinte d'eau. 
Un gros de laine d'apprêt LF y a pris en 
trois heures de bouillon un mufc doré bien 
folidfe. Je n'ai reflenti aucunes impreiïions 
délétères pendant ce travail en petit. Mais 
le peu de rareté de la couleur qu'il procure , 
ne compenfe point le rifque réel y ou ima- 
ginaire de fon emploi en grand. 

Arbre de Neige, {Chionanthus Virgi- 
nica ) nommé par les Anglais Snaw Drapp. 
Cet arbriffeau qui nous vient de l'Amérique 
feptentrionale , fupporte nos hivers. Il fe 
multiplie par fes femences &: par les mar- 
cottes. Comme fes fleurs blanches forment 



£i) Comme les branches hachées font très-odorantes, j'en 
ai réduit en poudre, 6c mis infufer pendant un mois au foleil # 



des grappes , il femble , lorfqu'il en eft 
chargé , qu'il foie couvert de neige. Trois 
onces de fes jeunes branches en feuilles 
vertes hachées &: cuites dans une pinte 
d'eau , m'ont donné un bain olivâtre qui 
promettoit ; mais la laine d'apprêt LF , 
n'y a pris > au premier bouillon , qu'un 
jaune mat c£ opaque , lequel en trois heures 
d'ébullition ne fe vire qu'en une couleur 
merd'oie-dorée & folide. 

Arbke aux Boutons > ( Cephalantkus 
Occidcntalïs. ) Cet arbriffeau qui redoute 
le froid &: exige prefque toujours le fe- 
cours de l'Orangerie contre les hivers de 
ce pays-ci , ne préfente pas de grandes ref- 
fources à la Teinture. Cependant , M. le 

un gros dans une pinte de bonne cau-de-vie de vin , qut 
diftillée au bain-marié, me donna un tiers de pinte dé produit 
très-parfumé , Se fans aucune odeur ni goût de feu. J'y ajoutai 
aurant de folution de fucre provenait de fragments gros 
comme des noix , de fucre fin , feulement plongé dans l'eau 
froide & cjui fondoit doucement fans addition de fluide. 
Après le mélange & filtratioa par le coton dans un entonnoir 
de verre bien clos , il en xéfulta la plus fuave liqueur de 
defTert , que l'on crue faîte en Amérique. 

D z ■ 



52 A 

Chevalier Muftel ayant bien voulu m'en 
facrifier quelques branches , j'en ai haché 
trois onces , qui , bouillies pendant une 
heure èc demie dans une pinte d'eau , 
m'ont procuré un bain jaune foncé, lequel 
fe mordoré en bouillant. La laine LF ', au 
poids d'un gros , y a pris en quatre heures 
d'ébullition une couleur noifette foncée , 
prefque mufc , bien affurée. 

Arbre de Judée , ou de Judas , ( Cer- 
cis Jiliquaflrum. ) Cet arbre de moyenne 
grandeur, & l'un des plus beaux que Ton 
puifle cultiver , s'élève très-aifément de 
femences ; il s'accommode des terreins 
fecs &C fabloneux , pourvu qu'ils aient un 
peu de fonds. Comme il fe garnit bien de 
jeunes branches lorfqu'on le moignonne > 
ou lorfqu'on le tond au croiffant , il peut 
fournir beaucoup de matériaux à la tein- 
ture. Deux onces de ces jeunes branches 
hachées , cuites dans \ de pinte d'eau, ont 
communiqué à un gros de laine LF , en 
trois heures de bouillon , une riche cou- 
leur de Nankin très-folide. Je ne l'ai pas 
éprouvé en féconde mife. 



A 53 

Acacia ( faux ), Robinia pfeudo- Acacia. ) 

Ce bel & grand arbre , également utile par 
k folidité , le fil de fon bois , & agréable 
par l'odeur fuave de fes fleurs blanches en 
grappes y fe multiplie aifément par fes fe- 
mences & par les rejets qui fortent natu- 
rellement de fes racines. Son accroifTement 
rapide , & fa facilité à s'accommoder des 
terreins fecs , font encore très-recomman- 
dables. Il ne l'eft pas moins pour notre Art. 
Deux onces de fon gros bois fec , divifé 
par les couteaux , &c cuites pendant deux 
heures dans une pinte d'eau , ont commu- 
niqué à un gros de laine d'apprêt LF , un 
jaune ravenelle prefque auffi brillant que 
celui que donne le Fuftet. Sa couleur fe 
manifefte lentement , mais le bain une fois 
tiré ne fe falit point, & il eft utile jufqu'à 
la fin , de forte que la troifieme mife eft 
prefque aufli colorée que la première. D'ail- 
leurs y il teint beaucoup plus uniment que 
le bois de Fuftet , qui bringe toujours un 
peu. 

Si l'on dofe fortement , c'eft-à-dire , û 

D 3 



54 A 

Ton emploie quatre à cinq onces de gros 
bois , & qu'on y laifTe bouillir la laine pen- 
dant quatre heures , elle y acquiert une 
couleur de mufc doré très-riche , dont on 
peut varier Tintenfité & les nuances à vo- 
lonté , par les dofes du bois &c la durée de 
l'ébullition. Les jeunes branches employées 
fraîches 5 donnent un bain qui fent beau- 
coup la déco&ion de la réglifTe , à laquelle 
les jeunes racines de cet arbre font un bon 
fupplément dans les tifanes. Le bain de 
ces jeunes branches communique à la laine 
des jaunes citrons plus ou moins colorés, 
félon la quantité de l'ingrédient 6c le tems 
qu'on emploie à extraire fon bain. 

Vu que cet arbre eft rangé dans la clafTe 
âes végétaux à fleurs légumineufes , je me 
fuis quelque tems flatté d'obtenir par la 
macération & fermentation de fes feuilles 
dans l'èau quelques produits analogues à 
ceux des feuilles de l'ahil ou indigo ; mais 
je rfai retiré de cette tentative comme de 
beaucoup d'autres , faites fur les arbres & 
les plantes de cette famille 5 que des re- 



A 55 

grets du tems que j'y avois perdu. Néan- 
moins , vu que je n'en ai pas interrogé 
ainfi tous les individus , je ne me rebute 
pas , & j'invite les Amateurs de la Tein- 
ture à joindre leurs efforts aux miens pour 
parvenir à une découverte auffi intéreflante. 

Les brindilles féches de l'Ac aci a à fleurs 
rofes , ( Robïnia Hifpida ) , m'ont donné 
un bain qui écume 8c moufle beaucoup , 
puis devient de couleur jaune dorée. En 
trois quarts-d'heure d'ébullition dans ce 
bain, la laine de l'apprêt LF acquiert une 
jolie couleur de Nankin , ou de coton de 
Siam , & en trois heures un canelle doré , 
qui réfifte au vinaigre , ainfi qu'au favon 
à froid. 

Les jeunes branches vertes de I'Acaci a 
de Sibérie , ( Robïnia Caragagna , vcl SibL~ 
rica ) y m'ont donné un vilain bain mouf- 
feux &c trouble > dans lequel la laine d'ap- 
prêt LF n'acquiert rien , même au premier 
bouillon. Enfin après quatre heures elle y 
prend une foible nuance de vigogne claire 
& folide. J'ai fait fur f^ feuilles la même 

D 4 



5^ A 

tentative que fur celles du pfeudo-Acacia, 
mais avec auffi peu de fuccès. L'extrême 
puanteur de cette dernière macération 
ctoit. même bien capable de rebuter pour 
jamais d'un eflai en grand. 

Azédakach d'Italie , ( Mclia A^eda- 
rack. ) M. Rondeaux me donna , le 29 Juin 
1784, une branche d'un pouce de diamè- 
tre d'un de ces arbrifïeaux , qui depuis 
long-tems réfîftoit chez lui en pleine terre 
dans une expofition très - favorable , mais 
que le long hiver dernier avoit fait périr. 
J'en ai haché &c fait cuire trois onces dans 
une pinte d'eau. Le bain eft devenu d'une 
foible couleur de Nankin ; j'y ai plongé 
deux gros mouillés de laine de l'apprêt E , 
qui en quatre heures de bouillon y a pris 
une jolie & folide couleur rofée , un peu 
glacée de Nankin. 

Aurone , ( Artemijia Abrotanum. ) Cet 
arbufte-buifTon réfïfte aux hivers en pleinp 
terre , & fe multiplie aifément par les mar- 
cottes. Il fuffit même que quelqu'une de 
fes branches rampe à terre pour qu'elle 



A î7 

pouiïe fpontanément des racines qui s'im- 
plantent d'elles-mêmes. Trois onces de fes 
brindilles ligneu fes , bien hachées & cuites 
pendant deux heures dans une pinte d'eau, 
ont communiqué à un gros de laine d'ap- 
prêt LF une aiïez belle couleur jaune 
orangée-matte , pleine de fonds. Mais tant 
d'autres fujets plus aifés à fe procurer nous 
donnent cette nuance > qu'il n'eft fait men- 
tion de celui-ci , que comme d'un objet de 
curiofité. 

Aune , ( Betula Alnus. ) Cet arbre qui 
fe plaît dans les terreins humides , mais 
non constamment noyés d'eau , s'y multi- 
plie facilement de marcottes , d'éclats de 
{es vieilles fouches, pour peu qu'il refte de 
racines attachées à leur écorce. Il s'élève 
aufli de fes femences , dont on accélère & 
afïure le fuccès en tranfportant en lieu con- 
venable & deftiné à cette Pépinière des 
gazons levés aux environs des grands arbres 
portant graines. Outre beaucoup d'ufages 
auxquels ce bois eft utile , la Teinture 
reclame fon écorce pour la couleur noire 



5$ A 

qu'elle procure , lorfqu' on ajoute à fon bain 
la folution de vitriol de fer , ou la rouille 
des vieilles férailles décompofée dans les 
acides végétaux. Voici , de plus , le détail 
des diverfes nuances que j'en ai obtenues. 

Deux onces d'écorce , ou trois onces de 
brindilles fraîches d'Aune hachées & cuites 
dans une pinte d'eau pendant une heure &C 
demie, m'ont donné un bain jaune-rave- 
nelle dans la colature duquel j'ai abattu un 
gros de laine LF \ qui , travaillée pendant 
trente minutes entre chaud 6c bouillon y 
a pris un jaune-ravenelle mat y de qui en 
y féjournant encore autant au petit bouil- 
lon 5 s'eft viré en une affez belle couleur 
merd'oie dorée. 

En ajoutant un peu de vitriol vert , ou 
mieux encore quelques gouttes de difïb- 
lution de fer dans le déchet de ce bain , 
on obtient fur laine du même apprêt un 
gris-jaunâtre excellent pour les demi-tein- 
tes & ombres des chairs pour les figures 
des tapifferies. La laine d'apprêt A T , y 
contrarie un gris-foncé. 



A 55) 

Le bois écorcé frais de l'Aune , étant 
haché & cuit pendant deux heures donne , 
dans les mêmes proportions , une bonne 
bruniture couleur de tabac râpé de France. 

Les brindilles coupées & employées au 
mois de Mars ont , au même poids de trois 
onces & en deux heures de cuite , fourni 
un bain couleur de canelle dans la cola- 
ture duquel un gros de laine LF a pris au 
premier bouillon un jaune-rompu , mais 
agréable , bonne ombre de jaune. En y 
ajoutant un quart du poids de la laine en 
garance , on lui communique un mordoré- 
clair aflez beau. Excellent pied pour tous 
les lainages que l'on défire teindre en car- 
mélites. Il ne refte plus qu'à les palier dans 
un bain de quatre fois leur poids de baies 
féches de bourdaine, & d'autant de jeunes 
branches de peuplier d'Italie , ainfî qu'on 
le verra aux articles particuliers de ces 
deux inçrédiens colorans. 

Une once de brindilles d'Aune bien 
féchées à l'ombre, pulvérifées , cuites pen- 
dant une heure & demie dans les trois 



€o A < 

quarts d'une pinte d'eau , a donné un bain 
jaune-fauve affez riche. La laine de l'ap- 
prêt 2T, au poids d'un gros, y a pris en deux 
heures de bouillon une couleur de vigogne 
un peu fauve. 

Une once d'écorce d'Aune féchée à 
l'ombre , pulvérifée , cuite pendant une 
heure 6c demie dans les trois quarts d'une 
pinte d'eau , a produit un bain jaune-mor- 
doré , en ajoutant à fa colature à peu-près 
portion égale de cuite de bois de Campê- 
che , puis y abattant un gros de laine pré- 
parée dans un apprêt mélangé de fix grains 
de folution de cuivre , fix grains id. d'é- 
tain , fix grains id. de bifmuth , & deux 
gouttes de folution de fer , ( le tout pour 
apprêter par le travail ordinaire quatre 
gros de laine féche.) Le gros de ladite laine 
abattue a contra&é une couleur de boue- 
de-Paris très-intenfe & très-folide. 

Althea Frutex des Jardiniers , ( Hi- 
bifcus Syriacus. ) Cet arbriiïeau fi agréable 
par les fleurs dont il fe couronne vers la 
fin du mois d'Août , fe multiplie par mar- 



A Ci 

cottes & par Tes femences. Il n'eft pas d'une 
grande relïburce en teinture , mais je dois 
le compte de fes produits en ce genre. Son 
bois employé frais eft très-fucré &c amilacé* 
Il ne feroit peut-être pas impoflible d'en 
extraire amidon & fucre, ou quelqu'autre 
produit utile réfultant de fa déco<£tion fer- 
mentée. Deux onces de ce bois haché y 
cuites dans une pinte d eau , n'ont com- 
muniqué à un gros de laine LF , qu'une 
couleur tendre ventre-de-biche; 

Une forte poignée de Ces belles fleurs 
purpurines, cuite pendant une heure dans 
trois quarts de pinte d'eau , nVa donné un 
bain très-mucilagineux & un peu violâtre. 
La laine LF , au poids d'un gros , y a pris 
d'abord un vert tendre & terne , puis en 
deux à trois heures de bouillon un gris- 
violant , ou efpece de mufc , fingulier & 
fort folide. 

Aube -Épine des haies , ou Épine 
blanche , ( Cratcegus Qxiacantha. ) Cet 
arbre fi commun fe multiplie par fes fe- 
mences , (bit en pépinière > foit dans nos 



6z A 

bois-taillis où Ton peut lever les jeunes 
plants produits par les fruits que les oi- 
feaux y tranfportent. Quoique ces femen- 
ces ne germent ordinairement que la 
féconde année après leur dépôt en ter- 
re , M. Duhamel du Monceau indique le 
moyen d'en accélérer la jouiflance. Il faut , 
auffi-tôt que les fruits commencent à rou- 
gir , les ftratifier avec de la terre un peu 
humide. Ils fe confervent ainfl l'hiver , &: 
en les femant à la fin de Février fuivant , 
dans des terrines enfouies dans des cou- 
ches chaudes , les jeunes plantes lèvent dès 
la première année. 

Deux onces de Técorce , ou trois onces 
des jeunes branches fraîches , hachées & 
cuites pendant deux heures dans une pinte 
d'eau , procurent un bain dans la colature 
duquel un gros de laine LF contracte une 
couleur jaune marte qui fe mordoré en 
trois ou quatre heures de bouillon. Les 
branches grades comme le doigt donnent 
un mordoré moins riche 9 en ce qu'en pro- 
portion elles comportent moins d'écorce & 



A 63 

plus de bois que les brindilles ou poufïures 
de l'année. 

Prefque tous les individus de cette fa- 
mille donnent à-peu-près les mêmes pro- 
duits & couleur , excepté celui dont il va 



être mention. 



Amélanchiek , ( Mefpilus Inermis. ) 
Deux onces de fon écorce fraîche , cuites 
pendant deux heures , m'ont donné fur un 
gros de laine d'apprêt LF \ une couleur de 
coton de Siam un peu dorée y très-agréable. 

Trois onces hachées de fon bois fraîche- 
ment écorcé , cuites pendant trois heures y 
ont produit la même couleur > mais plus 
intenfe & tirant fur le mufc. Le meilleur 
emploi eft celui des branches & brindilles 
telles qu'on les coupe , & bien hachées. 

Ali z ier de nos forêts , ( Cratœgus Tor~ 
minalis. ) Cet arbre 5 de moyenne grandeur, 
fe plaît à l'ombre , & dans les cantons 
de nos forêts où la terre a beaucoup de 
fonds. ïl fe multiplie de femences par mar- 
cottes de par les jeunes plants qu'on trouve 
dans les bois. Ses branches d'une année 



64 À 

donnent un bain de couleur d'abricot dans 

lequel en demi-heure de bouillon la laine 
L F acquiert une tendre couleur de chair 
puis en deux ou trois heures d'ébullition 
un mufc-rougeâtre fort folide. 

Absynthe , ( Artemijîa Abfyntkium. ) 
Cette plante fe multiplie par fes femen- 
ces. Une once de fes branches féches &c 
pulvérifées, cuite pendant une heure dans 
trois quarts de pinte d'eau, a produit un bain 
dans lequel la laine LF , au poids d'un gros, 
a contracté un jaune-olivatre-grifaille affez 
médiocre. 

Arbre du Vernis, ( Rkus Vcrnïx) ou 
Vernis du Japon. Il fe multiplie comme 
tous les autres Rkus , mais fon bois &: 
écorce ne donnent en Teinture qu'une 
couleur olivâtre -fale. On verra ci -après 
combien l'efpece commune a d'avantages 
fur celle-ci. 

Agnus Castus , ( Vitex. ) Cet arbrif- 
feau , fort agréable pour les fleurs dont il 
eft couvert au mois de Juillet , fe multi- 
plie par fes femences & marcottes , & fe 

plaît 



a £5 

plaît en toutes efpeces de terres. Ses jeunes 
branches fraîches hachées au poids de deux 
onces & cuites pendant deux heures dans 
trois quarts de pinte d'eau, communiquent 
à un gros de laine L F une afTez bonne 
bruniture , olivâtre & fombre. 

Artichaut , ( Cynara Scolymus. ) On 
connoît afTez les moyens de multiplier 
cette plante commune dans nos potagers. 
La Teinture n'en reclame que les portions 
les plus viles, &C dont on ne fait aucun 
ufage. Une poignée de fon fanage y hachée 
èc cuite pendant une heure dans une pinte 
d'eau , procure un bain dont la colature 
communique en une heure de bouillon , à 
un gros de laine LF, un afTez beau jaune- 
ravenelle , que la longue ébullition vire en 
une couleur de vigogne-dorée bien folide. 
Àubifoin , Bluet _, ( Centaurea Cyanus. ) 
Quoique mes Expériences fur ce végétal y 
qui promet tant &; donne fi peu en Tein- 
ture , ne foient que négatives , je dois les 
rapporter, afin de prévenir la perce du tems 
des Artîftes qui pourr oient être féduits par 

E 



66 A, 

fes apparences trompeufes 5 eu pour les 
engager à l'interroger par des moyens dif- 
férens. 

J'ai commencé par fes belles fleurs, dont 
quatre onces , cuites pendant une heure 
dans une pinte d'eau , m'ont donné un bain 
de couleur fauve, dans lequel les laines , de 
quelque façon que je les eufle préparées > 
n'ont pu perdre leur blancheur. 

Les feuls pétales bleus effeuillés , piles 
dans un mortier de marbre &: mis dans un 
grand verre avec trente fix grains de vitriol 
de fer & un quart de pinte d'eau froide , 
ont donné un bain bleu très-beau , mais 
qui y au premier feu , fe vire en gris , et 
ne teint pas plus qu'à froid. 

Avec ces pétales effeuillés , j'ai monté 
une petite cuve dans le genre de celles 
d'indigo à froid. Une fermentation vineufe 
s'y eft établie en huit jouis , & de gris-fale 
que le liquide étoit d'aboçd , il eft pafTé au 
vert-bleuâtre. En cet état il n'a communi- 
qué aucune Teinture ni à froid ni à chaud. 

Quelques grains de fel de Saturne colo- 



A 6 7 

rent ce bain en pourpre , mais ne lui don- 
nent pas plus d'énergie tinctoriale. 

J'ai tenté quatre autres EfTais fur ce 
fujet ingrat , fçavoir : 

i°. Les pétales effeuillés , non broyés , 
mis en macération avec de l'urine alkalifée, 
chaux fraifée, &: eau de potafle. 

2°. Les feuls calices des mêmes fleurs , 
avec les alkalis ci-defTus. 

3°. Les tiges &: feuilles vertes, dépouil- 
lées de leurs fleurs, mifes à fermenter dans 
l'eau pure , froide. 

4°. Les feuls pétales en urine alkalifée y 
chaux fraifée , vitriol de fer , & eau de 
potaflTe. 

Vingt-deux jours après , le fujet du troi- 
sième EfTai , ayant pafTé de la fermentation 
vineufe à Tacéteufe , j'en ai formé un bain 
qui , en trois heures de bouillon , a com- 
muniqué à la laine LF y une couleur de 
vigogne folide , mais matte , &c qui ne 
compenfe point la puanteur du bain lors- 
qu'il commence à bouillir. 

Aucun des trois autres EfTais n'a réufïï. 

E 2 






6% A 

Je crois que le fuc exprimé à froid des 
fleurs d'Aubifoin , pourroit colorer en bleu 
le fucre des tablettes 6c des dragées qu'on 
prendrait la peine d'en enduire au pinceau, 
mais je ne l'ai pas efTayé. 

Astragalle , ( Aflmgalus Galegifor- 
mis. } Une forte poignée des tiges &c feuilles 
de cette plante vivace , étant hachée &C 
cuite pendant une heure dans une pinte 
d'eau 3 m'a procuré un bain d'un afTez beau 
jaune. Mais il communique à peine à la 
laine LF ', une ignoble couleur de ventre 
de crapaud. 

Aigelemoine , ( Agrimonia Eupatoria. ) 
Cette plante > très-commune dans quelques 
friches 6c dans les taillis , fe multiplie à 
volonté par fes graines. Une forte poignée 
de fes feuilles 6c tiges commençant à fleu- 
rir étant hachée 6c cuite pendant une heure 
6c demie dans une pinte d'eau , m'a donné 
un bain d'un jaune-foncé , dans lequel un 
gros de laine d'apprêt LF a pris , en trois 
heures de bouillon , une belle couleur de 
Nankin-doré , prefque canelle , très-vive èc 



A 6$ 

folide. Les mêmes parties de cette plante , 
violacées par leur maturité ( le 14 Septem- 
bre ) , m'ont donné un bain fauve qui , en 
trois heures d'ébullition , a communiqué 
à la laine du même apprêt une couleur de 
poil caftor-clair & doré. Ceft , en toute 
faifon y un bon ingrédient colorant. 

Agrip aume y ( Lconurus Cardiaca. ) Cette 
plante vivace fe multiplie par éclats de 
Touches y drageons enracinés & femences. 
Elle fe plaît au pied fies haies claires , mais 
elle affecte de fe cantonner. Une forte poi- 
gnée de fes tiges ôc feuilles vertes hachées, 
cuite dans une pinte d'eau pendant une 
heure & demie , donne un bain de cou- 
leur olive-dorée dans lequel un gros de 
laine L F ne prend , même pendant une 
heure de bouillon , qu'un jaune-terne ; mais 
en continuant encore rébullition pendant 
trois heures, elle y acquiert un beau brun- 
foncé un peu violant , également folide au 
vinaigre & au favon à froid. 

Amaranthe , Paffe-velours , ( Celojïa 
Coccinca: ) Ses belles fleurs donnent un 

E3 



70 A 

fuperbe bain pourpre. Cependant aucun 
des apprêts que je co noiiïe n'y a pu rien 
faire acquérir à la laine. Mais le fujet eft 
fi beau qu'il mérite de nouveaux eflais , èc 
notamment Y Amaranthus caudatus ( Queue 
de Renard ) , dont la multiplication feroit 
bien plus aifée. 

ALGALOu,Porte-chapeau 5 (P^/^;*^^c^- 
Icatus Rhamnus. ) Cet arbrifTeau , quoiqu'il 
foit originaire des Provinces méridionales , 
fupporte nos hivers ^p pleine terre. Il fe 
multiplie par drageons & par les femences 
tirées de Provence. &: du Languedoc , oii 
elles mûriffent plus parfaitement. On pour- 
roit en former des haies d'une excellente 
défenfe , car fes épines font multipliées & 
très-aiguës. Deux onces de fes jeunes bran- 
ches fraîches , garnies de feuilles , au mois 
de Mai , hachées & cuites pendant une 
heure dans trois-quarts de pinte d'eau , 
m'ont donné d'abord un beau bain jaune , 
que lebullition falit, & rend mucilagineux. 
Un gros de laine de l'apprêt L F y a pris 
au commencement un jaune -fale , que 



À 7* 

deux heures & demie de bouillon ont viré 
en un mordoré à 1 épreuve de tout acide 
6c alkali végétal. 

Aristoloche Clématite , ( Ariflolo- 
chia CUmatitis. ) Cette plante croît éga- 
lement dans les fables , les terres énergi- 
ques , & le long des rivières. Une poignée 
de fes feuilles 6t tiges en fleurs , hachée 
6c cuite dans trois quarts de pinte d'eau > 
m'a procuré , dans le mois de Juillet , un 
bain jaune-foncé prefque brun > dont la 
colature a communiqué à un gros de laine 
LF y après trois quarts-d'heure de bouil- 
lon , un citron-verdâtre qui , en bouillant 
encore deux heures , devient un jaune- 
d'ombre , efpece de merd'oie folide. 

Argentine , ( Po tend Ha Anferina.) Une 
poignée de fes Veuilles, cuite dans trois- 
quarts de pince d'eau , a donné en trois 
heures & demie de bouillon y à un gros de 
laine L F 5 une couleur mordorée folide. 

La plante entière de la Potentdla Frud- 
cofa donne un bain mordoré d'odeur fore 
réhneufe 5 ^ui, en quatre heures d'ébulli- 

E 4 



J2 K 

tion , communique à la laine du même 
apprêt , en la maintenant très-douce y un 
beau maron-mordoré fort folide. 

Abricotier, (Prunus Arrneniaca.) Tout 
le monde connoît cet arbre agréable 6c 
utile , ainfi que les moyens de le multi- 
plier. Je n'en ai employé que des jeunes 
branches que le Jardinier retranchoit en 
le taillant au mois de Février. Trois onces 
de ces brindilles hachées , cuites pendant 
deux heures dans une pinte d'eau , ont 
donné un bain dans lequel un gros de laine 
L F z pris 5 en trois heures de bouillon y 
une vraie couleur de cannelle-dorée. Le 
bois des noyaux concaiïe dans un mortier 
& cuit pendant deux heures & demie , au 
poids d'une once dans une demi -pinte 
d'eau , a communiqué à la laine du même 
apprêt un beau mufc-doré. 

Amorpha , Indigo bâtard 5 ( Amorpka 
Fruticofa. ) C'efl: un arbrifïeau dont il efl 
prudent de garantir les racines en les cou- 
vrant de feuilles , ou de litière , avant La- 
ver. Il fe mukiplie par fes drageons & fes 



A 75 

femences. Ses branches vertes ne m'ont 
procuré fur la laine LF qu'une couleur 
jaune-olivâtre ,, ventre de crapaud. Je n'ai 
éprouvé de ces feuilles macérées , comme 
celles de l'indigo franc , ou anil 2 qu'une 
puanteur infupportable en eflayant de for- 
mer un bain de leur fermentation. 

Arrête-bœuf , ( Ononis Arvenfis. ) Une 
poignée de fes tiges fleuries , cuite pendant 
une heure dans une demi-pinte d'eau y ne 
m'a donné fur la laine LF y qu'une couleur 
de vigogne-jaunâtre. Mais Y Ononis ^ déiî- 
gnée par Pépithéte de Natrix 5 a fourni un 
bain fort femblable en couleur à celui du 
brou de noix , &c dans lequel la laine du 
même apprêt a contracté , en trois heures 
de bouillon 5 la plus vraie nuance de mer- 
d'oie bien folide. 

Arroche violette y ( Atriplex Hor- 
tenfis Ruberrima. ) Ce légume commun dans 
nos potagers fe multiplie par [es graines, 
& atteint tout fon accroiflement en trois 
mois. Il végète vigoureufement dans pref- 
que tous les terreins , ainfî l'on peut s en 



74 A 

procurer aifément beaucoup. Une forte 
poignée de fes feuilles ôc tiges en fleur , 
cuite dans une pinte d'eau , la colorée 
d'un afTez beau pourpre , lequel s*eft dé- 
gradé au long bouillon , et n'a communi- 
qué à un gros de laine d'apprêt LF \ qu'un 
olive-jaune-rverdâtre , mais agréable &c fo- 
lide. 

Arroche puante, ( Ckenopodîum Vul- 
varîa. ) Cette plante croît fpontanément 
dans les terreins fabloneux , & l'abondance 
de fes graines faciliteroit fa multiplication 
confidérable dans un endroit circonfcrit , 
fans d'autres foins que de les femer, ni 
d'autre dépenfe que de l'arracher dans les 
mois de Juillet & d'Août. Une forte poi- 
gnée de la plante entière , cuite dans trois- 
quarts de pinte d'eau , procure un bain 
jaune dans lequel un gros de laine de 
l'apprêt E y contracte une couleur de ci- 
tron-ver datre > agréable & folide. Le bain 
exhale vivement l'odeur du fujet, maïs 
heureufement elle n'eft point adhérente à 
la laine y ôt le fimple lavage la lui enlevé'. 



A 75 

Apocin , Gobe-mouche , f Afclepias Sy- 
riaca. ) Cette plante vivace fe multiplie par 
fcs drageons abondans , & beaucoup plus 
promptement que par fes femences. Une 
poignée de fes feuilles Se tiges hachées , 
cuite pendant une demi-heure ( je dis une 
heure &c demie ) dans un pinte d'eau, pro- 
cure un bain qui d'abord , de couleur her- 
bacée , fe change en un jaune-clair. Un 
gros de laine LF y contracte au premier 
bouillon une couleur de citron-verdatre , 
puis après encore deux heures de feu vif, 
un olive folide. 

Airelle , { Vaccinlum Myrthyllus. ) Ce 
joli petit arbufte ne fe trouve gueres aux 
environs de Rouen , que dans les bois au- 
deiïus de Darnetal , vers le Montmain. Je 
ne l'ai trouvé en abondance qu'à la diftance 
de neuf lieues , dans le parc de l'Abbaye 
du Bec , où il eft auffi commun que la 
bruyère. Je l'ai inutilement tranfplanté en 
# diverfes faifons dans les jardins. Peut-être 
l'y pourroit-on élever de femences On le 
trouve encore en quantité dans les bois 



J6 A 

d'Evreux , de la bafïe Normandie > &, de 
la Bretagne. Ses fruits ou baies , d'un noir- 
violet , mûriflent en Août. Leur goût eft 
agréable & ils font fort fains : on les vend 
aux marchés des Villes voiiines des lieux 
où ils croiflent. Je ne les ai point inter- 
rogés en Teinture. Quatre onces des jeu- 
nes branches en feuilles vertes , étant ha- 
chées & cuites pendant une heure Se demie 
dans une pinte d'eau , m'ont procuré un 
bain gris-fale y & fentant fort la réfine. Un 
gros de laine d'apprêt LFy a pris en trois 
heures de bouillon une couleur de vigo- 
gne-mordorée , ou mufc-canelle , qui réfifte 
pendant douze heures à Fimmerfîon à froid 
dans le vinaigre, comme dans l'eau de favon. 

Les branches ligneufes & les racines , 
au même poids & durée de cuite , ont 
produit un bain un peu plus mufe & moins 
fale. La laine du même apprêt , en trois 
heures & demie d'ébullition 5 y acquiert 
une couleur de canelle-mordorée auffi fo- 
lide. 

J'ai voulu éprouver fi l'apprêt E vireroit 



A 77 

en jaune la fécule colorante des branches 
féches de l'Airelle , ainfî qu'il y détermine 
celle de la bruyère commune. J'en ai pris 
à cet effet une once 6c demie , grofliere- 
ment pulvérifée , que j'ai fait cuire pen- 
dant deux heures dans une pinte d'eau. Le 
bain étant foutiré j'y ai abattu deux gros 
de laine mouillée , fortant de l'apprêt E , 
mais elle n'y a contracté qu'une couleur 
de noifette-dorée. 

Armoise , ( Anhemifia vulgaris. ) Cette 
plante vivace croît fpontanément dans les 
champs au-pied des haies , dans les terreins 
fabloneux , 6c les décombres des vieux 
murs de moilon. On la multiplie par (es 
drageons &: par éclats des vieilles fouches. 
Elle eft beaucoup plus recommandabie en 
Médecine qu'en Teinture. Trois onces de 
fes tiges Se feuilles hachées , cuites dans 
trois-quarts de pinte d'eau pendant une 
heure , ont communiqué à un gros de laine 
d'apprêt LF une efpece de couleur mer- 
d'oie 5 ou mufc-olivâtre peu intenfe 5 mais 
tranfparent Ôc folide. 



78 A 

Angélique sauvage, { Àngdicd fyl- 
vejlris. ) Cette plante eft cctfnmune dans 
les bas-prés & les marais. Quatre onces de 
{es feuilles , tiges & racines , nouvellement 
cueillies , cuites pendant une heure de de- 
mie dans une pinte d'eau y ont communi- 
qué à un gros de laine LF \ en trois heures 
de bouillon , une couleur de vigogne-dorée 
fort jolie , & qui tient bien. 

Apalachine,( Ccanothus Amcrîcanus. ) 
Ce joli arbriffeau croît en Canada le long 
des chemins. Deux onces de Ces jeunes 
branches en feuilles , cuites pendant une 
heure & demie dans trois-quarts de pinte 
d'eau , ont donné un bain jaunâtre peu 
coloré. Un gros de laine LF abattu dans fa 
colature y a pris en trois-quarts-d'heure , 
entre chaud & bouillon 5 un jaune de gaude 
brillant , mais un peu bringé. Pouffé à 
Tébullition ce jaune fe ternit 5 puis en trois 
heures de feu continué au même degré 5 
il change en un Nankin-caneiie , très-chaud 
de couleur & fort folide. 



B 



7* 



B 

JL)acinet,( Ranunculus bulbofus. ) Cette 
petite plante dont les fleurs jaunes , qui 
femblent enduites d'une couche de vernis y 
annoncent le printems , eft afTez connue 
des Jardiniers par fa prodigieufe & incom- 
mode multiplication. Une poignée des 
plantes entières , fleuries le 24 Mars, a été 
pilée dans un mortier de marbre & cuite 
pendant une heure & demie dans trois- 
quarts de pinte d'eau. Le bain olive-jau- 
nâtre a donné , en trois heures de bouillon, 
à un gros de laine d'apprêt LF \ une cou- 
leur tendre de vigogne très-jolie fie folide. 
Bagnaudier d ? k ient, ( Colutca 
Orientalis. ) Cet arbrifieau réufïit en Nor- 
mandie & s'v multiplie de Tes femences Se 
rejettons. Quatre onces de fes brindilles 
fraîches , hachées & cuites pendant deux 
heures dans une pinte d'eau , m'ont donné 
un bain jaune-fale qui ne promettoit rien. 



Cependant 5 en quatre heures de bouillon y 
un gros de laine d'apprêt LF y a pris une 
bonne couleur de mufc. 

Bagnaudiek commun, ( Colutca Arbo* 
refcens. ) Il atteint plus de hauteur & de 
forée que le précédent. En procédant de 
même , j'ai obtenu de celui-ci fur la laine 
du même apprêt , feulement une couleur 
de vigogne. 

Balsamine des jardins , {Impatiens 
Balfamina. ) Cette jolie plante annuelle &c 
d'automne eft très-facile à multiplier par 
fes graines , & notamment l'efpece fimple 
dont il eft ici queftion. 

J'ai pris ^ le 12 d'Août, une bonne poi- 
gnée des fleurs incarnates & fimples , & je 
les ai fait cuire pendant une heure dans 
trois-quarts de pinte d'eau. Le bain foutiré 
refïembloit à une déco£tion de fafran. Un 
gros de laine L F y acquit , entre chaud 
Se bouillon 5 un jaiine-fôncé-ravenelle qui 
rétîftoit au favon & au vinaigre. En laiflant' 
bouillir la couleur fé* ternit èc verdoie. 

Un gros de laine d'apprêt 2?, abattu dans 

un 



B 8r 

un bain pareil , n'y prit que demi-teinte 
de la même couleur. 

Ces laines enlevées , je réunis les deux 
déchets dans un même vafe , & j'y 
abattis un gros de laine préparée par la 
folution de cuivre , ou d'apprêt C. Elle 
y prit en une heure une bonne couleur 
de vigogne tirant fur le coton de Siam , 
&: une troifieme mife de ladite laine C y 
y acquit encore , en trois heures de bouil- 
lon , un beau mufc-maron très-égal 8e 
bien folide. 

Le lendemain je pris une moyenne plante 
entière de cette Balfamine &: j'en fis un 
bain qui devint trouble & louche , mais 
de fonds jaune. La laine d'apprêt LF y 
acquit un beau jaune-verdâtre tranfparent ; 
celle d'apprêt E 5 feulement une vigogne- 
claire. 

De la laine d'apprêt C \ abattue dans le 
déchet , y prit , en trois heures de bouillon , 
un mufc-maron plus foncé que dans le bain 
des fleurs feules. Cemaron rabattu dans n 
bain de baies féches de Bourdaine , y ac- 

F 



82 B 

quit une belle nuance de manteau-Sainte* 

Thérefe. 

Ce colorant eft excellent. La plante à 
fleurs incarnates Amples peut être femée 
en plein champ à la fin de Mars , Se em- 
ployée en Août &c Septembre fuivant. Je 
regrette de n'avoir point eiïayé d'en faire 
fécher à l'ombre pour en conferver , ce 
que je crois aflez difficile , vu la quantité 
de mucilage dont cette plante eft rem- 
plie. 

Bakdane , ( Àrclium Lappa. ) J'ai em- 
ployé fucceffivement les feuilles &: les ra- 
cines fans en rien obtenir de mieux qu'un 
vilain jaune-olivâtre £c fale. Ce n'eft pas 
en Teinture qu'il faut ufer de cette plante ; 
il convient de la brûler verte , entre fleur 
.& graine , dans un trou en terre , en évi- 
tant de laifler échapper la flamme. Trois 
livres de ces cendres m'ont produit feize 
onces de falin alkali très-blanc y & aufli bon 
que de la potaiTe réverbérée. Cela mérite- 
roit de femer cette plante , très-peu déli- 
cate ,. dans des friches , où dès la féconde 



B 8 3 

année on pourroit en couper les feuilles 
èc tiges pour les incinérer. 

Béhen blanc, {CucubalusBeken. ) Cette 
herbe eft commune dans les friches fablo- 
neufes , le long des chemins , èc au pied 
des haies. Une poignée de fes tiges & 
feuilles fleuries cuite pendant une heure 
& demie dans trois-quarts de pinte d'eau , 
m'a donné un bain ardoifé trouble , dans 
lequel , en trois heures de bouillon , la 
laine d'apprêt ZFa pris une couleur de 
merd'oie prefque mufc , agréable , oc bien 
afïiirée. 

Bell e-D ame,( Atropa Bella-Dona. ) 
Voilà encore un de ces fujets bien trom- 
peurs , ôc qui m'ont fait perdre un tems 
précieux. Le fuc pourpré dont fes baies 
font remplies ne fembloit pas moins me 
promettre qu'un fupplément à la coche- 
nille ; mais au premier feu , il fe vira en 
un, vert herbacé qui ne déblanchit pas la 
laine , de quelque apprêt qu'elle fût. La 
décoction de fes feuilles & tiges ne lui 
communiqua non plus , après trois heures 

F 1 



84 B 

de bouillon , qu'un olive-fade Se jaunâtre. 

Benoîte, ( Geum Urbanum. ) Cette 
plante vivace eft répandue prefque par-tout 
dans les terreins fabloneux , au pied des 
haies & dans les taillis. Une poignée de 
{es racines broyées dans un mortier , m'a 
donné un bain couleur de noifette exha- 
lant une douce odeur de gérofle , lequel 
en trois heures de bouillon fît acquérir à 
un gros de laine d'apprêt LF> une belle 
couleur de mufe-doré , bien corfé &c folide. 
Un bain formé des plantes entières , a 
donné à la même laine une jolie couleur 
de noifette. 

Bekle 5 {Sium Latifolium. ) Une poignée 
des feuilles &c tiges fleuries de cette plante, 
hachée & cuite pendant une heure & demie 
dans une pinte d'eau , m'a procuré un bain 
olivâtre qui fentoit l'angélique. Un gros 
de laine d'apprêt LF> en trois heures de 
bouillon , n'y a pris qu'une foible couleur 
de vigogne peu tranfparente. 

Bétoine , ( Betonica Officinalîs. ) Pref- 
que tous les taillis clairs font tapifTés de 



B 85 

cette plante utile. Une forte poignée de 
fes feuilles & tiges fleuries y m'a donné un 
bain jaune- fauve , qui exhaloit une vive 
odeur de romarin. Un gros de laine d'ap- 
prêt LFy a pris d'abord un jaune-opaque, 
lequel , après encore trois heures de bouil- 
lon y devint un mufc-foncé très-beau £c 
folide. 

Bette-Rave >{Beta-Rubra.) La racine 
écrafée dans un mortier de marbre comt 
munique à l'eau y dès la première chaleur , 
une couleur rouge admirable que le bouil- 
lon tourne en un aurore fale. A quelque 
degré que j'aie pris ce bain , il n'a pu rieri 
faire acquérir à la laine d'aucun apprêt. 

Bidens Tripar/tita, Cette plante an- 
nuelle croît fpcntanément aux bords des 
rivières > des mares ou étangs , & dans les 
lieux frais & ombragés. Il eft facile d'en 
ramaffer la graine & de la multiplier ainii 
qu'elle le mérite* Une forte poignée de fes 
feuilles & tiges fleuries , hachée & cuite 
pendant une heure & demie dans une pinte 
d'eau y a produit un bain aurore-olivâtre 

f 3 



86 B 

très-intenfe & mucilagineux. Un gros de 
laine L F y acquit en demi-heure de cha- 
leur douce , un jaune-aurore-doré fort ri- 
che , que le bouillon renforça fans le ternir. 
De nouvelle laine abattue dans le déchet , 
y a pris encore un beau jaune-aurore. 

La bonté de cet ingrédient m'a fait défi- 
rer de le rendre difponible en toutes fai~ 
fons &C circonftances. J'en ai donc cueilli 
des plantes entières , entre fleur & graine, 
lefquelles j'ai fait fécher à Tombre. J'en ai 
haché une once &c demie & l'ai fait cuire 
pendant deux heures dans trois-quarts de 
pinte d'eau. Ce bain exhaloit une odeur 
aromatique &c poivrée. Sa couleur étoit 
d'un fauve-doré. Un gros de laine d'apprêt 
LF y & contracté un aurore un peu plus 
ferieux que dans le bain de la plante fraî- 
che, & le déchet a communiqué encore un 
aurore-olivâtre très-bon &: folide. 

Bignonia Catalpa, Cet arbre ne re- 
doute gueres le froid , Se. fe multiplie par 
marcottes & par les femences que l'on tire 
de l'Amérique feptentrionale. Quoiqu'il 



B 87 

fleurifle bien en Normandie , je n ai pu y 
trouver de filiques formées. Trois onces 
d'une de fes branches groffe comme le 
pouce 5 divifées par les couteaux & bien cui- 
tes pendant deux heures dans trois-quarts 
de pinte d'eau , ont communiqué à un gros 
de laine d'apprêt LF une belle couleur de 
noifc.'u>rofce , franche & folide. La laine 
d'apprêt E ^ y a pris un ton plus canelle, 

Bistorte , ( Polygonum Biftorta. ) Deux 
cnces de fes racines écrafées dans un mor- 
tier &c cuites pendant deux heures dans 
trois quarrs de pinte d'eau , ont donné un 
bain mordoré dans lequel , en trois à qua- 
tre heures de bouillon , un gros de laine 
LF a pris la véritable couleur du poil de 
Cafter. Cette plante vivace mériteroit a 
cet égard d'être cultivée en grand. 

Blé de Vache > ( Melampyrum Nemoro- 
fum. ) Une forte poignée de toute la plante 
fleurie , cuite pendant deux heures 5 a pro- 
duit un bain olive très-intenfe 3 qui n'a 
communiqué à la laine LF 3 en trois heures 
de bouillon ^ qu'un olive-gris-fale. 

f 4 



2S B 

Je mis cette plante fermenter dans l'eau 5 
qu'elle colora fombrement d'une forte bru- 
niture , mais fans que fon énergie tin&o- 
riale en augmentât. 

Le Melampyrum Pratenfe m'a donné un 
beau bain mordoré foncé , mais la laine E 
n'y a pris qu'une couleur merd'oie opaque* 

Bois -joli, ( Daphne Me^ereum. ) Ses 
tiges effeuillées , hachées & cuites au poids 
de deux onces dans trois-quarts de pinte 
d'eau , pendant une heure & demie , don- 
nent un bain nif , jaune-verdâtre. La laine 
d'apprêt LFj acquiert au premier bouillon 
une couleur de citron agréable , puis en 
deux heures de feu y un mufc clair & doré 
bien folide. 

Bonduc 5 ( Guilandina Dioica. ) Trois 
onces de fes jeunes branches en feuilles y 
hachées , cuites pendant deux heures , ont 
produit un bain jaune-olivâtre dans lequel 
un gros de laine LFz pris en trois quarts- 
d'heure > entre chaud & bouillon , une 
couleur de citron , jolie fans être pétillante. 
Une féconde mife , en deux heures de 



B $ 9 

bouillon , eft devenue jaune-olive clair. 

Bouleau , ( Betula alba. ) Une branche 
de deux pouces de diamètre , coupée de- 
puis fix mcis , a été hachée , bois & écorce^ 
en petits éclats , ainfi que Ton hache le 
Campêche. J'en ai fait cuire trois onces 
pendant deux heures dans une pinte d'eau. 
Un gros de laine d'apprêt ZF, abattu dans 
la colature de ce bain , y a contracté ea 
quatre heures de bouillon , c'eft-à-dire , 
après une réduction considérable, une jolie 
couleur de noifette douce & folide. 

La même efpece de bois coupé depuis 
fix femaines , traité précifément de la 
même manière , a donné à ladite laine 
une couleur de noifette pourprée , à très- 
peu-près comme celle que produit le bois 
de Bignonia Catalpa. Employé le jour mê- 
me de fa coupe , la couleur a eu moins de 
violant & d'intenfité. 

L'écorce feule de ce bois coupé depuis 
fix femaines , au poids de deux onces, dans 
trois -quarts de pinte d'eau, m'a procuré 
un très-beau bain canelle-maron • mais au 



5>o B 

plus long bouillon , la laine n'y a pris 
qu'une couleur de coton de Siam. Patois 
loin alors de prévoir l'utilité majeure dont 
cet ingrédient me devoit être par la fuite* 
ainfi qu'on le verra aux articles Campeche , 
Fernambouc , Sainte-Marthe , &c. 

Les brindilles ou verges de bouleau , 
coupées & employées le fept Mars > ont 
donné un bain jaune femblable en couleur 
& en odeur à celui des jeunes branches du 
peuplier d'Italie ; mais la laine d'apprêt LF 
y a contracté un jaune plus terne. 

J'ai ajouté au déchet de ce bain un peu 
de vitriol de fer , & il en eft réfulté , fur 
de nouvelle laine du même apprêt , une 
couleur olive fale. 

Dans une demi-pinte d'eau , j'ai fait cuire 
pendant une heure une once d'écorce de 
gros bois de bouleau , frais coupé & ha- 
chée. Alors j'y ai jette un gros de vieille 
orceille des Canaries deffechée par défaut 
de foin 5 &: pulvérifée. Après encore une 
heure de petit bouillon j'ai coulé ce bain 
& y ai abattu un gros de laine d'apprêt LF 



B 9T 

qui y a contra&é une belle couleur mor- 
dorée , prefque pourpre , fblide au favon 
& au vinaigre. Cette fixation d'une fécule 
auffi fugace que celle de YOrceille , me fit 
efpérer que l'écorce de bouleau me fercit 
également utile à l'égard des bois colorans 
étrangers ; & cet efpoir s'eft réalifé x S 
qu'on le verra lorfqu'il fera quefti: tï 
chacun d'eux. 

Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai 
fait bouillir pendant une demi-heure qua- 
tre gros d'écorce féche , & autant de brin- 
dilles féches de bouleau. J'ai refroidi ce 
bain pour y projetter un gros de belle ga- 
rance , que j'ai maintenue entre chaud & 
bouillon pendant demi-heure. Le bain fou- 
tiré , j'y ai abattu un gros de laine d'ap- 
prêt E , bon pour exalter le rouge, qui 
pourtant n'y a pris qu'une nuance aurore 
très-vive. Cette laine enlevée , j'ai ajouté au 
déchet un gros de garance & laifle cuire dou^ 
cernent encore pendant un quart-d'heure. 
Le bain foutiré , j'y ai réabattala laine déjà 
teinte. Elle y a acquis un aurore plus écla- 



<U B 

tant que le premier. Partie de cette laine r 
repafTée dans un bain de peuplier d'Italie 
Se de baies féches de bourdaine , y eft 
devenue radieufe , mais ce feroit une cou- 
leur bien chère 5 &: par conféquent de pure 
curiofité. 

Comme il n T eft point d'arbre plus com- 
mun dans nos bois > ni d'un accroiffement 
âufli prompt , que le bouleau y cette pro- 
priété de fon écorce , pour afïurer les 
faufles couleurs , eft une des découvertes 
qui m'ait le plus flatté. J'ai depuis reconnu 
l'avantage de l'employer féche plutôt que 
fraîche ; &: pour m'en procurer beaucoup 
&c à bon marché, je n'ai pas trouvé de 
meilleur moyen que d'en dépouiller les ar- 
bres de dix-huit à vingt ans , les plus droits, 
lorfqu'ils font en fève, La manipulation eft 
celle qu'on emploie pour écorcer les jeunes 
chênes afin de faire du tan : l'exfîccation 
& la pulvérifation (ont les mêmes. Le bou- 
leau dépouillé refte en feuilles le furplus 
de la faifon y & fon bois abattu l'hiver fui- 
vant 5 m'a paru avoir acquis de la dureté. 



B 93 

Bouleau-Merisier , ( Betula nigra. ) 
Ses brindilles en feuilles , coupées depuis 
huit jours > m'ont procuré un bain jaune- 
terne , un peu mucilagineux , exhalant une 
odeur mixte d'amandes ameres & de méli- 
lot , comme celui du Mahalcb. La laine 
d'apprêt LF y prend d'abord un ton jau- 
nâtre qui , au long bouillon , devient mufc- 
doré , clair & tranfparent. 

Bourache , ( Borago Offîczna/is. ) Une 
poignée des feuilles & tiges fleuries de 
cette plante annuelle , cuite dans une pinte 
d'eau 5 n'a communiqué à la laine LF , au 
très-long bouillon, qu'une ignoble nuance 
de merd'oie fale. 

Bourdaine , (Rhamnus Frangula. ) Cet 
arbrifTeau devient afTez grand fous les ar- 
bres de nos forêts , notamment dans les 
terres humides. Il prend le port de buifTon 
entre les cépées des taillis dans les pays fecs 
& fabloneux. C'eft alors qu'il eft préféra- 
ble pour notre art, en ce que tous {es fucs 
font perfectionnés par la chaleur , & qu'il 
s'y charge de baies ou fruits oui acquié- 



94 B 

rent une plus complette maturité. Il peut 
fe multiplier à l'infini par marcottes , dra- 
geons enracinés , & fur-tout par fes fe- 
jnences qui lèvent immédiatement après 
quelles font mûres , fi on prend la peine 
de les fëmer un peu à Fombre > de forte 
que les jeunes plants acquièrent aiïez de 
confiftance pour réfifter à Phiver fuivant. 
Ils donnent des fruits dès leur quatrième 
été. On peut ainfi fe procurer par-tout > 
dans Ain efpace circonfcrit , une grande 
quantité de ces baies y dont la récolte eft 
alors peu difpendieufe , puifqu'on ne perd 
point de tems à les chercher çà & là dans 
les bois & les friches. C'eft de nos ingré- 
diens colorans indigènes , celui qui m'a le 
plus agréablement récompenfé de mes foins. 
Le premier motif de mon attention à 
ce végétal , fut la belle couleur jaune de 
fes racines , dont j'efpérai former un fup- 
plément au bois de Fufict ; mais je n'en 
obtins fur laine d'apprêt LF qu'un olive- 
clair , &: la même couleur , mais d'une 
nuance plus intenfe & plus vive fur la 



B 5> 5 

laine AT % bien féchée de Ton apprêt & 
lavée enfuite. L'une & l'autre réiifterent 
au vinaigre 6c au favon. 

Vers le commencement de Juillet l'a- 
bondance des baies encore vertes , mais 
ayant acquis prefque toute leur grofTeur > 
m'invita d'en faire l'effai. J'en pris une 
forte poignée que je triturai dans un mor- 
tier & fis cuire dans une demi-pinte d'eau. 
Il en réfulta un bain jaune-clair dans lequel 
un gros de laine LF acquit en demi-heure ^ 
entre chaud 6c bouillon , un jaune brillant 
6c folide. Une féconde mife , pouflee au 
bouillon , porta plus à l'aurore. 

La maturité me rendit encore ces baies 
plus intérefTantes. J'en froiflai entre les 
mains deux fortes poignées dans une pinte 
d'eau , & j'en pris la moitié que je fis bouil- 
lir pendant une demi-heure. Ce bain y 
d'une couleur entre bleu , violet & pour- 
pre , étant foutiré , j'y abattis un gros de 
laine LF , qui y prit un gris-de-fer-bleuâtre 5 
prefque prune y crès-folide au favon 3 mais 
inégal 6c brinçé, 



tf B 

Ayant fait cuire le même jour , la moitié 
mife en réferve , j'y abattis un coupon de 
drap blanc & un d efpagnolette qui avoient 
fubi l'apprêt LF ^ ôc pefoient enfemble un 
gros. Ils y contractèrent la même couleur, 
mais très-unie , plus brillante , 6c ayant 
tranché l'étoffe , c'eft à-dire , que la corde 
même du drap en étoit empreinte aufli-bien 
que le poil. Cette couleur s'embellit au 
favon , mais elle viole un peu dans le vi- 
naigre. 

Dans un troifieme effai, j'obtins cette 
couleur un peu plus bleue, au moyen de 
trente-fix grains de nitre purifié que j'avois 
fait fondre dans le bain ; mais l'immerfion 
dans le vinaigre la reportoit toujours au 
violâtre. 

En fubftituant le vitriol de Chypre au 
ïiitre , l'étoffe fut teinte en merd'oie très- 
folide que le favon embelliffoit. Les cryf- 
taux de Vertus produisent 7 comme de 
xaifon , un effet pareil. 

Du drap blanc d'apprêt JLFayant été teint 
en jaune 3 puis abattu dans le bain de baies 



mûres 



B 57 

piûres & fraîches , y a pris un vert com- 
pcfé qui a réfifté au favon , mais les acides 
l'ont encore fait un peu violer. 

En faifant cuire ces baies dans le dé- 
chet du bouillon d'apprêt L au lieu 
d'eau , elles fournirent la couleur prune 
beaucoup moins intenfe que, dans feau 
pure. 

Un bain de trente fois le poids de baies 
rnûres de bourdaine \ employées le jour 
même de leur récolte, contre un poids du 
fujet à teindre ^ m'a donné 'fur drap d'ap- 
prêt LF un bleu cerne, que Pimmerfion 
dans l'acide vitriolique édulcoré au degré 
du vinaigre a viré en prune violette. En 
pouffant le bouillon le bleu a tourné au 
vert , & la couleur prune eft fortie moins 
riche du bain acide. 

J'ai verfé dans le déchet de cette Tein- 
ture quelques gouttes de fel d'étain dif- 
fous dans l'acide marin. Le bain eft devenu 
vraiment bleu , mais de nouveau drao a r - 
prêté s'y eft teint en un vert qui fléchit à 
pous les acides. 

Q 






5>8 B 

Toutes les difTolutions d'étain ont porté 
ce colorant au vert non folide. 

D'après tous ces Effais , & plufîeurs au- 
tres , j'ai tenté le 18 Août 178 1 3 d'opérer 
un peu en g rand. 

J'ai donc pris quatre aunes trois-quarts 
de drap blanc ( dit Royale ) , pefant trois 
livres fix onces poids de marc. Je les ai 
débouillies fur le moulinet en eau pure 
pendant demi-heure , puis enlevées 6c la- 
vées à la rivière. 

J'ai mis dans une chaudière foixanta 
pots d'eau de puits difïblvant bien le fa- 
von. Amenée au bouillon , j'y ai projette 
avec la précaution requife l'apprêt LF fui- 
van t , favoir : 

Trois onces ôc demie de tartre rouge 
choifi 5 pulvérifé ôc pafTé au tamis de crin. 

Trois onces & demie de diffblution.de 
bifmuthàzm l'eau-forte , à raifon d'un poids 
de bifmuth , dans quatre poids d'acide. 

Sept onces de faumure . faturée de fel 
marin à froid , à quatre degrés du pefe* 
liqueur des Savoniers. 



B v " 

Après avoir bien agité & mêlé ce bouil- 
lon d'apprêt , j'y ai abattu l'étoffe & tra- 
vaillée au moulinet , entre très-chaud & 
bouillon pendant une demi-heure , puis 
enlevée , mife égoutter , fans laver. 

J'ai fait un bain de foixante pots y tant 
d'eau que de quatre-vingt-dix livres de 
baies mûres de bourdaine', cueillies de la 
veille y bien écrafées entre les mains & 
non coulées. Lorfque ce bain a commencé 
de bouillir, j'y ai abattu le drap & l'ai tra- 
vaillé au moulinet , pendant une heure t 
entre chaud vif & bouillon. Enlevé , lavé 
a la rivière , il étoit d'un bleu terne. Je l'ai 
repafTé au moulinet & réabattu dans un 
bain froid d'acide vitriolique au degré d'un 
fort vinaigre de vin : tourné diligemment 
pendant une minute , levé , lavé dans une 
cuvée d'eau de puits pour édulcorer l'acide^ 
puis à la rivière. 

Alors ce coupon de royale eft refté d'un 
ton violet-bleuâtre un peu prune de Mon- 
fieur. Je l'ai envoyé à Elbeuf pour y rece- 
voir l'apprêt & la preffe , ôc m'en fuis fait 

G i 



ioo B 

faire un habit complet qui , porté pendant 
fix mois de chaque année , eft encore hon- 
nête en Septembre 1784. On n'y diftingue 
aucune différence entre la couleur des plis 
& celle des bafques. La teinture avoit 
intimement pénétré la chaîne de ce drap y 
quoique très-foulé. Comme cette couleur 
étoit indéfiniffable , puifqu elle participe 
prefque également du violet , du bleu 6c 
de la prune , alors fort à la mode , les Ama- 
teurs s'accordèrent à la nommer prune 
d'OijJel , à caufe qu'elle avoit été trouvée 
dans le village de ce nom > à deux lieues 
de Rouen. 

J'ai répété cette Teinture de quatre au- 
nes trois-quarts de royale par quatre-vingt- 
dix livres de baies mûres èc fraîches de 
bourdaine. J'eus le même fuccès fur les 
trois aunes trois-quarts d'un blanc-bluet 
femblable à celle dont eft queftion ci-def- 
fus ; mais une aune de fupplçment , qui 
étoit d'un blanc écru &: mat , prit- une 
nuance de moins , quoiqu'elle fût débouil- 
lie , apprêtée , teinte , avivée &c lavée avec 



B ioi 

les autres auxquelles elle écoit coufue. Il 
convient donc de préférer le drap d'un 
blanc-biuet. 

J'ai fait cuire des baies mûres & fraîches 
dans de l'eau blanchie par l'infufion de la 
marne en poudre. Un échantillon de drap 
blanc d'apprêt E , n'y prit qu'un vert brin- 
gé ; celui d'apprêt LF ', un bleuâtre-terne. 
J'ai verfé dans le déchet une cuillerée de 
folution de fel ammoniac un peu cuivreufe* 
parce qu'elle avoit corrodé le coquemard 
dans lequel on l'avoit faite ; un gros de 
laine d'apprêt LFy a pris une couleur équi- 
voque entre vert , brun & bleu. 

J'ai pris de la laine vierge , que j'ai dé- 
bouillie dans une légère folution de nitre* 
Enlevée fans laver, je l'ai abattue dans un 
bain de baies mûres de fel ammoniac. Elle 
n'y a rien acquis de folide ; mais du drap 
d'apprêt L F en eft forti teint d'un bleu 
violant qui devient prune dans les acides 
& bluet au favon ; ainfi point encore de 
bleu folide. 

Dans l'^fpoir de l'obtenir par la décom- 

g 3 



ici B 

pofkion du rouge , qui , fans doute joint à 
lui dans le fue des baies 5 produit le violet- 
pourpré , j'ai monté une petite cuve dans 
le genre de celles de l'indigo à froid; Elle 
fût compofée d'un gros de vitriol de fer 
èc un groS de chaux fraifée mis féparémeht 
chacun dans un huitième de pinte ^ Ou fix 
polices cubes d eau > puis mêlés & palliés* 
j'y ajoutai une demi-pinte de forte décoc- 
tion de baies mûres & récentes en eau im- 
prégnée de nitre. A une heure après-midi 5 
) 5 ai mêlé & pallié le tout. Le bain faffis 
eft devenu d'un vert-canard doré ; mais 
jufqu'à cinq heures du foir le conta£fc de 
l'air ne lui a point fait acquérir de bleu* 
Ce bain Vert , qui ne m'avoit encore été 
fourni par aucun de mes effais de cuves 
des fucs violets , ou pourpres , me dohnolc 
de Tefpoir * mais huit jours après il s'efë 
démenti en devenant terne , rien de ce que - 
j'y avois plongé dans l'intervalle n'y ayant 
acquis de couleur , je l'ai fou tiré & fait 
chauffer. La laine d'apprêt LF que j'y abat- 
tis j prit , en une heure de bouillon > Unô 



B 103 

efpèce de mufc-verdâtre qui s'embellit au 
favon fans fléchir au vinaigre ; mais ce 
n'étoit néanmoins qu'une couleur com- 
mune. 

J'avois un jour préparé un petit bain de 
baies mûres & récentes , froiffees dans 
l'eau , que je ne fis point chauffer , & que 
d'autres Expériences plus prenantes me 
firent négliger» Huit jours après je le trou- 
vai en fermentation vineufe > ce qui ne 
m'empêcha point de le faire cuire pendant 
une demi-heure. La laine d'apprêt LF que 
j'y travaillai en fortit teinte en une efpece 
particulière de vert agréable , quoique peu 
brillant , mais d'une réfiftance unique aux 
acides comme aux alkalis. Elle y avoit ac- 
quis une douceur qui permettoit de la filer 
très - finement. Son unique défaut étoit 
l'inégalité de la couleur , de forte que les 
draps qu'on en auroit fabriqués n auroient 
jamais pu paffer que pour des beaux pi- 
quetés ou mélangés. Je répétai plufieurs 
fois cette Expérience , & le plus ou le 
moins de fuc des baies décidoit de l'inten- 

G 4 



io4 3 

lîté de ce vert natif , que je nuançai de- 
puis le vert-pomme , jufqu'au vert-canard. 
Mais jamais i fur la laine en flocons , je 
he pus éviter les inégalités ou brinjures. 

Le drap ou l'efpagnolette d'apprêt LF 
prirent au contraire les nuances très-uni- 
ment» Je parvins enfuke à égayer ces verts 
par une légère addition de fucre de Sa- 
turne d^ns le bain. J'admirai les refïburces 
de la Nature qui , en.modifïant d'une ma^- 
niere nouvelle par la fermentation vineufe 
les atomes coloransdes baies de bourdaine, 
en avoit détruit le rouge pour n'y laifibi 4 
que le bleu & le jaune , mais û intime- 
ment combinés ± que , pour la première 
fois , on voyoit la couleur, verte fortir d'un 
unique & même bain , & d'une folidité 
bien fupérieure à celle de nos verts facîïces. 

Enchanté de cette nouveauté , je réfoktè 
de la eonfacrer par des eiTais en grand 5 
comme ci-après* 

Le 14 Août ^ vihgt-fept livres pefaiit dé 
baies mûres ^ & récemment cueillies , ont 



été triturées entre les mains dans vingts 



B 105 

fept pots d eau froide ; on a fait bouillit 
le tout pendant une demi-heure, puis mis 
dans un fac feus une prefle. Il en eft forti 
Vingt-cinq pots d'une liqueur violet-pour- 
pre 3 que l'on â laiffe à 1 air dans des vafes 
de faïancë découverts. 

Ce travail a été fait par trois perfonnes eri 
deux heures de rems , &: a coûté douze fols. 

La cueillette des baies revencit a deux 
fols neuf deniers par livre , mais depuis en 
a trouvé des cantons plus abondans , de 
forte qu'elles n'ont coûté qu'à raiion d'un 
fol fix dehiers. Elles ne couteroient pas un 
fol la livre fi l'on en failoit des (émis dans 
des lieux eircenferits, \ 

Cinq jours après , ce [us avant acquis la 
fermentation vineuie , j'ai pris un coupon 
de fi* aunes &c un quart d'efpagnolettë 
blanche > nen paffee au fouffre , & pelant 
trois livres quatre onces poids de marc. 

J^ai mis dans une chaudière quarante 
pots d'eau de puits diffolvant bien le fa- 
Von. Lorfqu'elîe a commencé à bouillir > 
ff ai plongé l'étoffe 5 lui ai fait faire dçv>,: 



lo6 B 

tours au moulinet, puis enlevée & égouttéè 
fur la chaudière* 

J'ai ramené Fébuliition & formé l'apprêt 
LF 3 favoir : 

Vingt-fix gros de tartre rouge en poudçe. 

Autant de folution de bifmuth dans 
l'eau-forte. 

Cinquante-deux gros de faumure de fel 
marin 5 à quatre degrés du pefe-liqueur des 
Savoniers. 

J'ai travaillé pendant une demi-heure 
l'efpagnolette dans cet apprêt prefque 
bouillant , puis enlevée &; mis égoutten 

On a vidé la chaudière du déchet de cet 
apprêt , & l'on "y a verfé les vingt- cinq pots 
de jus violet en fermentation , & deux 
fceaux ou dix pots d'eau ; en tout , trenre- 
jcinq pots de liquide. 

Quand ce bain a été tiède , j'y ai pro- 
jette une once de fel ou fucre de Saturne* 
que j'ai remué &: laifTé difïbtidre jufqu'à 
ce que le bain fût aiïez chaud pour piquer 
le doigt. 

Alors on y a plongé l'étoffe apprêtée , 



B 107 

puis diligemment paflee au moulinet , on 
l'a tournée pendant une heure èc demie 
entre chaud 6c bouillon , après quoi levée, 
égoutcée , bien lavée à la rivière 3 elle s'efl: 
trouvée teinte très -uniment en vert-de- 
pré naiffant b nuance moyenne entre vert- 
perroquet &. vert-de-pré. Elle ne s'eft brin* 
gée ni démentie au fec ni à la preiïe. 

Nota, Je m'en fuis fait faire un habit 
que j'ai porté pendant les hivers , partie des 
printemps & automnes de quatre années 
confécutives fins que la couleur en ait 
dégénère. 

La main-d'œuvre de Teinture a duré fîx 
heures en occupant deux hommes dont le 

fa ] aire a coûté 1* f. 

Deux fagots & deux bourrées 12 

Cueillette des baies, 27 livres 

à 2 fols 9 deniers 3 14 

Eîxpreflion & cuite du jus . . 12 
Apprêt de l'étoffe 15 



Total 6* 13 C 



Ce qui 5 pour fix aunes & un quart d'é* 



io8 B 

toffe , fait revenir la teinture de chaque 
aune à 21 fols 3 deniers. 

Comme il n'en coûterait pas beaucoup 
plus de main-d'œuvre Se de bois pour tein- 
dre une pièce de vingt ôc une aunes , la 
teinture en reviendrait tout au plus à vingt 
fols par aune. 

Cette jolie couleur fléchit très-peu en 
quinze minutes d'immerfîon en très-forte 
eau de favon , & à vingt-cinq minutes en 
vinaigre de vin à froid* 

Autre Expérience. 

Six aunes un quart d'efpagftolette blan- 
che , non foufrée , ont été apprêtées com- 
me ci-defTus & teintes dans trente-fix pots 
de jus , produit de trente-fîx livres de baies 
exprimées deux jours auparavant , cefl>à- 
dire , ne faifant qu'entrer en fermentation 
vineufe. Aufli ce bain étoit-il beaucoup 
plus violet que le précédent. J'y fis fondre 
une once de fucre de Saturne , de travailler 
l'étoffe pendant une heure trois-quarts ; il 
en réfulta un vert plus intenfe , auffi fo- 



B 109 

lide , mais moins brillant que le premier. 
Cependant le célèbre Macquer , en applau- 
diiïant à l'un & à l'autre , donna la préfé*- 
rence au dernier. 

Un échantillon de velours blanc de coton, 
qui y avoit été attaché lors de l'apprêt &: de 
la teinture , n'y acquit qu'un petit bleu-çlair 
qui ne réfifta à aucune épreuve. 

Comme les déchets de ces deux bainsr 
paroilTbient contenir encore beaucoup de 
parties colorantes , je les réunis dans la 
même chaudière avec neuf pots de jus y 
produit de neuf livres de baies fermentées. 
5ix aunes un quart d'efpagnolette apprêtée 
y furent travaillées & en fortirent encore 
teintes en un joli vert , entre pomme Se 
perroquet , lequel a grifaillé après deux 
ans de fervice. 

Ce vert natif me démontrant qu'après 
la fermentation vineufe il ne reftoit plus 
dans le fuc des baies de bourdaine que du 
bleu & du jaune , je penfai que fi je par- 
venois à détruire ce jaune , il me refteroit 
un bleu indigène, objet toujours fubfiftant 



no B 

de mes recherches ; mais hi Pacefeence y 
ni la putrification , ni l'addition d'aucunes 
fubftances falines ou métalliques n'ont pu 
me procurer cet avantage. : La combinai- 
fon , fans doi;te , eft trop intime , ou mes 
connoiiïances font trop bornées. Je n'af- 
pire qu'à la fatisfaction d'applaudir le pre- 
mier à PArtifte qui y réuffira : car je crois la 
chofe poflible , & de tous nos ingrédients? 
indigènes , c'eft cb»s celui-ci que le bleu 
manifefte le plus efficacement fa préfence. 

Les déje£bions des merles qui ont mangé 
ces fruits mûrs font vraiment bleues , fans 
pourpre ni jaune. Mais de quelle nature 
eft le fuç gaftrique de ces oifeaux ? 

Dans un petit bain de fuc fermenté de 
bourdaine , j'ai verfé moitié d'une cuiller 
a caffé de folution faturée de fel ammo- 
niac. L'étoffe d'apprêt LF y a pris une 
riche couleur de vert de Saxe , qui tient 
au favon , mais rougit au vinaigre. 

Le vitriol de fer le vire en olive-terne, mais 
folide. La 'laine ou l'étoffe , pétries dans la 
terre du vitriol de Chypre , précipitée par 



B ni 

l'eau de potafTe , puis féchées & lavées , 8t 
abattues dans un bain de jus fermenté , y 
ont acquis un violet-brun-terne , efpece 
de puce , qui tient à tout, Ces fujets ayant 
été apprêtés Z F avant lepétriflage dans la 
terre du vitriol de Chypre , n'ont pris dans 
ce bain qu'un olive fale & bringé. 

La laine vierge , pétrie dans la terre pré- 
cipitée de l'alun & d'un peu de bifmuth , 
féchée , lavée & abattue dans le bain ci- 
deffus , y a pris un gris-olivâtre affez beau. 

Le fuc des baies , ayant pafTé de la fer- 
mentation vineufe à l'acéteufe , & prefque 
à la putride , communique à la laine ou 
étoffe d'apprêt L F un vert-perroquet fort 
agréable. En continuant le bouillon , on 
obtient un olive-foncé qui gagne au favon, 
&: même au vinaigre. 

Des baies de bourdaine , cueillies mûres 
ôc gardées pendant onze jours fur une toile 
en plein air , ont été cuites dans de l'eau 
aiguifée par de l'acide vitriolique auquel 
j'avois fait diffoudre de la marne. Il eneft 
refaite un bain rouge-pourpre fcrpérieur à 



iti B 

celui de la cochenille ; mais la laine L F y 
a déblanchi à peine. J'ai ajouté à ce bain 
une cuillerée de l'apprêt de M. Giroz, qui 
l'a tourné en prune de Alonjïeur; alors la 
même laine y a pris une nuance brune qui 
verdie un peu au favon , 6c fe rétablit dans 
le vinaigre, 

Dans le déchet de ce bain , j'ai abattu 
un gros de laine A T qui y a pris un vert-. 
ronce-d'Artois très-tranfparent , folide au 
favon 6ç au vinaigre , jolie & bonne cou-? 
leur. Une nouvelle mife du même apprêt,, 
dans ce fécond déchet , a encore acquis une 
jolie dégradation de ronce d'Artois. 

L'excellence de ce colorant en violet* 
bleu & eu vert , étoit balancée par le peu 
de tems qui reftoip pour l'employer, puif* 
que l'intervalle en étoit preferit entre le 
14 Août 6c le 30 Septembre , durée ordi- 
naire de ces baies, en état de maturité. Il 
étoit queftion de trouver le moyen de les 
conferver 6c rendre difponibles. C'eft ce 
que j'ai tâché dç mç procurer par les pro- 
cédés fuivans, 

m 



B 115 

Pai pris cent quarante-quatre livres de 
baies mûres que j'ai foulées comme le rai- 
fin dans cent quarante-quatre pots d'eau. 
J'ai fait bouillir le tout pendant une demi- 
heure, puis tiré au clair ce qui a pu pafler 
à travers d'un canevas. Le marc enfaché a 
été mis fous le prefToir. Il en eft réfulté 
cent trente-fix pots de jus violet, que j'ai 
entonné dans un muid &c laifle débondé. 
La fermentation vineufe s'y eft prompte- 
ment établie , & dès qu'elle a diminué , on 
a bondé le tonneau. Cette efpece de vin 
m'a fervi utilement pendant trois mois 
pour teindre en vert. Mais le colorant a 
dégénéré enfuite , & quoique ce vin fe 
conferve plus de deux années , il ne con- 
vient plus que pour faire tranfparoître ëc 
chatoyer les couleurs brunes ou jaunes dans 
lefquelles on le fait entrer. Peut-être qu'en 
doublant la dofe des baies fur la même 
quantité d'eau , on ajouteroit à la durée 
de fou énergie tinctoriale : ç'efl ce que je 
pie propofe d'expérimenter. 

La déification çle ces baies me promit 

H 



U4 B 

d'abord uû fuccès plus durable. En les paf- 
fant au four 3 avant que la fermentation 
vineufe pût s'y établir , je parvins à les ren- 
dre féches y fonantes èc de garde. Comme 
je reconnus qu'elles perdoient dans cette 
opération fept huitièmes de leur poids , je 
m'en fis une régie pour leur emploi. D'après 
les premiers efTais , je fus enchanté de voir 
qu'elles avoient confervé la propriété de 
teindre en prune d'Oijfcl^ &c je crus avoir 
un excellent fupplément au bois de Cam- 
pêche , alors très-cher. J'y gagnois encore 
le précieux avantage de la folidité jointe 
à l'indépendance ; mais cette douce illu- 
ïîon s'évanouit au bout d'un mois > vu 
qu'elles ne procurèrent plus qu'un vert- 
olivâtre. Sans doute une fermentation in- 
fenfible les avoit modifiées, quoique le lieu 
du dépôt fut fort fec. Cependant leur 
ayant reconnu , bien fupérieurement au 
vin de bourdaine , la propriété de rendre 
tranfparentes Se chatoyantes toutes les cou- 
leurs auxquelles on les affbcioit , je me 
confolai de ce que je perdois par ce qui 



B 115 

me reftoit , &: qui ne ma point échappé 
depuis. On verra dans le cours de mes Ex- 
périences de quelle utilité confiante m'a 
été cet ingrédient. Il neut être recueilli, &c 
mis à peu de frais en état de confervation, 
dans les cantons éloignés des grandes Villes 
&c des Manufactures. Là , le zèle pour le 
travail ne trouve fouvent point de falaire , 
& cette récolte répandra quelques fecours 
fur les enfans & les vieillards qui s'en 
occuperont , & dont nos Teinturiers pour- 
ront les acheter. Il en eft de même de 
beaucoup d'autres bons colorans que la 
Nature nous prodigue prefque inutilement 
en Normandie , oii le prix exceffif de la 
main-d'œuvre nous empêche de les faire 
ramafTer. 

Dans trois verres de ce jus ou vin, gardé 
depuis un an , j'ai fait cuire trente-lix grains 
de garance. Un gros de laine ZFy a pris 
un très-beau ton carmélite ; c'eft un moyen 
des plus prompts pour fe procurer cette 
nuance. 

Quatre gros de baies mûres & féchées ? 

H 1 



\i6 B 

cuites dans une demi-pinte d'eau pendant 
une heure , ont donné un bain dans lequel 
Pefpagnolette d'apprêt L F a pris un jaune- 
ravenelle-olivâtre. La laine AT , pafTée en 
purée de fiente de brebis , y a pris la même 
couleur , mais moins intenfe. L'addition 
d'un peu de garance a donné un aflez beau 
mordoré, 

Bourreau des Arbres , ( Celafirus 
fcandens* ) Deux onces de £es cordons , 
hachées , cuites pendant deux heures en 
demi-pinte d'eau , ont communiqué à un 
gros de laine L F une couleur jaune-foncée, 
mais terne ; ombre ou bruniture de jaune 
folide. 

Bourse a Pasteur, ( Thlafpi 3 Burfa 
Paftoris. ) Une forte poignée de plantes , 
entre fleur &: graine , donne un bain d'un 
jaune-fauve qui promet afTez. Néanmoins 
la laine L F n'y prend qu'au long bouillon 
un vilain jaune-terne. Ce bain exhale jus- 
qu'à l'extrémité une forte odeur de chou. 

Bromus tectorum. Les feuilles, tiges 
& épis, de cette plante dans l'état purpurin 



B 117 

Ijui annonce fa prochaine maturité , m'ont 
donné un bain prefque aufli coloré que celui 
de baies mûres & fraîches de bourdaine. 

La laine d'apprêt L 2% y a pris un gris-ar- 

doifé. 

La laine . . . • C un jaune-brunâtre. 

La laine . . . . E un joli olivâtre un 

peu bringé. 

La laine . . . . F un gris-foncé. 

Le déchet étant encore net , j'y ai abattu 
de la laine E \ qui y a pris un gris-verdâtre. 

C'eft un très-bon ingrédient , capable de 
fuppléer aux baies féches. Mais quoique 
cette herbe ioit commune , fur-tout dans 
les pays arides , il feroit difficile d'en amaf- 
fer à -la -fois une quantité au degré de 
maturité fuffifante ; car ultra , citraqut , 
nihiL 

Brou de noix , ( du Juglans Regia. ) 
C'eft un ingrédient d'ufage dans tous les 
Atteliers de Teinture oii il donne les cou- 
leurs fauves , parce qu'on ne l'y emploie 
que dans un état de fermentation prefque 
putride» Au contraire 5 je l'ai eiïayé frais 

h 3 



îîS B 

& auffî-tot que la maturité le détachoit 
du bois de la noix. En cet état , deux on- 
ces broyées dans un mortier ^ cuites pen- 
dant une heure dans trois-quarts de pinte 
d eau, m'ont procuré un bain brun-ardoifé 
qui , en demi-heure entre chaud & bouil- 
lon , Se un quart - d'heure d'ébullition, a 
communiqué à un gros de laine L F un 
maron-foncé , efpece de noir-bleuâtre très- 
folide. Ceil la plus belle des brunitures 
fortes que l'on puiiïe employer en tapiiïe- 
ries , parce qu'elle n'eft point d'un ton crud 
Se mort comme le noir. D'ailleurs, comme 
il n'y entre point de couperofe , elle ne 
jaunit point par la longue expofîtion à 
l'air, 

Upe féconde mife dans le déchet , en 
trois-quarts-d'heure de bouillon, a contracté 
la même nuance , mais un peu moins bleuâ- 
tre 6c plus rouiTe. Le bain répand fur fa- 
fin lodeur du gérofle, 

La même dofe de brou frais , cuite avec 
un gros de vitriol de Chypre , a produit un 
bain fale qui a donné à un gros de laine 



B 119 

du même apprêt une belle couleur de ma- 
ron qui réfifte à tout. 

La même dofe cuite pendant une heure 
fans bouillir , puis mêlée avec deux parties 
de via , ou jus fermenté de bourdaine , com- 
muaicjfte un olive-rioirâtre 6c terne , mais 
folide. Un peu de difTolution de fer en 
forme un mordoré-noir bien affuré. 

Ayant obfervé que tous les produits du 
brou de noix portoient au noir-bleuâtre 5 
) en ai broyé de tout frais , & l'ai mis dans 
un vafe de verre avec de l'eau chaude pour 
le faire fermenter 5 ce qui a eu lieu en 
quatre jours. Alors avec ce jus > ou fuc 
coulé & exprimé , j'ai monté une petite 
cuve comme pour indigo à froid. Dès le 
lendemain il furnageoit une liqueur colo- 
rée comme une teinture de fafran, dans la- 
quelle, la laine d'apprêt LF z pris une vé- 
ritable couleur d'olive , intenfe & très-fo- 
lide. Comme cet ingrédient n'eft précieux 
que lorfqu'on peut l'employer frais , &c qu'il 
eft très-difpofé à fermenter , j'ai cherché à 
le conferver par fa déification dans un four. 

H 4 



T -XO B 

Mais une inadvertance m'a privé des effets 
de cet eflai .$ qu'il faudra recommencer l'an- 
ïiéê prochaine* 

Brunèlle^ ( Prunella vulgâfis. ) Une 
poignée de plantes entières fleuries * écra- 
fée dans un mortier & cuite pendlfciUune 
heure dans une demi o* pinte d'eau , m'a 
donné un bain olive-noirâtre ^ qui promet* 
toit beaucoup , mais ne communiqua * fur 
un gros de laine L F, qu'une foible nuancé 
d'olive-grifaille* 

Bruyère commune , C Ërica vulgâfis. ) 
Trois onces de Tes branches ligneufes ha- 
chées * cuites dans une pinte d'eau pendant 
deux heures , ont donné un bain dans la 
colature duquel un gros de laine LF& con* 
tra&é 5 en deux heures d'ébullition , une 
belle couleur de noifette-foncée. Une fé- 
conde mife pareille â pris la même couleur 
un peu moins intenfe. Ce bain ne fe falit 
point .* St il peut fervir jufqu'à fa réduction 
totale* 

J*ai defiré voir depuis quelle teinte y 
prendrait la laine d'apprêt E par Un hui- 



B 121 

tiemè dé métal dans parties égales d'acide 
nitreux & marin. Je trouvai par hafard fous 
ma main de la bruyère commune coupée 
& gardée à couvert depuis trois femaines. 
J'en hachai douze gros > que je fis cuire 
pendant une heure bc demie dans trois*- 
quarts de pinte d'eau. Le bain jaune-olivâ- 
tre ayant été foutiré \ j'y abattis un gros 
de cette laine E , qui d'abord y acquit une 
belle couleur de citron-brillant , que la con- 
tinuité du bouillon rendit jaune-tranfpa- 
rent-ravenelle un peu verdoyant. L'un Se 
l'autre fe trouvèrent inaltérables à l'immcr* 
fion dans le vinaigre. 

Dans une pinte d'eau j'ai fait un bain de 
trois onces de cette bruyère £c d'une once 
de baies féches de bourdaine. Le bain coulé, 
j'y ai abattu un gros de laine Se un gros 
de drap d'apprêt E ci-deflus. Ils y ont ac- 
quis un beau jaune-ravenelle-maure bien 
chatoyant & tranfparent. 

Dans une pinte d'eau une once & demie 
de cette bruyère & une once de paille fé- 
che de farafm , ont produit un bain dans 



122 B 

lequel la laine & l'étoffe d'apprêt E , ont 
pris un joli jaune-verdâtre-tranfparent,que 
vingt-quatre heures d'immerfion dans le 
vinaigre de vin n'attaquent point. 

Cet ingrédient colorant eft fi vil Se fî 
répandu par-tout, que je regarde ces effais 
comme importans. En faifant cuire la 
bruyère fans la hacher , & la laiflant fé- 
cher au foieil au fortir de la chaudière , 
elle rempliroit encore fa vulgaire deftina- 
tion 5 qui eft de chauffer le four , ou de 
fervir de litière aux beftiaux , de forte 
qu'on en auroit la teinture prefque gra- 
tuitement ; mais l'extrême ténacité de ce 
jaune me préfentoit les plus grands avan- 
tages fi je pouvois l'appliquer fur les fils de 
coton & de lin. Nos Toiles 6c Cotonades 
y auroient acquis des jaunes ÔC des verts 
folides dont elles font privées. Je m'en fuis 
donc férieufèment occupé pendant plu- 
fieurs jours ; mais de tous les apprêts que 
j'ai tentés 5 voici le feul qui m'ait leurré de 
Pefpoir de quelque fuccès. 

J'ai fait débouiiiir pendant une heure en 



B i*3 

eau {impie un écheveau de coton pefant 
fept gros. Enlevé 3 foulé , bien lavé , je l'ai 
abattu dans un bain d'une pinte &£ trois- 
quarts d'eau, un gros de faumure, demi-gros 
de crème de tartre , & demi-gros de diffo- 
lution d'étain : laiiïe bouillir pendant trois- 
quarts-d'heure , enlevé fans le laver. 

Dans une pinte d'eau j'ai fait cuire 
quinze gros de bruyère féche. Le bain 
coulé , j'y ai abattu la moitié ou trois gros 
de ce coton , qui y a pris un très-beau jaune 
franc , inaltérable au vinaigre. Mais dix 
minutes de débouilli , dans le quart de fon 
poids en favon , l'ont viré en une couleur 
de Nankin. 

En ajoutant à l'apprêt ci-deiïus quelques 
grains de difTolution de cuivre rouge , le 
coton prend un jaune plus olivâtre 5 mais 
qui ne réfïfte pas mieux au débouilli dans 
le favon. 

Tous les apprêts relatifs à celui du rouge 
fur coton n'ont abfolument rien produit 
d'utile. 

Dans une pinte & demie d'eau 5 j'ai fait 



Ï24 B 

cuire vingt çros de bruvere féche. Ce bain 
très-fort étant coulé , j'y ai abattu l'autre 
moitié de cet écheveau d'apprêt un peu 
cuivreux , déjà teint la veille. Il s'y eft 
chargé de couleur , mais elle n'en a pas été 
plus folide. 

Le déchet de ce bain , réduit à moitié , 
m'ayant encore paru fort net, j'y ai abattu 
un gros de laine d'apprêt Kl En un quart- 
d'heure, fans bouillir , il y a pris un jaune 
éclatant qui feroit préférable à celui du 
peuplier d'Italie s'il peut devenir d'un beau 
vert dans la cuve-d'Inde. 
H Comme prefque tout le bain me reftoit 
encore, j'y ai abattu un gros 6c demi de 
laine du même apprêt» Je l'ai pouffé ôc 
entretenu pendant trois heures au bouillon, 
Se il en eft réfulté une excellente nuance 
de ravenelle-maure très-unie. 

Bruyère élégante, {Erica Clnerea.) 
Trois onces de fes épis fleuris , cuites dans 
trois-quarts de pinte d'eau , ont produit 
un bain mordoré dans lequel la laine LF 
a pris au long bouillon un mufc-foncé , &: 



B Î25 

le drap blanc du même apprêt , un mufo 
doré , tous les deux bien folides. Je n'ai 
point interrogé cette efpece, un peu moins 
commune que l'autre 5 par les lainages d ap- 
prêt E. 

B&yone noire , ( Thamus communîs. ) 
Ses baies , ou fruits rouges , donnent un 
bain couleur de capucine dans lequel la 
laine ne prend rien au premier bouillon ; 
mais en le continuant pendant trois heu- 
res , elle y acquiert un jaune un peu ca- 
pucine-terne qui tient bien. La féconde 
mife prend une couleur de chamois éga- 
lement folide. 

Buis des forêt s, {Buxusfempervirens.) 
Ses brindilles , en feuilles vertes , donnent 
un bain qui promet du jaune , mais qui 
jufques après demi-heure de bouillon ne 
communique à la lai<(fe L F qu'un foufre . 
mefquin & terne. De lebullition jufqu'à 
réduction extrême , il réfulte enfin une 
foible nuance équivoque noifette-claire , 
mais très-folide. 



n6 



V-j A B aret, oreille d'homme , ( A^arum 
Europœum. ) Une médiocre poignée de Ces 
plantes entières , broyée au mortier & cuite 
dans une demi -pinte d'eau pendant une 
heure , a donné un bain très-aromatique , 
& qui , après avoir écume beaucoup , s'eft 
trouvé coloré d'un jaune-olivâtre. Un gros 
de laine LFy prit d'abord un léger vert* 
jP0/7z/7z£;puisaulong bouillon de trois heu- 
res , un mufe- clair-olivâtre. 

Caille - lait , ( Galium verum. ) Cette 
plante vivace & rubiacée croît fpontané- 
ment en terrains marneux & fabloneux, 
dans les friches > les taillis clairs & au pied 
des haies. Sa partie cWorante ne réfîde que 
dans Pécorce de fes racines , c'eft pourquoi 
il en faut employer trois & quatre fois plus 
que de la racine de garance ; mais aufli ne 
coûtent-elles que la peine de les tirer de 
terre. C'eft un bon fupplément à la garance, 



C 127 

&C qui m'a procuré foit en vert , foie en 
poudre féche , toutes les mêmes nuances > 
& même lafaujfe écarlate , ou rouge exalté^ 
fur la laine d'apprêt E. 

L'efpece à- fleurs blanches , ( Gàllum 
Mollugo ) produit à très-peu-près les mê- 
mes effets. La laine L F y prend de même 
tous les tons rouges-bruns. des garançages, 
& la laine A T des rouges canelés. Ses 
racines font un peu plus groffes que celles 
de l'efpece à fleurs jaunes. Une poignée de 
fes feuilles &; tiges vertes, hachée & cuite 
pendant une heure dans trois-quarts de 
pinte d'eau , m'a donné un bain jaunâtre qui 
fentoit beaucoup le mélilot. La laine LF 
y a pris , fans bouillir , une jolie teinte de 
citron qui , en bouillant , s eft changée en 
vigogne terne & fale. 

Camomille puante, {Anthémis Cotula. ) 
Une poignée de fes feuilles &c tiges fleuries 
a communiqué à un gros de laine LF un 
jaune-citron-verdâtre qui tient bien. 

Campanule à fleur bleue, ( Campanula 
rotundi folia. ) Une poignée de Ces. feuilles 



nS c 

& tiges fleuries , hachée &c cuite pendant 
deux heures dans une pinte d'eau , a pro-* 
duit un beau bain olivâtre dans lequel un 
gros de laine d'apprêt LF a pris , en trois 
heures d'ébullition , une belle nuance de 
vîgogne-dorée, 

Campeche (bois de) , ou Bois-dInde, 
Cet ingrédient eft connu dans tous les 
Àtteliers de Teinture , oii fon bas prix 8c 
la richefïe de fon colorant Farcréditent y 
malgré fa fauiïeté. M. Giroz eft, je crois, 
le premier Artifte qui foit parvenu à le 
fixer au moyen d'une composition 3 ou mor- 
dant , dont il ferme un apprêt aux laines 
&c étoffes «qui , abattues enfuite dans une 
déco&ion de ce bois & d'un peu de Fer- 
nambouc , contractent ces belles couleurs 
de prune de Monjîeur , qui ont été fi recher- 
chées, & auxquelles on reviendra tôt ou 
tard. M. Giroz a depuis aflocié à fes con- 
noiffances & à £es fuccès M. Defcroizilles, 
Chymifte à Rouen , qui a feu appliquer 
l'emploi de ce mordant à quelques autres 
couleurs , & notamment à celle qu'on a 

npmî^é^ 



C 129 

nommée bleu-Dauphin. M. Maille , de Lou- 
viers , en fait apparemment la composi- 
tion , car il en débite avec fuccès dans plu- 
fieurs Atteliers. 

Quoique je l'ignore abfolument , j'ai 
voulu aullî tenter l'aventure, ainfî qu'on le 
verra dans cet article. 

Dans une pinte & demie d'eau bouil- 
lante y j'ai projette dix-huit grains de crè- 
me de tartre, trente-*fix grains de faumure, 
dix-huit grains des trois folutions en par- 
ties égales d'étain , de cuivre èc de bifmuth, 
& deux gouttes de diflolution de fer , le 
tout pallié , quatre gros de laine y ont été 
abattus & travaillés pendant une demi- 
heure au petit bouillon. 

J'ai fait un bain d'un tiers d'eau 6c de 
deux tiers de cuite de bois de Campêche , 
enfemble fix verres , ou trois- quarts de 
pinte , èc j'y ai abattu à tiède un gros de 
la laine ci-defïus, travaillée pendant demi- 
heure entre chaud 6c bouillon , & quinze 
minutes d'ébullition , elle en eft fortie 
teinte d'un très-joli bleu , deux tiers de 

I 



i 3 o C 

nuance de bleu-de-Roi , qui s'embellit pâf 
le favon du feutrage, mais rougit ou vio- 
lacé en dix minutes de féjour dans le vi- 



naigre. 



En employant plus forte dofe de cuite 
de Campêche , j'ai obtenu plus d'intenfîté > 
mais non plus de folidité. J'ai pris enfuite 
de la cuite pure fans y ajouter d'eau. Lorf- 
que la laine eut contracté demi-teinte, je 
l'enlevai & fis fondre ctans le bain trente- 
fix grains de nitre ; je réabattis la laine qui 
y prit Un très-beau bleu , mais de très-peu 
plus folide. 

Dans le déchet de ce bain j'abattis un 
gros de laine d'apprêt E , qui y prit un 
violet d'orceille y ou violet pourpre ; qui 
réliile au vinaigre. 

J'ai répété l'apprêt mélangé des trois fo- 
lutions & deux gouttes de celle de fer ci- 
deflus ,, avec cette feule différence que j'a- 
vois mis dans Pe^u, &C y laifTé juiqu'aiju bouil- 
lon y un nouet contenant un gros de fumac 
en poudre , lequel j'ai enlevé avant la pro- 
je&ion. Ce nouet a fali l'eau , h laine &; 



C 131 

les couleurs qui depuis y ont été appli- 
quées. 

Cependant la laine de cet apprêt , abat- 
tue en pure cuite de Campêche , y a con- 
tracté la nuance du bleu-de-Roi un peu 
fombre , mais folide au vinaigre. Il paroît 
que le fumac a fait jouer en cette occafîon 
un trop grand rôle aux deux gouttes de 
diflblution de fer qui entrent dans cet 
apprêt. 

Pour m'afliirer de l'effet du fer dans ces 
bleus factices , j'ai répété le premier apprêt 
mélangé , en fupprimant les deux gouttes 
de fa diflblution , 6c toutes les couleurs 
en ont été ardoifées & ternes. 

Dans une pinte d'eau 5 j'ai laifle tomber 
deux gouttes de diflblution de fer 3 & j'y 
ai réabattu ce qui me reftoit de ce dernier 
apprêt : cela lui a rendu la faculté de re- 
prendre du bleu dans la cuite de Campê- 
che, mais moins purement que par le pre- 
mier de tous. 

Dans une pinte d'eau, j'ai fait cuire 
pendant une heure & demie un gros de 

h 



132 G 

bois de Campêche effilé avec un demi-gros 
de fumac fin. Le bain ayant été foutiré , 
j'y ai abattu un gros de laine & étoffe 
apprêtées par un mélange égal des {blu- 
tions de fer , de cuivre &c de bifmuth. Il 
en eft réfuîté un aflez beau noir qui tient 
au vinaigre , mais qui devient minime en 
deux heures d'immerfion 5 dans l'acide vi- 
triolique adouci au degré du vinaigre. 

Un demi-gros de laine de bon apprêt E 
& O , abattu dans ,1e déchet de ce bain de 
Campêche & fumac , y a pris > à mon grand 
étonnement , une couleur de cane/le très- 
riche , que quinze minutes d'immerfion 
dans le vinaigre ne font qu'écîaircir un 
peu. Je n'ai pu me rendre aucune raifon 
de cette fingularité. 

Un écheveau de coton , préparé par le 
mélange des folutions de fer , de cuivre &c 
de bifmuth , avoit acquis dans un bain de 
bois de Campêche une couleur bleue bien 
fupérieure à celle que les Teinturiers ob- 
tiennent du Campêche & du vert-de-gris. 
Mais ce bleu , que le favon embellifToit , 



C 133 

s'eft anéanti dans le débouilli d'alun pref- 
crit par les Réglemens. 

A ce débouiili , alors d'un pourpre- 
clair , j'ai ajouté quatre cuillerées de cuite 
de Campêche , &c j'y ai abattu un demi- 
gros de laine d'apprêt E & O. Elle y a 
pris une belle couleur de girofflée violette 
qui réfifte très-bien au vinaigre. Il femble 
qu'on pourroit tirer parti de cette Expé- 
rience pour fuppléer au bois de Fernam- 
bouc exceiîivement cher & rare. 

Dans trois-quarts de pinte d'eau de puits, 
j'ai fait cuire pendant une heure ôc demie 
une once d'écorce de bouleau hachée , de 
trente-fix grains de bois de Campêche effilé. 
Ce bain coulé , j'y ai abattu un gros de 
laine XFqui, en trois-quarts-d'heure entre 
chaud et bouillon , y a pris une vraie cou- 
leur de violette-tranfparente , qui s'embel- 
lit en quarante minutes d'immerfion dans 
le vinaigre. 

Dans la même quantité d'eau , j'ai fait 
cuire quatre gros d'écorce de bouleau , 
quatre gros de brindilles de peuplier d'Ita- 

1 3 



134 C 

lie , & dix-huit grains de Campêche effilé. 
Un gros de laine d'apprêt LF y a pris 
d'abord un olive foible qui , en bouillant 
pendant trois heures y a pafle à la boue- 
de-Paris prefque noire , & qui réfifte à 
l'acide pendant une demi-heure. 

Dans fix verres d'eau , j'ai fait cuire une 
once de peuplier d'Italie & neuf grains de 
Campêche effilé. Un gros de laine d'apprêt 
L F. y a contraire , en un quart-d'heure fans 
bouillir, une belle couleur olive , afTez 
tranfparente, qui réfifte au vinaigre pendant 
vingt-cinq minutes. En doublant la dofe du 
bois de Campêche , la couleur eft plus in- 
tenfe , également tranfparente & folide. 
' Dans cinq verres 3 ou un peu plus d'une 
demi-pinte d'eau y j'ai fait cuire une once 
d'écorce féche & pulvérifée dé bouleau , 
& neuf grains de bois de Campêche, La 
laine Se étoffe d'apprêt E y ont pris une 
couleur violette-pourprée , prune-de-Mon- 
fieur qui réfifte à tout ; mais la laine y a 
un peu bringe , tandis que l'étoffe en eft* 
fortie fort unie. 



C 135 

Voilà donc le colorant du bois de Cam- 
pêche fixé par Técorce de bouleau. Ce qu'il 
y a de lingulier 5 t'eft qu'elle vire en rouge 
de fans; artériel la couleur violette du Cam- 
pêche. Dès que la laine y eft abattue cette 
décoction devient jaune-aurore comme une 
infufîon de fafran , & quand la teinture 
eft bien faite , le déchet n'eft plus coloré 
qu'en citron pale & terne , prelque entiè- 
rement dépouillé. 

En fupprimant l'écorce de bouleau la 
même laine d'apprêt E n'acquiert dans le 
bain de Campéche qu'un violet -foncé > 
terne , au lieu du violet prune , encore 
eft- il moins folide au vinaigre; de forte 
que cette écorce avive à-la-fois Se affure 
la couleur. 

J'ai prévenu les inégalités fur la laine en 
l'apprêtant avec une folution de dix-huit 
grains d'étain feulement dans un gros d'a- 
cide marin , un gros d'acide nitreux et dix- 
huit grains d'eau. Ce font les proportions 
. les plus convenables pour les couleurs ex- 
traites des bois de Campéche & de Fer- 



i 3 6 C 

nambouc ; mais elles font trop foibles en 
étain , pour les rouges de garance , qui n'y 
acquièrent qu'un beau fouci. 

Dans cinq verres d'eau > j'ai fait cuire 
pendant une heure & demie une once 
d'écorce féche de bouleau , & neuf grains 
de Campêche effilé. Le bain coulé, y abattu 
laine & étoffe de ce dernier apprêt ; l'une 
& l'autre y ont pris très - uniment une 
nuance agréable entre \aprune-de-Monfieur 
& le violet : on l'a nommée Américaine. 

Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai fait 
cuire pendant une demi-heure de bouillon 
quatre gros d'écorce féche de bouleau 
hachée , puis j'y ai ajouté vingt-fept grains 
de Campêche effilé ; j'ai laifTé cuire le tout 
encore pendant une heure. Ce bain coulé 
j'y ai abattu deux gros mouillés de laine 
d'apprêt LF qui y ont acquis le plus bril- 
lant & folide violet qu'on puiiïe défirer. 

En opérant de même fur de la laine pié- 
tée de hleu de cuve à quinze fols la livre , 
puis débouillie en eau fîmple ôc paffée 
mouillée dans un apprêt L F^ elle m'a 



C '137 

donné une imitation de bleu-de-Roi in- 
tenfe & folide. Dans l'un & l'autre cas le 
fuccès s'annonce par le bain même , qui , 
de couleur de fang, devient olivâtre-terne 
en un quart-d'heure fans bouillir , Se un 
quart-d'heure de bouillon. 

La laine piétée de bleu , à quinze fols la 
livre , débouillie en eau pure & réapprê- 
tée E par la folution citée dernièrement , 
acquiert dans le même bain l'imitation de 
bleu-de-Roi encore plus tranfparent que 
celle d'apprêt L F. 

Au lieu d'employer l'écorce de bouleau, 
j'ai fait fondre dans fept verres d'eau tiède 
trente-fix grains d'alun de Rome , & j'y ai 
fait cuire pendant une heure trente-fix 
grairs de bois de Campêche effilé* Le bain 
eft également devenu de couleur de fang. 
Après l'avoir foutiré, j'y ai abbatu un gros 
de laine blanche d'apprêt LF y qui y a pris 
le violet folide , mais un peu moins bril- 
lant. Le déchet du bain a maigri de même. 

Dans un bain femblabîe ? au lieu de 
laine blanche , j'en ai abattu de piétée de 



138 C 

bleu à quinze fols &c réapprêtée LF; elle 
y a pris un afTez beau bleu , mais feule- 
ment comme de trente fols , & pareil à la 
nuance que l'on nomme bleu-Dauphin. 

Au lieu d'alun , j'ai fait fondre dans 
fept verres d'eau trente-fix grains de favon 
blanc , puis cuire trente-fix grains de Cam- 
pêche avec quatre gros d'écorce féche de 
bouleau. Le bain eft devenu pourpre. Etant 
coulé, j'y ai abattu deux gros de laine blan- 
che encore mouillée de fon apprêt LF r 
qui y eft devenue prefque noire. Mon but 
étoit de changer la couleur du bois de 
Campêche en bleu , fans pied d'indigo. Il 
convient effàyer de nouveau en tâtonant 
les proportions.. 

De toutes -les dofes tentées pour l'écorce 
de bouleau , comme mordant-avivant , la 
meilleure m'a paru être celle de quatre fois 
le poids de la laine (î l'écorce eft féche > 
hachée ou pulvérifée y & de fept fois le 
poids du fujet fi elle eft fraîche 3 & feule- 
ment enlevée à la plane ; encore fon -effet ^ 
en pareil cas , eft-il toujours moindre. 



C 139 

Capsules épineufes des faînes, ou fruits 
du hêtre. Elles reftent ordinairement à l'ar- 
bre plus d'un mois après que la maturité 
les a fait ouvrir &L biffer tomber leur fruit. 
J'en ai pris le poids de trois onces des plus 
récemment ouvertes , que j'ai broyées dans 
un mortier Se fait cuire pendant deux heu- 
res dans trois-quarts de pinte d'eau. Il en 
eft réfulté un bain aufîi intenfe que celui 
du gros bois de pfeudo-acacia , mais qui fe 
diftingue par beaucoup de l'odeur & un 
peu de la faveur du gérofle. Je crois qu'on 
en pourroit tirer avantage dans l'afTaifon- 
nement des viandes Se le parfum des li- 
queurs. Au refte la laine d'apprêt ZFn'y 
acquiert , en trois heures de bouillon , 
qu'un jaune-chamois très-folide. 

Capucine , petite , ( Tropccolum minus. ) 
Une poignée de fes tiges en feuilles , fleurs 
& graines , cuite dans une demi - pinte 
d'eau , m'a donné un bain très-peu coloré 
de jaune-olive , qui conferve beaucoup de 
l'odeur de la plante. La laine L F y prend 
d'abord un jaune -ravenelle -terne , &c au 



140 c 

long bouillon un mufc-cîair-olivâtre bien 
afïiiré. 

Carotte sauvage , ( Daucus Carota. ) 
Ses feuilles &c tiges fleuries communiquent 
au premier bouillon un jaune-verdâtre que 
la longue ébullition ternit. La carotte cul- 
tivée n'eft pas plus riche en atomes colo- 
rans. 

Cassis , ( Ribes nîgrum.) Ses fruits mûrs 
donnent un bain aufîî beau que la coche- 
nille , mais il n'agit qu'au très-long bouil- 
lon 5 en communiquant à la laine d'apprêt 
LF un mufc-foncé très-folide. 

On fait combien ce fruit colore l'eau- 
de-vie par la {impie infufion à froid, J'ai 
pris de cette infufion plein un grand verre> 
que j'ai fait chauffer au bain-marie , Se j'y 
ai abattu vingt-fept grains de laine d'apprêt 
E &cO. J'ai pouffe le feu pour faire bouillir 
l'eau pendant trois heures. Ce petit bain 
étant réduit à-peu-près au volume de la 
laine , elle y avoit acquis un violet -bleu 
fuperbe qui réfiftoit bien au vinaigre. Déjà 
je méditois de chercher pour l'année pro- 



C 141 

chaîne , au muco-réfîneux de la peau de 
ce fruit , un djfïolvant moins cher que 
l'eau-de-vie > lorfque l'action du feutrage 
m'a démontré que cette belle couleur dif- 
paroiffbit au favon , &C qu'il n'en reftoit 
qu'un vilain gris-fale. Je crois néanmoins 
m'être découragé trop tôt , & qu'il peut 
exifter un menftrue qui donneroit à cette 
difïolution plus d'aptitude à réfifter à l'effet 
des alkalis. 

Dans l'efpoir d'obtenir de ce fruit deffe- 
ché quelque effet analogue au moins à ce- 
lui des baies féches de bourdaine , je l'ai 
paffé au foleil & au four jufqu'à ce qu'il 
y devint fonnant &c de garde. En cet état , 
j'en ai pris quatre gros que j'ai d'abord fait 
revenir dans quatre verres d'eau tiède qui, 
pouffée enfuite au bouillon , m'a donné un 
bain gris-de-lin un peu ardoifé dans lequel 
les laines de quelque apprêt que ce fût n'ont 
acquis aucune couleur déterminée. 

Centaurée, petite , ( Gcntiana Centau- 
rium. ) Une poignée de fes plantes fleuries, 
cuite dans une demi-pinte d'eau , forme un 



14^ C 

bain jaune-citron dans lequel les laines ne 
prennent rien fans bouillir , mais en deux 
à trois heures d'ébullition la laine E ac- 
quiert un jaune-rougeâtre, &c LFunè cou- 
leur de chair portant au jaune. 

Centaurée scabieuse , ou Jacée. 
( Centaurea fcabiofa. ) D'une poignée de fes 
feuilles & tiges fleuries féchées à l'ombre > 
cuites dans trois-quarts de pinte d'eau pen- 
dant une heure & demie , eft réfulté un 
bain trouble qui en demi-heure , fans bouil- 
lir , a communiqué à un gros de laine L F 
un beau jaune peu brillant , mais folide. 
Le bouillon le change en un olive-clair 
également affûté au favon 6c au vinaigre. 

Cerfeuil mufqué , ( Scandix odorata. ) 
Ses feuilles & tiges vertes , cuites dans une 
demi-pinte d'eau pendant une heure , m'ont 
donné un bain jaune-pâle dans lequel la 
laine IFa pris un joli citron-foufre bien 
tranfparent. Le favon du feutrage l'embel- 
lit , mais il fléchit un peu au vinaigre. Une 
féconde mife de laine , du même apprêt , 
dans le déchet > y acquiert encore une 



C 143 

nuance de merd'oie-claire de bon ufage. 

Comme cette plante vivace fe multiplie 
fi aifément par éclats de Tes racines , &: par 
fes femences , qu'il feroit facile d'en for- 
mer des prés qu'on pourroit faucher trois 
fois par an , j'en ai coupé entre fleur &t grai- 
ne que j'ai fait fécher. Ainfi employée, fes 
produits font à très-peu-près les mêmes : le 
citron eft feulement un peu plus verdoyant 
£t moins diaphane. 

Cerfeuil ordinaire , ( Scandix Cerefo- 
lium. ) Les mêmes parties de cette plante 
annuelle 6c potagère , traitées de même , 
n'ont donné aucune couleur qui méritât 
d'être confervée. 

Cerises mures. Leur agréable couleur 
m'invita à faire cuire dans cinq verres d'eau 
trois onces de ces fruits avec leurs novaux: 
mais un gros de laine d'apprêt E > abattu 
dans ce riche bain , n'y a contracté qu'une 
nuance ventre-de- biche > tirant au Nankin , 
folide. 

Cerises de Zara. Même curiofité à 
l'égard de cette variété dont le fuc plus 



144 C 

pourpré a communiqué plus d'intenfité au 
bain ; mais les laines LF & E n'en font 
pas forties colorées plus richement. 

Chardon à Bonnetier , ( Dipfacus Fui- 
lonum. ) Ses racines donnent un bain ar- 
doifé y vifqueux , difpofé à franchir les 
bords du vafe en bouillant. La laine LF 
n'y acquiert qu'une grifaillc trifte. 

Chardon-Roland , ( Eryngium Cam- 
pejire. ) Ses feuilles vertes & tiges en bou- 
tons exhalent en cuifant une odeur réfî- 
neufe & balfamique. La laine LF acquiert 
dans ce bain une couleur de vigogne-claire 
affez bonne. 

Charme commun ,"( Carpinus Betulus. ) 
Tout le monde connoît ce grand arbre de 
nos forêts , ainfi je n'ai rien à obferver fur 
les moyens de le multiplier. Trois à quatre 
onces de fon écorce verte , hachées & cuites 
pendant une heure & demie dans une pinte 
d'eau , m'ont procuré un bain olive-foncé 
qui promettoit beaucoup. Mais un gros de 
laine d'apprêt LF n'y a pris, en trois heures 
de bouillon, qu'une couleur d'olive fale, mais 

fon 



C 145 

fon bois écorcé de frais lui a communiqué, 
en quatre heures de réduction , une nuance 
de canelle-claire portant un peu au coton 
de Siam. 

Charme à fleurs de Virginie , ( Carpi- 
nus Virginïana Florefcens. ) Cette efpece , 
encore rare en Normandie , s'y trouvera 
multipliée un jour par les femences que les 
Amateurs font venir chaque année de di- 
vers cantons de l'Amérique feptentrionale, 
j'ofe efpérer même que l'expérience fui- 
vante y contribuera. 

M. Rondeaux me donna au mois de 
Juillet une foible poignée de brindilles en 
feuilles de cet arbre , &c je ne pus en faire 
ufage que onze jours après. Comme elles 
étoient déjà fort deflechées , je broyai le 
tout enfemble , pefant alors douze gros , 
& le fis cuire dans une demi-pinte d'eau. 
Il en réfulta un bain mordoré très-mucila- 
gineux , fans être fucré. Cinquante-quatre 
grains de laine LF y acquirent, en trois 
heures de bouillon, un beau mordoré très- 
folide. 

K 



X46 G 

Champignon hideux , {Boletus Vif- 
cidus. ) J'en ai écrafé un dans le mortier , 
& je lai fait cuire pendant deux heures 
dans trois-quarts de pinte d'eau. Le bain 
étoit très-gluant. Un gros de laine LF y 
a pris en deux heures un olive-jaunâtre , 
brillant & très-folide ; mais il a été nécef- 
faire de la laver à plufîeurs eaux chaudes 
pour la débarrafler du gluten ou vifeofité 
de ce bain. 

Champignon êcarlate , ( Agaricus 
Mufcarîus. ) J'ai pris uniquement fa peau > 
ou épiderme , & j'en ai obtenu un joli bain 
couleur de cerife ; mais les laines des di- 
vers apprêts n'y ont acquis rien de plus 
qu'un faux jaune couleur de paille. 

Châtaignier , ( Fagus Cafianea. ) Trois 
onces de fon écorce fraîche , hachée 6c 
cuites dans trois-quarts de pinte d'eau pen- 
dant deux heures , ont communiqué à 
un gros de laine LF \ en trois heures de 
bouillon , un aflez beau mufe- foncé Se 
folide. 

Chelidoine, grande , ( Chdidonium 



C 147 

majus. ) Aucun fujet ne promet un plus 
beau jaune que la racine de cette plante. 
Elle produit même un bain plus coloré 
que celui de la gaude. Mais à mefure 
que la laine s'y échauffe , elle ne conferve 
que le jaune fale 6c terne des racines de 
ronces. 

Chêne , petit, ( Tcucrium Chamcedrîs. ) 
Une poignée de (es tiges fleuries . hachée 
&c cuite dans une pinte d'eau pendant 
une heure & demie , a fourni un bain 
olive-foncé dans lequel la laine L F prend, 
entre chaud & bouillon , un jaune-mat , 
que la longue ébullitxon rend olivâtre ôc 
folide. 

Chêne , ( Quercus Robur. ) L'écorce du 
jeune bois coupé depuis fîx fe ^ aines donne 
à la laine L F un tané feuille-morte aflèz 
beau. Le bois & écorce des jeunes bran- 
ches donne , entre chaud & bouillon , une 
couleur ventre-de-biche , ôc en bouillant 
deux heures , un cane-clair. Tous ces tcns 
folides font bons pour piéter les couleurs 
carmélites. Il ne faut plus que les repalu r 

K z 



14S c 

dans un bain d'un peu de garance > de 
peuplier & de baies féches de bourdaine, 
Chêne à feuilles de faule, ( Quercus 
Virginiana falicis longiorc folio. ) Ses brin- 
dilles en feuilles , au mois de Septembre , 
m'ont produit un bain opaque très-mucila- 
gineux. La laine d'apprêt LF y a pris un 
noifette-jaunâtre-terne , mais folide. La laine 
du même apprêt a un peu mieux réuffi dans 
le déchet ; mais en tout > c'eft un colorant 
auffi médiocre , qu'il eft encore rare en 
Normandie. 

Chanvre , ( Cannabis Sari va. ) J'ai fait 
cuire trois onces de ces plantes hachées , 
pendant une heure & demie , dans une 
pinte d'eau. Jamais la gaude 3 ni autre in- 
grédient , ne m'a fourni un bain jaune auffi 
riche. Cependant les laines de tous apprêts 
à moi connus y ont à peine déblanchi. Il 
faut chercher un mordant particulier pro- 
pre à fixer cette fécule. 

Chèvrefeuille des Alpes, (Lonice- 
ra Alpigena. ) Trois onces de fes farments 
on jeunes branches hachées y cuites pen- 



C 149 

dant une heure dans une demi-pinte d'eau , 
forment un bain olivâtre. Un gros de laine 
LF y a pris , en demi-heure de bouillon y 
un jaune-abricot que Pébullition continuée 
n'a point terni. Une féconde mife dans le 
déchet a pris encore une jolie dégradation 
de la même couleur. 

Chèvrefeuille bleu , ( Lonicera Cce- 
rulca. ) Ses mêmes parties ne communi- 
quent à la laine qu'une équivoque nuance 
de vigogne-dorée. 

Chevrefeuile de nos haies , {Loni- 
cera Peryclimenum.) Ses farments en feuil- 
les , employés le 2 1 Avril , n'ont donné 
qu'au long bouillon à la laine ZFune teinte 
de vigogne-douce. 

Chicorée fauvage, (Chicorïum Intybus. ) 
Toute la plante fleurie donne un bain olive 
qui promet beaucoup , mais ne communi- 
que , même au long bouillon , qu'une fade 
couleur d'omelette mal cuite. 

Condrille 5 ( Chondrilla Juncca. ) Ses 
tiges en fleurs m'ont donné un bain jaune 
comme celui de la fumiterre , mais la laine 



ifo C 

L F n'y a pris qu'au long bouillon une teinte 
olivâtre , foible & fale. 

Citronier, ( Citrus Médical Deux on- 
ces de fes jeunes branches ôc feuilles ha- 
chées , cuites pendant Une heure dans une 
demi-pinte d'eau , procurent urt bain très- 
jaune &c d'une excellente odeur. Un gros 
de laine L F y acquiert au premier bouillon 
un jaune-verdâtre fort agréable , qui ternit 
par Pébullicion continuée. 

Ciguë , petite des fables , {ALthufa Cy~ 
ftapium. ) Ses feuilles & tiges fleuries , ha- 
chées & cuites pendant une heure dans 
trois-quarts de pinte d'eau , fournirent un 
bain jaune-clair, lequel ^ au premier bouil- 
lon , communique à la laine L F un citron- 
terne , & au l° n g 5 un citron-verdâtre > 
folide , mais peu brillant. . 

Clémathïîe des haies , ouHef.be aux 
Gueux , ( Clematis Kitalba. ) Ses farments, 
hachés & cuits pendant deux heures , don- 
nent un jaune à-peu-près comme celui des 
iratines de la bourdaine. 

Colchique des près i ( Colckicutn Au* 



C 151 

tumnale. ) Ses fleurs > couleur de rofe ou 
gris-de-lin , au poids de deux onces , tri- 
turées & cuites pendant une heure dans 
une demi-pinte d'eau , m'ont produit un 
bain très-peu coloré. Un gros de laine LF 
y a pris , en trois-quarts-d'heure , un citron- 
clair , puis au long bouillon , un bel olive- 
jaunâtre , brillant & folide. 

CÔNES DU PIN RÉSINEUX , ( Pl/lUS Ma- 

ritima. ) Lorfque la maturité les fait ouvrir, 
ils laiiïent échapper leurs pignons. C'eft en 
cet état que j'ai pris deux onces du cône 
vide , hachées fous le moulin à couteaux , 
& les ai fait cuire pendant deux heures 
dans trois-quarts de pinte d'eau. Il en eft 
réfulté un bain maron-rougeatre fort riche; 
mais un gros de laine d'apprêt LF \ n'y a 
contracté , même en trois heures de bouil- 
lon , qu'une couleur de coton de Siam # 
noifette-tendre , qui réiifte à toute épreuve- 
Consoude, grande , ( Sympkytum Offi- 
cinale. ) Trois onces de fes feuilles &c tiges 
fleuries i cuites dans trois-quarts de pinte 
d'eau, procurent un bain brun très-viC 

K 4 



152. C 

?eux. Un gros de laine LF, en deux 
heures de bouillon , y acquiert un beau 
niufc très-folide , &c qui n'augmente point 
d'intenfité à la troifieme heure d'ébulli- 
tion. 

Conise ^ ( Cony^a Squarrofa. ) Ses feuilles 
&; tiges fleuries , cuites pendant une heure 
& demie , communiquent en demi-heure 
un joli citron qui ne réfîfte point au vinai- 
gre. Le bouillon ,- continué long-tems , le 
change en un jaune -olivâtre , ventre- de- 
crapaud ^ bien allure. 

Coquelicot 5 ( Paparer Rkoeas. ) Ses 
fleurs ! éclatantes , qui font l'ornement de 
nos campagnes & le défefpoir des Artifices 
qui prétendent en imiter la teinte > ne don- 
nent , même au long bouillon y & fur laine 
de quelque apprêt qu'elle foit imprégnée 5 
qu'une couleur de noifette que le vinaigre 
détruit. Cela m'a fait d'autant plus de peine 
que , par fon énorme fécondité , cette plante 
étant le fléau des terres enfemencées en 
grains > j'efpérois qu'en lui procurant une 
valeur vénale , nos Cultivateurs feraient 



C 153 

excités à l'en extirper ayant la maturité de 
fes femences. 

Coquelourde 3 {Anémone Pulfatilla. ) 
Une poignée de plantes entières &: fleu- 
ries , cuite pendant une heure èc demie 
dans trois quarts de pinte d'eau , procure 
un bain olivâtre dans lequel la laine LF 
acquiert en deux heures une couleur de 
viçogne-claire afTez folide. 

Cornouiller mâle , ( Cornus Mas. "e 
grand arbriiïeau ou cet arbre de moyenne 
grandeur eft fort commun dans les haies 6c 
les taillis de fonds marneux. La vive cou- 
leur rouge de Técorce de fes racines excita 
ma première attention. J'en pris deux on- 
ces que je hachai & fis cuire pendant une 
heure èc demie dans une demi-pinte d'eau. 
Le bain , très-rofé , tranfmit à un gros de 
laine LF une belle couleur de noifette- 
rofée fort folide , & parut ne fe point falir. 
Cependant une féconde mife y prit une 
nuance moins agréable 6c plus fauve. 

L'efpoir d'en obtenir un rouge , ou rofe 
franc , pouvoit feul compenfer la main- 



154 C 

d'œuvre & la deftru£Uon qui réfultoient dé 
lemploi de ces racines : ainfï je ne m'atta- 
chai plus qu'aux parties extérieures Se re- 
naifTantes. 

Trois onces d'écorce fraîche d'une bran- 
che de dix-huit années de crue , hachées , 
cuites pendant deux heures dans une pinte 
d'eau y me donnèrent un bain de couleur 
de caffé. Un gros de laine d'apprêt LFy 
fut à peine abattu , qu'il y contracta un 
jaune-doré fort riche Se folide. Une fé- 
conde Se troifieme mife y acquirent à très- 
peu-près les mêmes tons. Le bouillon feul 
ternit ces jaunes , ainfi que prefque tous 
ceux que nos végétaux nous procurent. J'ai 
depuis employé les brindilles d'une ou de , 
deux années , qui m'ont produit la même 
nuance. 

Le bois écorcé > haché Se cuit pendant 
deux heures , donne fur la laine LF \ au 
long bouillon , une jolie couleur de noi- 
fette- claire. 

La laine teinte en jaune-doré dans ces 
bains d'écorce ou de brindilles de Cornouil- 



C 155 

1er mâle , peut être réabattue dans d'autres 
pour prendre des couleurs canelle & com- 
pofées. Mais la Nature nous prodigue le 
jaune dans tant de végétaux ou inutiles 
d'ailleurs , ou plus communs , qu'il vaut 
mieux réferver le Cornouiller pour les ufa- 
ges que les autres Arts favent en tirer. 

Cornouiller sanguin,; Cornus Jan^ 
guinea. ) Ses baies mûres m'ont donné un 
bain violacé dans lequel la laine LF n'a 
contracté qu'une nuance de merd'oie, terne 
&; peu folide. Son écorce rouge n'a rien 
produit d'analogue aux apparences , mais 
feulement au long bouillon y un olive- 
terne. 

Les brindilles du fanguin de la nouvelle 
Hollande donnent un bain aurore-mordoré 
fort riche. Mais la laine n'y prend d'abord 
qu'un citron-blafard , que le long bouillon 
vire en une forte de mufc. 

Les jeunes branches du fanguin de Vir- 
ginie y à fruit blanc , ( Cornus alba ) don- 
nent un bain jaune-olivâtre dans lequel la 
laine LF prend au premier feu un citron- 



15* G 

terne , & au long bouillon , un mufc-doré , 
clair & folide. 

Coronille Glauque , ( Coronilla G/au- 
ca. ) Deux onces des tiges Se feuilles de 
cette jolie plante 5 hachées & cuites pen- 
dant une heure dans une demi-pinte d'eau, 
exhalent d'abord l'odeur propre de \%Rue y 
puis ainfi qu'elle , très-violemment l'odeur 
de la tubéreufe. Un gros de laine L F n'y 
a pris qu'au premier bouillon une nuance 
de citron , que l'ébullition continuée amené 
au ton de vigogne très-belle , &c qui après 
lavage & fec , conferve encore un doux 
parfum de tubéreufe. Je regrette de n'a- 
voir pas efTayé cette plante en macération 
& fermentation , comme l'anil ou indigo. 

Coudrier , ( Corylus Avellana. ) Tout le 
monde connoît cet arbrilïeau très-commun 
& facile à multiplier dans les terreins les 
plus ingrats par fes fruits , marcottes y dra- 
geons & jeunes plants que les oifeaux fe- 
ment dans nos taillis. 

Trois onces de fon écorce , ou de fes 
brindilles fraîches , hachées &; cuites pen- 



C i 57 

dant deux heures dans une pinte d'eau , 
procurent un bain dans la colature duquel 
un gros de laine ZFa pris en quatre heures 
de bouillon une aflez bonne nuance d'olive- 
jaunâtre , bon pied pour les couleurs rem- 
brunies. 

Couronne Impériale , {Fritillaria Im- 
périales. ) Une poignée de fes feuilles & 
tiges défleuries , hachée et cuite dans une 
pinte d'eau , m'a fourni un bain qui , tiède , 
confervoit encore beaucoup de verdeur &: 
l'odeur forte de l'herbe de Sainte-Barbe. 
Mais il a tout perdu au bouillon , qui l'a 
viré en demi-teinte de citron. La laine LF 
n'y a pris qu'un jaune-omelette-terne. Il en 
rcfulte autant de plufieurs autres liliacées , 
dont j'ai fait effai , qui n'ont pas mérité 
que leurs produits fulTent infcrits en ce 
Recueil. 

Crois ette de Portugal , ( Cruclata 

Lujitanica , latifolïa y Glabra , Flore albo. ) 

Dès l'année 1765 , j'avois découvert dans 

es racines de cette plante les propriétés 

tinctoriales de celles de la garance. J'en fis 



158 c 

l'expérience fur le fil de coton devant MM. 
les Commiifaires de l'Académie , 6c mon 
Mémoire fur la culture de cette plante , 
fut imprimé dans le fécond Volume de 
ceux de la Société Royale d'Agriculture 
de Rouen. Ce bon ingrédient ne s'eft pas 
démenti dans mon travail fur les laines , & 
jufques dans le rouge exalté y ou imitation 
à'écarlate y fes produits ont , à poids égal , 
fuppléé , ceux de la plus belle garance. 

Cupules des glands du chêne , broyées 
ôc cuites au poids de deux onces dans une 
demi-pinte d'eau ; elles ont communiqué à 
un gros de laine d'apprêt L-Fune très-jolie 
nuance de gris - roux , efpece de couleur 
rompue finguliere, excellente pour les om- 
bres des chairs dans les tapifferies , d'autant 
qu'elle eft fort folide. 

Curcuma,ou Tekra Mérita. Je n'ai 
travaillé fur ce colorant étranger , 6c de 
faux teint?, que dans l'efpoir de le fixer. 
J'en ai fait cuire un gros dans une demi- 
pinte d'eau pendant une heure , & j'y ai 
abattu un gros de laine d'apprêt E à 7^ de 



C i 59 

métal , très-bon pour afïurer Je Campêche 
& Je Fernambouc. Après J'y avoir travail- 
lée entre chaud & bouillon pendant deux 
heures , la laine en effc fortie teinte d'un 
beau jaune-franc 5 qui réfifte au vinaigre 
pendant dix minutes , mais que le favon 
du feutrage a dégradé. La plupart des jau- 
nes que nos végétaux m'ont procurés , l'em- 
porte fur celui-ci en folidité , comme en 
économie. 

Cyprès commun , {Cupreffus fempervi- 
rens. ) Trois onces de fes brindilles hachées, 
cuites pendant une heure & demie dans 
trois-quarts de pinte d'eau , m'ont donné 
un bain jaune-brun dans la colature duquel 
un gros de laine LF a pris, au premier 
bouillon , une couleur de citron folide > 
mais terne. La longue ébuîlition procure 
un mufc-clair. 

Cyprifr , ( Cuprejjus , Foliis Acacia dt* 
ciduis. ) Entre beaucoup d'autres arbres 
rares dont M. le Marquis de Limézy a 
bien voulu confacrer des branches à mes 
opérations > je lui dois particulièrement 



i<o C 

l'occafion d'interroger celui - ci , dont il 
poiTéde l'individu le plus fore que je con- 
noiffe en Normandie^ Deux onces de ks 
brindilles en feuilles , hachées & cuites 
pendant une heure dans une demi -pinte 
d'eau , m'ont procuré un bain jaune-pâle 
d'une très-fuave odeur. Un gros de laine L F 
y a contracté , en trois heures de bouillon , 
un ton canelle-doré", très-riche & folide. 
C'eft grand dommage que cet excellent in- 
grédient colorant foit encore fi rare. Ses 
femences , tirées de Virginie , lèvent très- 
bien , mais peu de jeunes plants échappent 
au premier hiver. 

Cytise à poils , ( CytifuÊ hyrfutus. ) Ses 
brindilles en feuilles , hachées &c cuites pen- 
dant une heure , donnent un bain jaune- 
fale qui , au long bouillon , communique 
à la laine L F une affez bonne nuance oli- 
vâtre folide. 

Cytise à feuilles arrondies , ( Cytifus y 
Trifolium des Jardiniers. ) Deux onces de 
fes jeunes branches en feuilles , cuites dans 
une demi-pinte d'eau , procurent un bain 

dans 



D 1Ç1 

dans la colature duquel un gros de laine L F 
prend > au premier bouillon , un jaune-ra- 
venelle vif & intenfe. Cette laine enlevée , 
une féconde mife prend encore dans le 
déchet , en deux heures de bouillon , u:.e 
bonne bruniture de jaune. 

Tous les cytifes font faciles à multiplier 
par leurs femences , & s'accommodent des 
plus mauvais terreins. 



J 'IERVILE de Canada , ( DUrvllla Aca- 
dienfis. ) Ce joli arbrifTeau , qui ne redoute 
point nos hivers, trace beaucoup en terre, 
& peut être multiplié par femences , mar- 
cottes Se drageons. Deux onces de fes brin- 
dilles en feuilles, cuites pendant une heure 
& demie dans demi-pinte d'eau , m'ont 
donné un bain jaune-olive dans lequel un 
gros de laine LF z pris , en trois heure ô£ 
demie de bouillon y un bon ton de mule* 
doré. 

L 



lÉi D 

Dompte-Venin > {Afckpias Kincetoxi- 
cum. ) Cette plante croît fpontanément au 
bord des rivières , & dans les friches & tail- 
lis. Deux onces 6c demie de fes tiges Se 
feuilles fraîches , cuites dans une demi- 
pinte d'eau , m'ont procuré un bain jaune- 
franc. La laine d'apprêt L F y au poids d'un 
gros , y a pris en demi-heure , entre chaud 
& bouillon , une jolie couleur de citron 
tendre & brillante qui réfifte bien au favon, 
mais fléchit au vinaigre. Les mêmes effets 
réfultent de la plante féchée à l'ombre &c 
confervée au grenier. 

Douce-amere 5 ( Solarium dulcamara. ) 
Ses farments hachés &c cuits m'ont fourni 
un bain olivâtre afïez intenfe , mais fans 
action fur la laine LF, jufqu'à ce qu'à l'aide 
d'un peu de vitriol de fer ^ il l'imprègne 
d'une nuance d'olive-grifaille. 



1*3 



JlLbénier des Alpes ^{Cytifus Laburnum.) 
L'obier ou le jeune bois eft d'une belle 
couleur jaune-claire , & fent beaucoup 
l'odeur du concombre crud. Trois onces 
de ce bois haché, cuites pendant une heure 
& demie dans trois-quarts de pinte d'eau , 
ont fourni un bain qui , après avoir beau- 
coup écume, n'a femblé acquérir aucune 
couleur. Cependant un gros de laine d'ap- 
prêt LFy a contracté , en deux heures de 
bouillon , une nuance mignone de ventre- 
de-biche bien folide. Cet arbre fe multi- 
plie aifément en toutes fortes de terreins, 
comme tous les autres cytifes. 

Parties égales des bois âiébénier & de 
ptœlea cuites enfemble , communiquent à 
la laine une nuance noifette-tendre , quoi- 
que la décoction du bois de ptœlea feul , 
ne lui donne aucune couleur. 

Eglantier , ( Rofa Canina. ) Trois onces 

L % 



1^4 E 

des racines ou du gros bois de cet arbrif- 
feau , hachées 8c cuites pendant deux heu- 
res dans une pinte d'eau , procurent un 
bain jaune-doré très-riche. Un gros de laine 
LF n'y contracte néanmoins qu'une cou- 
leur rompue de jaune-fauve. La décoction 
de fes beaux fruits rouges ne m'a procuré 
aucun avantage. Leur bain gris ôc vifqueux 
falit la laine fans la teindre. 

Emerus , faux Séné, ( CorotiillcL Eme- 
rus. ) Ses jeunes branches cuites communi- 
quent d'abord à la laine un petit jaune- 
citron peu brillant qui , au long bouillon , 
dégénère en ombre olivâtre de jaune. 

Epine-vinette , ( Berberis. ) Racines > 
écorce, jeunes branches y &c jufqu aux feuil- 
les 3 tout annonce dans ce fujet la propriété 
de teindre en jaune pur ôc brillant. En effet 
fa décoction communique cette couleur 
aux laines ôc au drap blanc > même fans 
apprêt , qu'on y fubmerge à froid > &c elle 
réfifte au vinaigre ; mais le favon la fait 
difparoître , &: par quelque apprêt ou ma- 
nipulation que j'aie mis en ufage y il ne 



E 1^5 

m'a point été poffible de la rendre fixe aux 
alkalis. Au refte , nous avons tant de jaunes 
brillans fit folides , qu'il eft facile de s'en 
confoler. 

Épine-noire, ou Prunellier ,( Pru- 
nus Sylvcjlris. ) Qui ne connoît pas cet ar- 
brifTeau pour lequel il n eft point de ter- 
rein ingrat ? La riche couleur canelle de 
fes racines les rendit le premier fujet de 
mes Expériences. J'en hachai trois onces 
que je fis cuire pendant deux heures dans 
une pinte d'eau. Leur bain prit dès le pre- 
mier bouillon la couleur de la fleur de ca- 
pucine , & celle de la canelle 5 en conti- 
nuant de bouillir. Un gros de laine d'ap- 
prêt LF y acquit , en trois heures d'ébul- 
lition , une noifette-canelle-rofée , forte 
nuance de coton de Siam bien folide. Il 
fera bon d'y efTayer des laines des autres 
apprêts. 

Les prunelles ou fruits encore verts , 
employés le 15 Juillet , ne m'ont fourni 
qu'une médiocre nuance de jaune-mufc. 
Les mêmes fruits mûrs, le 23 Septem- 

L 3 



\66 E 

bre , m'ont donné une déco&ion fuperbe ; 
mais , même au long bouillon , la laine LF 
n'y a rien acquis. Un peu de difïblution 
d'étain vira ce bain en pourpre fans avan- 
tage pour la laine réabattue. Mais un loquet 
de celle d'apprêt AT, y prit , en deux heures 
de bouillon y une bonne couleur puce. Ce 
fujet mérite d'être interrogé de nouveau* 

Epinars , ( Spiîiacia Oleracea. ) Une 
poignée des feuilles hachées , cuite dans 
une pinte d'eau , m'a procuré un bain dans 
lequel un gros de laine XFa pris une nuance 
de citron-verdâtre fort agréable ô£ folide. 

Erable , ( Acer Campeflre. ) Trois onces 
dé fon gros bois frais, hachées &; cuites 
pendant deux heures dans une pinte d'eaUj 
m'ont fourni un bain dans lequel un gros 
de laine LF, en trois heures de bouillon , 
à contracté une bonne couleur de nojfette, 
coton de Siam , qui tient bien. 

Le même poids de fon écorce , traitée 
de même , a communiqué à un gros de 
laine LF un rouge-brun très-analogue à 
celui de la garance commune. Le feutrage 



E \6j 

l'a rendu maron-rofé , qui fe dore un peu 
dans le vinaigre. 

Un demi-gros de laine d'apprêt AT y 
abattu dans le même bain , y a pris un rouge 
plus jaune &c canellé. 

Estragon , ( Artemifia Dracunculus. ) 
Trois onces de fes tiges ligneufes , cuites 
dans une demi-pinte d'eau , m'ont donné 
un bain jaune-terne &i fauve , dans lequel 
la laine LF a contracté d'abord un jaune- 
terne , puis au long bouillon , une efpece 
de merd'oie-jaunâtre. 

Eupatoire d'Avicenne , ( Eupatorium 
Cannabinum. ) Toute la plante fleurie donne, 
même fans chauffer , un bain très-fauve , 
que le bouillon renforce. La laine LF y 
prend d'abord une nuance de coton de 
Siam , qui fc mordoré à la longue cuite, 
c'eft-à-dire , en cuifant long-tems ; & la laine 
d'apprêt E, "un jaune qui devient enfin mufe- 
doré. 

Euphorbe , Tithymale des marais , ou 
grande Ézule , ( Euphorbîa Palujiris. ) Trois 
onces de la plante entière 5 cuites dans trois- 

L 4 



tsn £ 

quarts de pinte d'eau avec un gros de vitriol 
de Chypre pendant une heure & demie , 
ont communiqué à un gros de laine LF + 
en une heure de teinture fans bouillir, une 
agréable nuance de jaune- verdâtre. Elle eft 
folide au favon du feutrage y mais le glacé- 
verdâtre fléchit un peu au vinaigre. 

Autant des tiges fleuries du moyen tithy- 
maie ( Euphbrbia Cyparijfias ) , cuites fans 
vitriol de Chypre , communique à la laine 
h F, au premier bouillon , la même nuance 
que la longue ébullition vire en merd'oie 
folide. 

Tous les autres tîthymales donnent des 
produits à-peu-près analogues. 

!!__ ■ - ■ - ■ -~- *- -~-~ — ^ ■ .— 

F 

JL enouil, ( Ànethum Fœntculum. ) On fait 
combien cette plante vivace-eft facile à 
multiplier , même dans les fables arides 5 
par fes graines & par éclats de fes fouches. 
Trois onces de fes tiges fleuries ^ hachées 
& cuites pendant une heure > ont comma- 



F 169 

nique à un gros de laine IrF^ en un quart- 
d'heure de bouillon , un beau jaune-citron, 
folide au favon & non au vinaigre. L'ébul- 
lition continuée encore pendant trois heu- 
res , le vire en bruniture , ou ombre de 
jaune , qui réfifte aux acides. Le bain , de- 
puis Ton milieu jufqu'à fa fin, exhale une 
agréable odeur de compote brûlée ou de 
caramel. 

Fernambouc (bois de), ou Bois de 
Brésil. C'eft encore à M. Giroz , & à fis 
Elèves , que la Teinture eut la première 
obligation d'obtenir folides quelques-unes 
des nuances extraites de ce riche colorant. 
Comme j'ignore le mordant de M. Giroz, 
j'ai combattu la fugacité du Fernambouc 
par des moyens différens fans doute, puif- 
que les couleurs folides qui en ont réfulté 
ne font pas les mêmes. On verra par le dé- 
tail ci-après combien l'écorce de bouleau 
joue encore un rôle important dans mes 
opérations. 

Dans une pinte d'eau , j'ai fait cuire un 
gros de bois de Fernambouc £c un demi- 



ijo F 

gros d'orceille des Canaries. La cuite pref- 
que finie , j'ai refroidi le bain pour y pro- 
jeter un demi-gros de belle garance , puis 
j'ai ramené &c entretenu le tout pendant 
demi-heure entre chaud & bouillon. Dans 
ce bain foutiré j j'ai abattu un gros de laine 
d'apprêt L F qui , en une heure de bouil- 
lon , y a contra&é un maron-violant-pour- 
pre très-beau , folide au vinaigre , mais un 
peu bringé. 

Dans la même quantité d'eau , j'ai fait 
cuire trente-fix grains de bois de Fernam- 
bouc réduit en poudre impalpable. Le bain 
coulé , j'y ai abattu un gros de laine d'ap- 
prêt E &c O , qui y a acquis un pour- 
pre férieux 3 mais très -uni èc folide au 



vinaigre. 



Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai fait 
cuire feulement vingt grains du même bois 
en poudre , &c dans la colature du bain 
j'ai abattu deux loquets, pefant chacun un 
demi-gros , de laine d'apprêt E &c O , l'un 
lavé de fon apprêt , & l'autre non lavé. 
Travaillés tous les deux a petit bouillon 



F 171 

pendant une heure , ils y ont acquis une 
belle couleur de giroflée rouge qui a réfifté 
à cinq minutes d'immerfion dans le vinai- 
gre. La laine lavée de fon apprêt m'a paru 
moins brillante. Une féconde mife d'un 
demi-gros de la même laine non lavée , 
abattue dans le déchet , y a pris encore 
une jolie nuance de giroflée moins intenfe, 
mais également folide. 

Mais la dépenfe de cet apprêt E &: O 
l'excluant des opérations en grand , j'ai fait 
cuire dans trois-quarts de pinte d'eau , pen- 
dant une demi-heure , une once d'écorce 
féche de bouleau réduite en poudre grof- 
flere. Ce bain calmé entre chaud & bouil- 
lon , j'y ai projette dix -huit grains de 
poudre impalpable de Fernambouc , & 
fait bouillir le tout encore pendant trois- 
quarts -d'heure. Le bain fou tiré , j'y ai 
abattu un gros de laine & d'efpagnolette 
d'apprêt E , qui 5 travaillés pendant une 
heure & demie à petit bouillon, y ont ac- 
quis une nuance incarnate , aimable 5 rofée 
& aflez intenfe. Elle tranche la corde de 



iji F 

lefpagnolette , s'embellit par Pimmerfîon 
de douze minutes dans le vinaigre , & ré- 
fifte fur la laine au favon du feutrage. On 
m'a nommé cette belle Se folide couleur 
écarlatc de Ktnifc , & fon principal avan- 
tage eft de pouvoir être teinte en laine 
comme en pièces. 

En doublant feulement la dofe du Fer- 
nambouc , j'ai obtenu cette belle couleur 
afTez intenfe fur le même apprêt pour mé- 
riter le nom du pajje-velours ou amaranthe^ 
également folide. 

Dans trois-quarts de pinte d'eau , j'ai 
fait cuire dix-huit grains de bois de Fer- 
nambouc fans écorce de bouleau. Le bain 
coulé , j'y ai abattu un gros de laine & 
lainage d'apprêt E ; mais au lieu du ton 
écarlate de Venife , je n'ai obtenu qu'une 
couleur pourprée moins folide au vinaigre* 
L'écorce aflure donc 8c avivé à-la-fois ces 
couleurs. 

En fubftituant les brindilles vertes de 
bouleau à fon écorce féche , trente -fix 
grains de Fernambouc ne m'ont procuré , 



F 173 

fur un gros de la même laine , qu'une cou- 
leur de grenade auflî aflurée , mais moins 
riche que l'écarlate de Venife. 

Il eft bon de répéter ici ce que j'ai an- 
noncé à l'article bois de Campeche, que 
de toutes les (blutions E , celle qui opère la 
fixation la plus unie de la fécule colorante 
du Fernambouc , fur la laine en flocons, 
eft la fuivante. 

Dans un gros d'acide marin , un gros 
d'acide nitreux & dix-huit grains d'eau y 
faites diiïbudre, à l'aide du tems &: de la 
chaleur 5 dix-huit grains d'étain fin , puis 
ufez-en à l'ordinaire dans vos apprêts. 

Dans trois -quarts de pinte d'eau , j'ai 
fait cuire pendant une heure &: demie 
une once d'écorce de bouleau & trente-fix 
grains de Fernambouc. Un gros de laine 
& lainage d'apprêt {ii^^ AME à { 
cî-deiïus défigné , a contracté dans la cola- 
ture de ce bain une fuperbe couleur de 
giroflée rouge très-folide. La laine en flo- 
cons n/ a nullement bringé, ce qui mérite 
la préférence à cette folution 3 quoique fon 



i 7 4 T 

action moins vive exige un féjour un peu 

plus long dans le bain colorant. 

Répétons encore que pour le Fernam- 
bouc , comme pour le Campêche , la meil- 
leure proportion eft de quatre fois le poids 
du fujet à teindre , en écorce féche de bou- 
leau groflierement pulvérifée. 

Le haut prix , & notamment la rareté 
actuelle du bois de Fernambouc , m'a fait 
délirer de lui trouver un fupplément dans 
le bois de, Sainte-Marthe , dont les pro- 
duits pourprés Se fugaces m'indiquoient la, 
grande analogie. Comme les opérations ont 
aufli beaucoup de rapport aux précédentes, 
je crois devoir les faire fuivre ici plutôt 
que d'en tranfporter l'article à la lettre M, 
Se donner à l'attention du Ledteur la peine 
de fe reporter en arrière. 

Dans trois-quarts de pinte d'eau , j'ai fait 
cuire trois gros d'écorce féche de bouleau 
pulvérifée , Se un gros de bois de Sainte- 
Marthe haché. Après une heure Se demie 
de bouillon > le bain coulé s'eit trouvé d'un 
afTez beau rouge , & j'y ai abattu . . , . 



F i 7 > 

Un demi-gros de laiae d'apprêt A 7*, qui 
n'y a pris qu'un rouge - violant , pâle & 
bringé , lequel n'a que très-peu réfifté aux 
épreuves du favon èc du vinaigre. 

Un demi-gros de laine L F. . . . un rouge 
fale & bringé , mais folide. 

Un demi-gros de laine \ATSI * \AME 
à j .... un rouge-violant & bringé , folide. 

Dans une pinte d'eau , j'ai fait cuire pen- 
dant une heure Ôt demie trois gros d'écorce 
féche de bouleau & trois gros de bois de 
Sainte-Marthe haché. Il en eft réfulté un 
bain femblable à celui du Fernambouc, dans 
lacolature duquel un gros de laine d'apprêt 
E , ci-deiïus défigné , a contracté en trois- 
quarts-d'heure , entre chaud & bouillon 3 
& deux minutes d'ébullition, un joli rouge- 
cramoifî-clair , très-uni , qui réiîfte au fivon 
du feutrage , & à cinq minutes d'immer- 
fion dans le vinaigre , mais y fléchit en dix 
minutes. 

Un gros de nouvelle laine du même 
apprêt , abattu dans le déchet > y travaillé 
entre chaud Se bouillon pendant une demi- 



i-6 F 

heure , y a pris un rofe-cramoifî qui ne 
le cède guère au premier , & même eft plus 
folide au vinaigre. 

Dans une pinte d'eau , j'ai fait cuire pen- 
dant une heure 6c demie trois gros d'écorce 
féche de bouleau , & deux gros de bois de 
Sainte-Marthe. Le bain coulé , j'y ai abattu 
un gros de laine d'apprêt E ci-defTus. Je 
l'y ai travaillé pendant une heure fans 
bouillon & une heure de bouillon , & l'y 
ailaifle féjourner pendant la nuit fans feu # 
Le lendemain je l'ai enlevée teinte en un 
beau rofé-cramoifi très -uni &c très- fo- 
lide. 

D'après beaucoup d'autres EfTais , que je 
ne citerai point , ces proportions m'ont 
paru les meilleures pour fuppléer au Fer- 
nambouc , mais feulement dans le cas où 
ce bois viendront à manquer , car la quan- 
tité néceffaire de bois de Sainte-Marthe 
ne laiflTe aucune économie à efpérer. Néan- 
moins cette Expérience m'a flatté , parce 
que jufqu'à préfent je crois qu'on n'avoit 
point obtenu du- bois de Sainte-Marthe 

des 



F ï 77 

des nuances rouges ni rofes > folides au 
favon & au vinaigre* 

Après le bois de Sainte-Marthe , on ad- 
met encore pour fupplément au Fernam- 
bouc , dans les Atteliers de Petit-teint , 
le bois de Bré^illct , le plus faux de tous 
les colorans. Le prix exceflîf des deux pre- 
miers m'a fait défirer de fixer celui-ci. 

Dans quarante pouces cubes , ou \ de 
pinte d'eau , j'ai fait cuire pendant une 
demi-heure trois gros d'écorce de bouleau. 
Alors j'y ai ajouté un gros de bois de bré- 
zillet en poudre grolîiere , &c je l'ai laifTé 
cuire au bouillon pendant une heure &C 
demie. Le bain au lieu d'être pourpre était 
d'un beau rouge-vif. Un peu refroidi , j'y 
ai fait fondre trente-fix grains d'alun qui 
lont troublé &c mordoré. Après l'avoir 
coulé y j'y ai plongé un gros de laine de l'ap- 
prêt ci-defïiis indiqué propre pour les bois. 
Travaillée entre chaud & bouillon pendant 
un quart-d'heure , elle y a pris bien égale- 
ment , mais en deux heures èc demie d'é- 
bullition y un beau rouge-rofant qui réllfte 

M 



*7 8 F 

pendant cinq minutes ou vinaigre, & que 

le favon chaud du feutrage a fort peu tour- 
né au cramoifî. 

J'ai répété cette opération en fupprimant 
les trois gros d'écorce de bouleau , & en 
n'ajoutant que les trente -fix grains d'alun 
après la cuite du brézillet. La laine du 
même apprêt , au poids d'un gros , y a con- 
tracté une couleur aufli folide , mais plus 
foncée & moins aimable. 

Dans l'efpoir d'affranchir ces nuances de 
la légère impreiïion qu'elles éprouvoient 
encore du paflage fucceflif des acides aux 
alkalis , j'ai varié les manipulations & teint 
en deux bains comme ci-après. 

J'ai fait cuire enfemble dans vingt-quatre 
pouces cubes d'eau un gros d'écorce de bou- 
leau & trente-fix grains de brézillet pen- 
dant une heure & demie. J'ai projette dans 
ce bain bouillant neuf grains de crème 
de tartre qui l'ont décompofé & viré en 
jaune. Après l'avoir coulé , j'y ai plongé 
& travaillé un gros de laine du même ap- 
prêt , qui > en deux heures de bouillon y 



F 179 

n'y a pris qu'une couleur de rofe-féche. 

Pendant cette teinture j'avois préparé 
un nouveau bain femblable , excepté l'ad- 
dition de la crème de tartte. J'y ai réabattu 
la laine rofe féche encore imprégnée du 
premier bain , & l'ai travaillée & laiiïe 
bouillir pendant deux heures. Elle en eft 
fortie très-uniment teinte d'un rouge por- 
tant au cramoifi , parfaitement folide au 
favon ôc au vinaigre. 

Un demi-gros de laine du même apporêt > 
abattue dans le déchet de ce bain , y ac- 
quiert encore une jolie nuance plus gaie , 
très-unie & auffi folide. 

Un de nos Capitaines M pour la Traite 
des Noirs , vient de rapporter de la Côte 
d'Angole dix milliers d'un nouveau bois - 
qui , par la forme de (es bûches & la cou- 
leur de fon intérieur 3 approche beaucoup 
du bois de Fernambouc. Le Propriétaire 
m'a prié d'en eflayer , & fes produits par 
les moyens divers , ci-deflus déduits , font 
bien plus riches que ceux du brézillet. Us 
égalent ceux du bois de Sainte-Marthe , 

M z 



i8o F 

avec l'avantage d'une économie d'un tiers 
dans le prix &c de moitié dans la quantité , 
puifque la plus forte dofe que j'en ai em- 
ployé a été en poids égal de la laine à tein- 
dre , tandis que je n'ai pu obtenir des nuan-. 
ces généreufes qu'avec poids double de ce- 
lui de Sainte-Marthe. La laine d'apprêt AT 
y acquiert même des pourpres & des cra- 
moifis à très-peu-près folides. Faute de con- 
noiiïances plus particulières & d'indica- 
tions Botaniques , je ne puis encore , non 
plus que le Propriétaire , défigner ce nou- 
vel ingrédient que par le titre vague- & 
indéterminé de Bois d'Angole : mais il fera 
d'une refTource ineftimable pour nos tein- 
tures en laine à mefure qu'il deviendra plus 
commun. 

Fève de marais , ( Vicia Faba. ) Une 
poignée des goufles ou coffes fraîches , 
vuides de leurs fruits , le i j Juin , ayant 
été broyée dans le mortier de marbre, je 
l'ai fait cuire dans trois-quarts de pinte 
d'eau pendant une heure. Il en eft réfulté 
un bain dans lequel la laine LF riz pu 



F i&i 

acquérir , même au long bouillon y qu'une 
nuance olivâtre , terne Se fale. 

Je me fuis long-tems occupé à traiter 
les feuilles de cette plante par la macé- 
ration 6c fermentation ufitée en Amé- 
rique pour l'anil ou indigo. La fécule 
abondante 6c ardoifée que l'action du bat- 
tage en féparoit , m'a donné de grandes 
efpérances ; mais elles fe font toujours 
évanouies à la deffication 5 qui ne me laif- 
foit entrevoir aucunes particules bleues y 
& la féconde fermentation en cuves n'y 
en a point développé. 

Mais trouvant au mois de Février des 
goufTes mûres 6c féches de l'an pafle dont 
on retiroit les fèves pour les planter , je 
pris deux onces de ces goufles que je ha- 
chai 6c fis cuire pendant une heure dans 
trois-quarts de pinte d'eau. Cela me pro- 
cura un bain très-femblable à celui des 
baies féches de bourdaine , Se un gros de 
laine d'apprêt L F y acquit , en deux heures 
2c demie de bouillon y un beau vert-olive- 
foncé , peu bringé } efpece d'olive natif 

M 3 



iSa F 

qui réfîftoit au vinaigre & au favon du feu- 
trage. Mais l'éclat de cette couleur s'eft 
malheureufement terni dans l'intervalle 
d'une année , tant fur les feutres expofés à 
l'air, que fur ceux que je confervois enve- 
loppés de papier. Sans doute qu'une réac- 
tion intérieure & fpontanée aura caufé 
une combinaifon nouvelle , qui n'a laifle 
fubfifter qu'un ton de boue de Paris y ef- 
pece d'ardoifé-olivâtre peu recommanda- 
ble. C'eft bien dommage , puifque cet in- 
grédient feroit à-la-fois peu difpendieux & 
facile à conferver. La laine E y prend un 
clive-franc aflez beau. 

Figuier > ( Ficus Carica. ) Trois onces 
des jeunes branches fraîches hachées , cui- 
tes pendant une heure 6c demie dans trois- 
quarts de pinte d'eau , ont formé un bain 
qui exhaloit vivement l'odeur de la tube- 
reufe. Un gros de laine L F y a pris , au 
long bouillon , une jolie couleur de vigo- 
gne tendre. 

Un bain du même poids des feuilles 
vertes hachées a répandu dans la chambre 



F 183 

une odeur de tubéreufe fi violente , qui! 
a été néceiTaire d'ouvrir une fenêtre pour 
n'en être point incommodé. Un gros de 
laine LFy a contracté , en deux à trois 
heures de bouillon 3 une brillante couleur 
de merd'oie-dorée 3 fc a confervé jufque 
après le feutrage une odeur douce telle que 
celle de la tubéreufe en plein air» 

Filama , ( Phillyrea Media. ) Ses brin- 
dilles en feuilles donnent un bain jaune , 
prefque auffi beau que celui de l'alaterne ; 
mais la laine LF n'y prend , même au 
bouillon, qu'un citron, ou jaune tendre , 
qui fléchit au vinaigre, La laine fimplement 
bouillie en léger alunage y acquiert un jaune 
aflez intenfe , mais qui difparoît au vinai- 



gre, 



Foin fec. Une poignée de foin de haut- 
pré médiocre , un peu chargé de jacée 
noire , m'a donné , en deux heures de cuite, 
un bain fauve-mufe , qui , en trois heures 
de bouillon, a communiqué à un gros de 
laine L F une nuance foible de carmélite 
très-folide. Un nouveau bain du quart du 

M 4 



* 84 F 

poids de la laine en garance > l!a amenée 
au ton défîré. f 

Dans un bain acidulé de garance y la 
laine déjà teinte en foin a pris le ton noi- 
fette que produit le gros bois de bouleau. 
Une dofe plus forte de garance donne di- 
vers marons & mordorés. Enfin , on peut 
tirer bon parti de ce foin pour piéter toutes 
les laines que Ton deftine à ces couleurs 
férieufes à plat , Se brillantes en reflet par 
les dernières teintes dont on les glace. 

Fougère femelle , ( Pterls Aqullina. ) 
Trois onces de fes racines fraîches , broyées 
dans un mortier , cuites pendant deux heu- 
res dans une pinte d'eau y m'ont procuré 
un bain gris très-mucilagineux. Un gros de 
laine L F y a pris , en trois heures de bouil- 
lon , un jaune^-gris-olivâtre , nuance indé- 
finifTable , mais qui n'a guère d'autre mé- 
rite que fa folidité. Je regrette de n'avoir 
pas effayé de la racine de polypode. 

Fraisier , ( Fragaria Kefca. ) Deux 
onces de fes racines fraîches, bien lavées, 
broyées dans un mortier y 6c cuites dans 



F 185 

une demi-pinte d'eau pendant une heure 
à très-petit bouillon , m'ont donné un bain 
couleur de canelle , mais trouble. Un gros 
de laine L F y a pris lentement , & en trois 
heure de bouillon , une bonne nuance de 
canelle bien folide. 

Trois cuillerées de fraifes de jardin bien 
mûres , cuites dans une demi-pinte d'eau , 
m'ont donné un bain qui , en dépouillant 
ces fruits de toute leur couleur, n'a pour- 
tant acquis que celle du vin rofe d'Aï. 

JJn demi-gros de laine d'apprêt LF n'y 
a pris qu'un jaune-terne. 

Autant de laine d'apprêt E. La même 
couleur un peu plus animée , & tirant au 
mufc. 

Vers fa fin ce bain exhale une odeur de 
déjections d'ivrogne , fort défagréable. 

Framboisier de Canada , {Rubus 
Odoratus. ) Trois onces de fes farments 
féchés au mois de Décembre , hachés &c 
cuits pendant une heure , dans trois-quarts 
de pinte d'eau , ont produit un beau bain 
canelle. Un gros de laine 6c étoffe d'ap- 



\Î6 F 

prêt L F y a pris , au premier bouillon , urt 
jaune -doré , que la longue ébullition a 
tourné en couleur de vigogne-noifette , 
agréable 6c folide. Rien n'eft plus vivace 
que cet arbriffeau-buifïbn qui y dans toutes 
fortes de terreins , peut être beaucoup 
multiplié par {es drageons. Il feroit bon 
auffi de TefTayer frais 6c en fève. 

Frêne, ( Fraxinus Exceljïon ) Trois 
ences de fon écorce verte hachées , cuites 
pendant deux heures dans trois-quarts de 
pinte d'eau , communiquent au long bouil- 
lon , à un gros de laine L F, un petit jaune- 
verdâtre , ou vert-pomme , très- joli y qui 
réfifte à toutes les épreuves. 

Le même poids du bois frais écorcé t 
traité de même , donne fur la laine dudit 
apprêt , en trois à quatre heures de bouil- 
lon , la vraie nuance de vigogne , franche 
& bien folide. J'ai depuis appris que les 
Morlaques obtiennent une belle 6c folide 
teinture noire de Técorce du frêne long- 
tems infdfée 6c macérée dans un acide 
quelconque , 6c de la limaille ou de la, 



F 187 

rouille de fer ; mais je n'ai point eu le tems 
de le vérifier. 

Fumeterre , ( Fumaria Officinalis. ) 
Cette plante annuelle qui croît fpontané- 
ment dans les jardins & les champs , peut 
être multipliée à volonté par fes graines 
dans un lieu circonfcrit pour en faciliter 
la récolte. Trois mois fuffifent à fon ac- 
croifFement , de forte qu'on la peut femer 
& recueillir deux fois au moins chaque 
année. C'eft un des riches préfens que la 
Nature ait fait à notre Art 3 & je me 
félicite d'en avoir le premier conftaté l'u- 
tilité. 

Une poignée de fumeterre fraîche, prête 
a fleurir, hachée & cuite doucement pen- 
' dant une heure dans une demi-pinte d'eau, 
m'a procuré un bain citron dans lequel un 
gros de laine LF a pris , en demi-heure 
fans bouillir, un beau jaune franc auflî 
riche , mais beaucoup plus afïuré que celui 
de la gaude. Il eft également propre à être 
viré en vert dans la cuve-d'Inde ; &: ce 
vert ne deviendrait point bleu par l'ufage, 



188 F 

puifque la ténacité de ce jaune eft égale à 
celle du bleu. 

Pour rendre ce bon ingrédient difponi- 
ble en hiver , j'ai efTayé d'en faire fécher 
à l'ombre des plantes cueillies entre fleur 
& graine à la fin de Juillet. Elles fe font 
bien confervées d'une année fur l'autre 
dans un grenier fain 6c aéré. Leur pro- 
priété tinctoriale s'eft trouvé pareille à 
celle des plantes fraîches 5 en obfervant 
toujours de ne pas faire bouillir la laine 
dans le bain de teinture , & d'extraire ce 
bain par une décoction lente & douce. La 
laine E acquiert dans le bain de fumeterre 
fraîche un jaune bien plus doré que la laine 
LF , mais je n'ai point éprouvé s'il con- 
tractait également le vert franc dans la 
cuve-d'Inde. 

La gaude refte onze mois en terre y Se 
les gelées tardives du printems en anéan- 
tirent quelquefois l'accroifTement. Il eft 
beaucoup de pays où elle ne peut pas pro- 
fiter. J'ai au contraire rencontré la fume- 
terre prefque par- tout. D'ailleurs , elle 



F 189 

n'exige aucune culture, & n'eft expofée à 
aucune intempérie des faifons. Je ne puis 
'donc trop inviter à la faire cueillir pour 
l'employer fraîche ou féche , ainfi qu'à ra- 
mafler & femer fa graine. La teinture fur 
laine y gagneroit beaucoup quant à la fo- 
lidité des jaunes purs , & de toutes les 
nuances de la compofition defquelles il fait 
partie. 

Fus tet , ( Rhus Connus. ) On connoît 
dans tous les Atteliers ce bois colorant 
jaune, & fon peu de folidité. L'apprêt L F 
le fixe à-peu-près , mais on obtient parti- 
culièrement cet avantage fur la laine E , 
avec un peu d'écorce de bouleau. 

Trois onces des jeunes branches en 
feuilles vertes du fuftet , hachées Se cuites 
pendant une heure dans trois-quarts de 
pinte d'eau , produifent un bain jaune-clair, 
La laine LFy acquiert, au premier bouil- 
lon , un jaune-terne que la longue ébul- 
lition amené jufqu'au mufe-doré très-riche 
& folide. 

F u s a 1 N , ( Evonymus Europœus, ) Cet 



i5>o F 

arbrifleau préfente peu de reffburces en 
teinture. L'écorce de fonbois de neuf ans, 
féchée , hachée &; cuite long-tems y com- 
munique à la laine LF^ au très-long bouil- 
lon , une nuance de noifette-tendre. 

Le bain de fes fruits mûrs lui donne un 
plive-clair , que le favon du feutrage réduit 
à un petit citron-verdâtre. 

La pellicule aurore qui enveloppe cha- 
cune des femences du fufain m'ayant paru 
avoir quelque rapport avec celle qui cou- 
vre les grains de YÂchiote , ou Roucou de 
Çaïenne , j'ai tenté de la travailler de 
même , de quoique je n'aie pas réufïî , je 
ne crois pas qu'il y faille renoncer. 

m » ■ UCLM J U..— ' JH » . '»' ■' ii - i i i i» ■ ■ ii il —a—— — — — t— — ar-9 



VJTaleopsis-tetrahit. Une poignée de 
fes feuilles & tiges fleuries communique à 
la laine L F , au long bouillon , un afTez 
beau mufc-clair. 

Toute la plante en graine & prefque 



G 191 

féche (le 15 Septembre) a fourni un bain 
gris dans lequel la laine L Fa pris un jaune- 
terne , & au long bouillon , un mufc-clair 
très-folide. 

Galeopsis-Ladanum ,( ou Ladanum 
des bleds. ) Une poignée de ces plantes y 
chargées de leurs fleurs pourpres ( le 15 
Août ) , a produit un bain fauve dans le- 
quel la laine & l'étoffe d'apprêt LF ont 
acquis d'abord un foible jaune-opaque ; 
puis , en trois heures de bouillon , une 
belle nuance de merd'oie bien aflurée. 
Cette jolie plante eft très-commune à la 
fin du mois d'Août dans les champs dé- 
pouillés de bleds & de feigles. 

Garance , {Rubia Tinclorum. ) Ce bon 
ingrédient colorant , & les procédés pour 
en faire ufage , font tellement connus dans 
tous les Atteliers de Teinture , que je ne 
crois devoir citer que quelques manipula- 
tions particulières qui m'ont procuré des 
réfultats nouveaux. 

Je n'ai point employé celle que l'on tire 
de Zélande , mais celles du crû de France 



\<)z G 

récemment féchées & pulvérifées , Se no- 
tamment celles que je cultive à OifTel , 
qui procèdent de plantes originairement 
trouvées fur nos coteaux d'Orival , &c des 
graines que j'avois tirées de Chypre en 
1760. Prefque toutes les garances du 
Comtat d'Avignon & d'Orange ont la mê- 
me origine , & la Provence les doit au zèle 
de M. Bertin , qui fit diftribuer gratuite- 
ment les graines qu'il avoit tirées des di- 
verfes Echelles du Levant : aufli produi- 
fent-elles les mêmes effets lorfque l'exfïc- 
cation &C la pulvérifation en ont été foi- 
gnées attentivement. Je me fuis affez bien 
trouvé de même de l'ufage du Lzqari 3 ou 
garance de Chypre &c de Smyrne , lorfque 
la vétufté ou les accidens du tranfport ne 
leur avoient point préjudicié. 

Dans une demi-pinte d'eau , j'ai fait cuire 
pendant une demi-heure dix-huit grains de 
fumac fin , ou neuf grains de galle noire 
en poudre. Le bain radouci , entre chaud 
Se bouillon , j'y ai projette un gros de ga- 
rance pulvérifée que j'ai laifïe tirer ainfî 

pendant 



G I9Î 

pendant demi-heure. Ce bain eoulé , j'y ai 
abattu un gros de laine d'apprêt L j qui 
en trente minutes fans bouillir Se cinq mi- 
nutes d'ébullition , y a pris une belle çou-* 
leur rouge-maron très^folide. 

En laifTant tomber dans ce bain quelques 
gouttes de folution de bifmuch, on obtient 
une felide couleur puce. 

De la laine vierge pétrie en terre précis 
pitée d'alun &c d'un gros de fel d'étain, 
puis féchée , lavée & abattue dans un bain 
d'un gros de garance , dix-huit grains de 
fumac , & quatre grains de tartre en pou- 
dre , a contracté une très -belle nuance 
capucine. 

En employant la garance au fortir de 
terre au poids de quatre gros , & fuppri- 
mant le fumac &: le tartre , un gros de I4 
même laine acquiert un beau canellç-rofé 
brillant. 

Dans un bain de demi-pinte d'eau 5£ 
d'un gros de garance féche y la laine d'ap^ 
prêt F contracte , en deux heures , un brua 
fombre tirant au violet-noiratre, 

N 



De la laine d'apprêt L F, fubmergée pen- 
dant douze heures vdans la décodtion du 
quart de fon poids de galle noire , enlevée, 
cbuée fans fécher , puis abattue en bain 
de belle garance , y a pris un rouge-pour- 
prant folide , qui pourroit un peu fuppléer 
à l'emploi du bois de Fernambouc pour 
les nuances férié ufes. 

Dans demi-pinte du déchet d'un bouil- 
lon d'apprêt E j , j'ai projette un gros de 
très-belle garance d'OifTel récemment tirée 
de terre , & auffi peu féchée que le robage 
Se la pulvérifation l'avoit permis ; je l'ai 
laiffe cuire pendant trois -quarts -d'heure 
fans bouillir. Ce bain coulé , j'y ai abattu 
un gros de laine de cet apprêt E j , travail- 
lée faris bouillir pendant un quart-d'heure, 
puis cinq à fix minutes de frémiflement , 
je l'ai enlevée teinte en une belle couleur 
très-approchante de l'écarlate d'Angleterre, 
c'eft-à-dire , un peu jaune , mais qui rélifte 
au favon du feutrage & au vinaigre. 

Dans une demi- pinte d'eau de puits 
pure , j'ai répété le bain & la teinture ci- 



G 195 

deflus. La laine d'apprêt E \ , en eft fortie 
teinte en une imitation d'écarlate plus ro- 
fée , &: auflî folide. 

Dans feize pouces cubes d'eau de puirs, 
j'ai fait cuire feulement cinquante grains 
de la même garance , travaillée de même, 
& dans la colature de ce bain , j'ai abattu 
un gros de laine du même apprêt E j , 
elle y a acquis une nuance qui joue mieux 
Pécarlate , & que l'on a beaucoup préférée 
aux précédentes. 

Dans lefpoir d'obtenir un ton encore 
plus rofé, j'ai fubftitué du très-beau lizari 
de Chypre à la garance d'Oiflel ; mais au 
contraire > la laine E -J- y a pris une cou- 
leur de feu plus jaune-brûlant 5 également 
folide. 

Dans une demi-pinte de déchet de bouil- 
lon d'apprêt E £ , j'ai fait cuire un gros de 
ce même lizâri de Chypre. Ce bain coulé , 
j y ai abattu un gros & demi de laine encore 
mouillée de cet apprêt E ~ , qui travaillée 
pendant trois-quarts-d'heure çn eft fortie 
imprégnée de la véritable couleur des fleurs 

N 2 



196 G 

du pavot cornu ou glaucium , qui réfîftc 
également aux acides Se aux alkalis. 

M'étant apperçu que cet apprêt détério- 
roit un peu la laine 6c la cordclolt , quoi- 
qu'elle fe feutrât bien , je crus pouvoir 
changer les proportions des drogues accef- 
foires en doublant la crème de tartre ÔC 
diminuant de moitié la faumure , Se ne 
laifTant bouillir dans l'apprêt qiie pendant 
vingt-cinq minutes. 

Alors , dans une demi-pinte d'eau de 
puits Se un verre de déchet de ce dernier 
bouillon d'apprêt, je fis cuire deux gros 
de belle garance d'Oifïèl. Le bain coulé , 
j'y abattis deux gros de laine &c efpagno- 
lette dudit apprêt modifié , qui , après trois- 
quarts-d'heure de travail &: teinture fans 
bouillir , y acquirent une belle couleur de 
feu , qu'un quart-d'heure d'ébullition ne 
put point rofèr. Mais la laine avoit con- 
fervé beaucoup de nerf, & n'étant pas cor- 
delée , elle fe cardoit plus facilement. 

Dans trois-quarts de pinte d'eau pure de 
puits , j'ai fait cuire deux gros de belle 



G 197 

garance en poudre y &: dans la colature j'a- 
battis deux gros de laine & étoffe de ce 
dernier apprêt modifié. La nuance fe mon* 
tra d'abord afTez belle ^ mais en efpérant 
de la rofer , j'enlevai les fujets & jettai 
dans le bain une cuillerée d'eau de potafle, 
qui le vira en pourpre. Mais les lainages 
réabattus y furent ternis & réduits au ton 
des beaux garançages ordinaires , au lieu 
du rouge exalté dû par l'apprêt. Cela m'a 
confirmé dans mon opinion, que Pinduftrie 
ne doit s'exercer que fur les bouillons d'ap- 
prêts > & n'ajouter prefque jamais aucuns 
fels aux bains de teinture ou colorans. 

Je crois devoir obferver encore que l'eau 
que j'ai employée dans toutes mes Expé- 
riences dilïbut parfaitement le favon , mais 
procède d'un puits creufé dans la pierre 
calcaire blanche dure , à la profondeur de 
foixante-dix pieds. Il ne contient point de 
fources , mais il eft entretenu par des pleurs 
ou fuirttages d'eau entre les lits des pierres. 
Il paroît auffi de niveau avec la rivière de 
Seine , diftante d'un demi-quart de lieue , 

N 5 



*9§ G 

car l'effet des marées s'y manifefte par le 
plus ou le moins d'eau. Cependant l'eau 
puifée immédiatement dans la Seine m'a 
toujours donné des rouges de garance 
rftoins pétillans. 

Ces beaux garançages ne cédant à l'écar- 
late de cochenille que par un fonds géné- 
ralement trop jaune , j'ai cru pouvoir les 
rofer en ajoutant aux dofes de l'apprêt j?-- 
feulement neuf grains de diflolution de 
cuivre ; mais l'expérience m'a bientôt dé- 
trompé. 

Dans une demi-pinte d'eau , j'ai fait cuire 
un gros de garance 5 &£ dans la colature de 
ce bain , j'ai abattu un gros de laine E \ m 
Après teinture je l'ai enlevée , ajouté au 
déchet du bain un verre d'eau & dix-huit 
grains de faumure qui avoit féjourné douze 
heures fur de la chaux fraifée ; mais la laine 
y réabattue & travaillée n'y a point acquis 
de rofage. 

Dans la même quantité d'eau , j'ai fait 
cuire un gros & demi de belle garance &c 
neuf grains d'orceille féche pulvérifée. Ce 



G 199 

bain un peu pourpre étant coulé , j'y ai 
teint un gros de laine E j qui , après le 
travail , en eft fortie belle , brillante , mais 
non rofée. j'ai voulu doubler la dofe de 
l'orceille , mais , à dix-huit grains , elle a 
décompofé le bain de garance. 

En employant une quantité triple des 
racines féches de caille-lait, j'ai obtenu ces 
mêmes rouges exaltés , ainfi que de la croi- 
fette de Portugal , a poids égal à celui de 
la garance, comme je l'ai annoncé à "leurs 
articles; mais aucune autre rubiacée ne m'a 
procuré cet avantage. 

J'ai encore varié l'apprêt E \ en fubfti- 
tuant l'alun à la crème de tartre ; mais la 
laine ainfï préparée y abattue dans un bain 
de- garance , n'y a contracté que la cou- 
leur des fleurs du glaucïum. 

J'ai fait un nouvel apprêt indiqué à la 
fuite de fa compofition par les caractères 
EMR ~, qui défîgnent que c'eft un hui- 
tième d'étain difTous dans de l'eau régale 
Biuriatique. Les laines qui en ont été 
imprégnées ont acquis dans le bain de 

N 4 



lOO G 

garance poids pour poids , tlnfc Couleur 
pfeudo-écarlate qui approche de celle des 
fleurs du coquelicot des champs» 

J'ai de même opéré fur deux onces de 
laine que M. Jean-Baptifte Grandin > d'El- 
beuf , a bien voulu faire filer pour en fabri- 
quer Un petit drap d'échantillon 5 &: la cou* 
leur s'eft maintenue dans toutes les opéra* 
tions de la fabrique. 

DahS une demi-pinte d'eau de puits 8£ 
lin demi-Verre de déchet du bouillon d'ap^- 
prêt E & 0, j'ai fait cuire un gros de belle 
garance d'Oiflel. Ce bain foutiré > j'y ai 
abattu un gros de laine èc lainage dudit 
apprêt E & O; l'un & l'autre y ont acquis 
un beau rouge jouant l'écarlate. Un demi* 
gros de laine du même apprêt , abattu en 
féconde mife dans le déchet de ce bain , y 
â ptis encore une très -jolie nuance capu* 
tinë' tt 

Un gros de laine du même apprêt Ê ècO 
abattu dans un bain de demi-pinte d'eau 
|mre & d'un gros de garance , â contrats 
»ft ioùgè trop foncé. Il femblê qu@n fê 



G zoi 

fervant d'eau pure , il fuffiroît avec cet 
apprêt du demi-poids de la laine en ga- 
rance. 

Dans une demi -pinte d'eau , j'ai fait 
cuire longuement & fans bouillir un gros 
de belle garance. Ce bain foutiré , j'y ai 
abattu Un gros de laine d'apprêt EA M Fj> 
c'eft-à-dire , par folution d'un huitième 
d'étain en acide marin fumant. Cette laine 
y a contracté une très-belle imitation d'é- 
carlatè. 

Il réfulte de ces beaux garançages, qu'on 
pourroit en fabriquer des draps qui, teints 
en laine réfiftante également au favon & 
aux acides , conferveroient leur couleur 
bien plus long-tems que l'écarlate , à la- 
quelle ils cèdent peu quant à l'éclat. Ils 
coûteroient moins ; ils procéderaient d'un 
colorant du crû de la France ; ils con- 
viendraient fingulierement pour les habits 
d'Officiers pendant la guerre , ainfî que 
pour les grandes livrées. Peut-être qu'un 
heureux tour de main indiquera les moyens 
d'obtenir cette belle couleur un peu plus 



îoz G 

rofée, & alors elle auroit toutes fortes d'a- 
vantages fur l'écarlate de cochenille. Je ne 
puis donc trop inviter les-Amateurs èc les 
Artiftes à tenter cette précieufe découverte. 
Gaude y ( Rcfeda Luteola. ) J'ai d'abord 
employé cet ingrédient très -connu , dans 
fon état d'exficcation , ainfi qu'on en fait 
ufage dans tous les Atteliers. Je me fuis 
feulement afïuré que fans ternir l'éclat 6c 
la franchife du jaune qu'il procure y l'ap- 
prêt ZFajoute beaucoup à fa ténacité, quoi- 
qu'il fléchifTe encore un peu aux acides- 
Mais enfuite j'ai voulu éprouver la mê- 
me plante encore verte & nouvellement 
cueillie , en quadruplant feulement fon 
poids pour compenfer l'eau de végétation 
qu'elle contenoit , elle m'a procuré un baiii 
très-peu coloré 5 mais dans lequel la laine 
LF , en demi-heure fans bouillir , a con- 
tracté un jaune-verdâtre 5 diaphane Se char- 
mant, que l'immerfion pendant dix minutes 
dans le vinaigre n altère point. Cette opé- 
ration eft donc très-importante pour corn- 
pofer des verts folides. 



G 203 

Une féconde mife de laine du même 

apprêt , dans le déchet de ce bain , y a 

L L * * 

pris la même couleur moins intenfe ; puis 
pouflee au bouillon pendant deux heures, 
elle eft devenue clive-jaune , diaphane , 
inattaquable à trois heures de féjour dans 
le vinaigre. 

L'apprêt E \ qui ennoblit d'autres jaunes, 
ne m'a point paru ajouter beaucoup au bril- 
lant de celui-ci. 

Des écheveaux de coton de divers ap- 
prêts , teints dans ces bains de gaude fraî- 
che > n'y ont point acquis la faculté de 
réfifter aux acides. 

Il eft une efpece de gaude fauvage qui 
croît fpontanément dans les friches & fur 
les coteaux marneux , connue fous le nom 
de l'herbe maure ou refeda commun. Elle 
m'a procuré un bain mucilagineux, couleur 
de citron , dans lequel la laine IFna pris 
qu'une mefquine nuance olivâtre. 

Genêt à balais , ( Spartium Scopanurn. ) 
Lorfque cet arbrifleau levé dans une jeune 
vente , il croît autant que les cépées qui 



2Ô4 ) G 

l'abritent & le forcent à former une tige 
unique > 8t en dix années il acquiert , en 
bon fonds , jufqu'à dix pieds de hauteur 
Se cinq à fix pouces de tour. Si , d'ailleurs > 
il eft expofé au Nord , le cœur de fon bois 
eft coloré d'un rouge-brun à-peu-près du 
ton du bois de Campêche, & cette partie 
conftitue fouvent jufqu'aux deux tiers de 
fon diamètre. 

Ce fut dans Phiver de 1779 , que j'obfer- 
vai pour la première fois cette fingularité 
dont je conçus de grandes efpérances. Je 
dépouillai d'abord ce bois coloré de tout 
l'aubier qui l'environnoit , & fen hachai 
trois onces que je fis cuire pendant deux 
heures dans une pinte d'eau. Il en réfulta 
•un bain très-riche & de la couleur du 
fyrop d'une compote de cérifes nouvelles. 
Cependant un gros de laine LF n'y acquit 
qu'une couleur de vigogne-roufTe , mais 
très-folide. La laine d'apprêt AT y prit une 
nuance de plus. 

La laine vierge , pétrie en terre préci- 
pitée du vitriol de Chypre &C de l'alun *, 



G 205 

féchée Se lavée , abattue dans un pareil 
bain , y acquit une couleur de canelle- 
foncée bien folide au favon,mais qui rou- 
git un peu dans le vinaigre. 

Quelques gouttes de difTolution de fer , 
ajoutées à la folution d'alun avant d'en 
précipiter la terre 9 ont communiqué à la 
laine y pétrie la faculté d'acquérir dans le 
bain de cœur de genêt un beau mordoré 
bien folide. 

Au lieu de la diffblution de fer, un gros 
de fucre de Saturne , ajouté à la précipi- 
tation de la terre d'alun , a fait prendre à 
la laine y pétrie une couleur canelle-mor- 
dorée , mais bringée. 

Un gros de fel d'étain fubftitué au fucre 
de Saturne, dans cette même précipitation, 
a fait acquérir à la laine y pétrie , féchée 
& lavée , puis teinte dans le bain de cœur 
de genêt , le mordoré le plus riche &: le 
plus allure. 

Dans un bain de quatre gros du même 
bois , j'ai abattu un gros de laine & un gros 
de velours de coton préparés'par le mor- 



2 6 6 G 

dant de M, Giroz. La laine n'y a pris qu'un 
vilain mufc-terne , & le velours de coton 
une couleur de feuille-morte. 

Un gros de velours de coton , préparé 
comme pour recevoir le rouge d'Andrino- 
ple , y a contracté un beau mufc bien in- 
tenfe, & qui réfifte à toute épreuve. 

Dans le déchet très- réduit du dernier 
bain ci-defTiis y j'ai abattu un demi-gros de 
laine L F ; elle y a pris en une heure une 
belle nuance mordorée telle qu'elle ne l'eut 
pas acquife en quatre heures d ebullition 
dans ufi bain ordinaire non concentré. Il 
conviendroit donc effayer de réduire d'a- 
bord prefque tous nos bains qui exigent 
une longue cuite. En -cas de fuccès , ce 
fera le plus certain & le plus économique 
moyen d'appliquer en grand & fur pièces 
entières d'étoffes ces belles & folides cou- 
leurs. Il n'en coûtera point plus de corn- 
bu'ftible , Se Ton épargnera la préfencé des 
Manipulateurs , qui n'eft néceflaire que 
lorfque les fujets à teindre font dans la 
chaudière. Un Attifeur fuffira pour entre- 



G 207 

tenir le feu pendant la durée de la réduc- 
tion de plufieurs bains en diverfes chau- 
dières. La laine qui , pour fa teinture , aura 
bouilli deux & trois heures de moins , en 
fortira plus douce y plus aifée à filer 8c 
fouler. Peut-être exigera- 1- elle plus de 
foins en l'abattant , afin de prévenir les 
brinjures ou inégalités ; mais il ne faudra 
l'abattre qu'au bain tiède pour avoir plus 
de tems à la crocheter & tourner. 

La laine d'apprêt E \ y abattue dans un 
bain de cœur de genêt y y a bringé horri- 
blement fans y acquérir de couleur inté- 
refTante. 

L'écorce fraîche du gros bois de genêt a 
communiqué à la laine LF une jolie cou- 
leur de ventre-de-biche. 

Malgré ce qui réfulte des EfTais ci-def- 
fus, je fuis très-perfuadé qu'il nous relie 
encore à découvrir le véritable mordant ca- 
pable de tranfmettre à la laine cette belle 
couleur ccrïfc qui diftingue le bain du 
cœur de genêt. Alors nous poiféderions en 
France un colorant prefque auift précieux 



so8 G 

que le bois de Fernambouc. Je me repro* 
che de ne l'avoir pas effayé avec Pécorce de 
bouleau , & j'y deftine mon premier loifîr. 

Il eft encore fort finguîier que de tous 
les gros genêts ex-crûs à l'expofîtion du 
Midi , prefque aucun ne m'a procuré de 
bois coloré. 

Les fleurs du genêt à balais donnent un 
joli bain citron qui ne communique au- 
cune couleur à la laine de quelque apprêc 
que je l'aie imprégnée. 

Genêt à poils , ( Gmifta Pi lofa. ) Trois 
onces de fes brindilles vertes , cuites dans 
trois-quarts de pinte d'eau , fournirent un f 
bain qui , dès le premier bouillon , exhale 
l'odeur de la tubéreufe , & montre la cou- 
leur du bain de la gaude ; auffi en demi- 
heure fans bouillir la laine LF y au poids 
d'un gros , y prend-elle une jolie teinte de 
citron qui réfifte au favon y mais non au 
, vinaigre. 

Une féconde mife dans le déchet , après 

trois-quarts-d'heure de bouillon , eft pafTée 

. au jaune-ravenelle , puis en continuant à 

bouillir* 



G ^055 

bouillir , elle a contracté un ton mufodoré 
qui réfifie pendant douze heures aux deux 
çpreuves. 

Genêt d'Espagne ^{Sparrium Junceum. ) 
Ses jeunes branches donnent un bain jaune-* 
fauve dans lequel , au premier bouillon à 
la laine LF ne prend qu'un jaune-gris- 
terne , puis , en deux heures d'ébullition , 
un jaune-mijfç ou ombre de jaune pafTa^ 
ble. La décoction de {es fleurs nç commu- 
nique aucune teinture, 

Genêt des Teintukieks , ( Gcnijia 
Tincloria. ) Tes berbages médiocres &: en 
coteaux des environs de Pont-l'Evêque f 
Cambefnard , Se autres lifieres du pays 
d'Auge , font infeftés de ce petit arbrif- 
feau. Ses tiges &; brindilles produifent un 
bain jaune-foncé prefque fouci. La laine 
L F y acquiert , entre chaud & bouillon, ur* 
beau jaune-citron. Une féconde mife dans 
le déchet y prend en bouillant un jaune-r 
foncé , ipais terne. Au refte , ces jaunes 
. acquièrent diverfes nuances de vert dans 
la cijve-d'ïnde, 

G 



210 G 

Genièvre y (Juniperus communis. ) Son 
bois , gros comme le doigt , étant bien 
haché & cuit pendant deux heures , au 
poids de trois onces dans trois-quarts de 
pinte d'eau, communique à un gros de 
laine ZF, en trois heures de bouillon, 
une jolie couleur de noifette qui tient 
bien. 

Géranium à grandes fleurs rouges , 
( Géranium fanguineum. ) Une poignée de 
fes feuilles 6c tiges fleuries , cuite dans 
trois-quarts de pinte d'eau , produit un 
bain jaune- olivâtre- foncé prefque mor- 
doré. Un gros de laine LF y a pris , au 
long bouillon , un mufc-doré très-folide. 
Géranium, herbe à Robert , ( Géra- 
num Robertianum. ) Une poignée des plantes 
fleuries donne un bain mufc dans lequel 
un gros de laine L F contracte , en demi- 
heure fans bouillir , un jaune intenfe , mais 
olivâtre. Le long bouillon le vire en un 
mufc- clair & doré qui réfifle aux deux 
épreuves. 

Géranium musqué , ( Géranium mof- 



G 2 11 

ckatum. ) Une poignée des plantes entières 
& fleuries donne un bain terne & trouble 
qui ne conferve point d'odeur. La laine 
d'apprêt L F y acquiert , entre chaud & 
bouillon , un citron-jaune très folide , de 
lorfqu'elle efl: lavée & féchée , elle reprend 
l'odeur de rnufe. 

Une féconde mife dans le déchet prend 
au long bouillon un jaune-olivâtre , dia- 
phane £c très-aiTuré , mais cette laine ne 
conferve plus de parfum. 

Gesse , ( Latkyrus Sylveftris. ) Une poi- 
gnée de fes tiges défleuries ( le 2 5 Septem- 
bre) m'a donné un bain jaune comme ce- 
lui de la gaude ; mais la laine L FnV a pu 
acquérir qu'au long bouillon une nuance 
de vigogne-dorée- claire , qui s'intenfe au 
favon 6c réfifte au vinaigre. 

Gesse jaune , ( Latkyrus Aphaca. ) Deux 
onces de cette plante fraîche & fleurie > 
cuites dans ■£ de pinte ou quarante pouces 
cubes d'eau pendant deux heures , m'ont 
fourni un bain jaune-verdâtre dans la cou- 
ture duquel un gros de laine ^{ou d'ap- 

O 1 



112 G 

prêt pour rouge a pris une belle nuance de 
ronce-d' Artois fort tranfparente. Autant 
de laine de l'apprêt bon pour les bois , 
abattue en même tems dans un bain fem- 
blable , y a pris la même nuance , mais 
moins diaphane & brillante. La laine d'ap- 
prêt LF n'y acquiert qu'un jaune fade 6c 
terne- Cette plante eft fort commune dans 
les champs au mois de Mai : je ne l'ai point 
eflayé féchée à l'ombre. 

Giroflée , ( Chciranthus Incanus. ) L'es- 
pèce dont eft queftion dans cet article eft 
bien à feuilles blanches , mais fes fleurs , 
fimples ou doubles , font violettes. 

Une médiocre poignée de fes feuilles Se 
tiges m'a procuré un bain aflez vert ; mais 
la laine L F n'y a pris aucune couleur. Quel- 
ques gouttes de difTolution de fer dans ce 
bain ne lui ont donné aucune énergie ap- 
parente. Cependant cette laine feulement 
falie , ayant été réabattue dans un déchet 
d'écorce de noyer , elle y a contra£té une 
bruniture-verdâtre aflez jolie, mais qui fe 
dément aux épreuves. 



G 213. 

Prefque toutes les Expériences que je 
vais citer fur les fleurs de giroflée font 
négatives ; mais ce colorant effc fi beau &: 
femble tellement promettre du bleu , qu'il 
feroit bien précieux de le fixer. Le détail 
des peines que j'ai prifes inutilement aver- 
tira du moins d'éviter mes procédés , &C 
d'en tenter d'autres. 

Deux onces des fleurs violettes Amples, 
cuites doucement pendant une heure dans 
une demi-pinte d'eau , m'ont produit un 
riche bain bleu qui n'a communiqué à 
la laine d'apprêt LF qu'un très-léger ton 
bleuâtre non folide. 

L'addition du vitriol de Chypre , loin de 
lui donner de l'intenfité , le détruit. Celle 
de la craie le rend ardoifé-gris. La laine 
d'apprêt A T n'y prend qu'un jauns-terne 
& fale. 

Dans une demi-pinte de vieux déchet 
de bouillon d'apprêt LF , j'ai fait cuire 
deux onces de fleurs fimples de giroflées 
violettes. Le bain eft devenu femblable à 
une très -riche décoction d'orceille y £c 

o 3 



2 14 G 

rébullition ne l'a plus viré en bleu. La laine 
LF riy a rien acquis. La même , imbibée 
de difTolution de fel ammoniac , a pris un 
très-léger ton verdâtre. La laine feulement 
dégraifTée n'y déblanchit pas. La même > 
débouillie en vitriol de Golard, y acquiert 
une très-foible nuance bleuâtre fans au- 
cune adhérence. 

Dans un bain neuf de deux onces de 
fleurs fimples & violettes , cuites en demi- 
pinte d'eau pure 

L'efpagnolette préparée comme pour 
rouge , n'a pris qu'une couleur grife-ar- 
doifée , jolie ^ mais qui rougit dans le 
vinaigre. 

La laine préparée en fel d'étain Pref- 

que rien. 

En y ajoutant trois gouttes de diiïblu- 
tion de fer .... Rien. 

La laine préparée par le fel de Saturne 
décompofe le bain. 

La laine apprêtée par le mordant de M. 
Giroz y n'y prend aucune couleur. 

Le déchet de ce bain , qui étoit bleu > 



G 215 

ayant été gardé pendant huit jours dans un 
grand verre , eft devenu femblable à une 
décoction d'orceille ; mais à chaud comme 
à froid , les laines y travaillées iront rien 
acquis. 

Une forte déco£tion de fleurs de giro- 
flées , traitée enfuite comme cuve de bleu , 
n'a rien donné à froid , & en cuifant , feu- 
lement un gris un peu verdâtre. 

De la laine crue , débouillie en eau légè- 
rement acidulée par l'huile de vitriol , n'a 
rien acquis dans le bain de fleurs de giroflées, 
tn ajoutant à ce bain un peu du mordant de 
M. Giroz , il eft viré en prune de Monjieur y 
qui femble agir fur la laine , mais le peu 
de couleur qu'il lui communique difparoît 
à la première impreffion du favon ou du 



vinaigre, 



J'ai fait cuire de la glaife blanche dans 
un bouillon acidulé vitriolique ; puis dans 
cet acide neutralifé par l'eau de potafTe , 
j'ai fait infufer à chaud de la galle noire 
pulvérifée : cette liqueur étoit d'un bleu- 
verdâtre. J'en ai verfé dans un bain de fleurs 

o 4 



%\6 G 

de giroflées Violettes 3 qui aufîî-tôt à été 
Viré en vert-cànârd. La laine L F n'y a rien 
acquit. Je l'ai enlevée pour verfer dans ce 
bâift Une cuillerée du mordant de M 4 Gi^ 
£ofc , qui Ta reviré en prune de Monfkur. Là 
laine y réabattue y a contra&é un vert^ 
pomme brillant qui jaunit un peu au vinai-* 
gre 5 bc néanmoins peut être réputée une 
bonne couleur .... mais difficiles nugœ. 

GlèDItsia , Fèviei:* ( Gleditfia Triacafa 
ihos. ) Ses jeunes branches donnent un bairi 
dont l'odeur & le goût fucfé le font refe 
fembler à une décoction de réglitfe* Il 
trôftimunique en trois heures de bouillon t 
à la laine Z#F, une couleur de Ventre-de* 
biche 3 ou vigogne blanche , peu recom-^ 
mândable , mais folide> 

Une once de fes effrayantes épines * 
llâchées ôc cuites dans un quart de pinte 
d*eau , a procuré un bain fuperbe > capu=* 
Cinè- foncée prefque rouge 3 mais qui à 
|)èine a fait perdre la blancheur à la laine 
d'apprêt LR 

Gkatèron , ( Valanûà Âparirïe, ) Ses 



G 217 

Feuilles & tiges en graine encore vertes , 
écrafées & cuites pendant une heure > don- 
nent un bain jaune-fauve dans lequel la 
laine E j a pris une nuance de vigogne- 
claife. Les racines de cette plante font fi 
menues , qu'on ne peut tirer avantage de 
la couleur rouge & folide qu'elles procure- 
roient* 

Grevia Occidëntalis. Ce joli arbrif- 
leaii ^ très-rare encore en Normandie , fe 
multiplie par {es marcottes. Deux onces de 
fes branches de trois ans , hachées & Cui- 
tes dans une demi-pinte d'eau , procurent 
un bain qui d'abord eft très-vifqueux & 
jette beaucoup d'écume. Un gros de laine 
L F y a pris peu-à-peu , en trois heures de 
bouillon , un canelle-rougeâtre , beau &; 
bien folide. Le bain concentré exhale une 
agréable odeur de gérofle. 

Groseiller rouge à grappes, (Ribes 
Rubrum. ) Ses brindilles hachées , cuites 
pendant une heure , donnent à la laine 
IF, au long bouillon i une couleur de 
ncifette-foncée un peu rofée -, bien folide 



2i8 H 

Deux onces des fruits ou grofeiiies rou- 
ges à grappes , cuites dans un tiers de pinte 
d'eau , ont coloré en Nankin un gros de 
laine LF. 

G&oseillek épineux des haies, ( Uva 
Crlfpa. ) Ses branches en feuilles , cuites 
long-tems 5 communiquent à la laine L F 
une nuance de vigogne-dorée. 

Les peaux des grofTes grofeiiies violacées 
donnent un bain de couleur de rofes de 
Provins dans lequel la laine L F n'acquiert 
qu'une légère teinte de lilas , mais la laine 
d'apprêt E ± , un beau violet folide. 

Gui de pommier , ( Vïfcum Album. ) Ses 
tiges Se feuilles vertes , hachées &: cuites , 
donnent à la laine LF une demi-teinte de 
jaune-terne. 



H 



XI akicots d'Efpagne , ( Phafcolus Pur- 
pureus. ) Après avoir fait cuire une petite 
poignée de ces haricots (ces jufquà ce 



H ±i$ 

qu'ils fufTent mangeables , je les ai retirés 
avec une cuiller percée. Il a refté une dé- 
coction couleur de rcfe dans laquelle , en 
deux heures 6c demie de bouillon , 

La laine E \ a acquis une jolie nuance 
prefque rofe. 

La laine LF une couleur de 

chair tendre. Tune &; l'autre très-folides. 

Haïucot roux jafpé , ( Pkafcolus Rufus 
Varlegatus. ) On fait beaucoup d'ufage de 
cette variété dans le pays d'Auge & la baffe 
Normandie. Sa décoction eft colorée d'un 
rofe plus tendre , qui fe communique éga- 
lement aux laines préparées , & réfîfte au 
favon , ainfi qu'au vinaigre. On pourroît 
tirer avantage de ce colorant dans les gran- 
des Se nombreufes Communautés & Mai- 
fons de Charité , en s'y faifant réferver ces 
décoctions , ou bien en y portant èc tra- 
vaillant de fuite la portion de laine pré- 
parée que la chaudière pourroît admettre. 
Comme ces haricots colorés font plus fains 
& d'une faveur plus délicate que les blancs, 
les hommes , à la nourriture defquels ils 



2ZO H 

feroienc deftinés , y gagneroient; & en ne 
faifant payer même que le combuftible 
confommé pour la cuite & l'opération de 
la teinture > la maifon y trouveroit auflî 
un petit bénéfice» 

Haricot à la Reine , ( Phafeolus Coca- 
neus. ) Une moyenne poignée de fes belles 
fleurs écarlates, cuite doucement dans june 
demi-pinte d'eau , procure un beau bain 
de couleur de vin rouge de Mâcon. La 
laine L F n'y prend qu'au bouillon un Nan- 
kin-rofé ; puis en trois heures un beau 
Nanquin très-folide , mais un peu bringé. 
Ce colorant > très -difficile à. obtenir en 
grand , promet trop , & donne trop peu» 

Hélianteme,( Ciflus Helïanthemum. ) 
Toute la plante jeune , fleurie > donne un 
bain furdoré > très-mucilagineux & fem- 
blable à celui du Charme a fleurs de J^ir* 
ginie ; mais la laine L F n'y prend d'abord 
qu'un petit jaune que le bouillon n'amené 
qu'à la teinte de la vigogne. 

Les Touches èc racines un peu grofles 
des vieilles plantes d'héliantême , hachées 



H 221 

Se cuites au poids de trois onces pendant 
deux heures dans une pinte d'eau , procu- 
rent un bain rouge-brun prefque auflî fort 
que celui des racines de galium. Un gros 
de laine LF y acquiert , en trois heures 
de bouillon , un beau mufç-brun très-folide. 
Les friches & les coteaux marneux font 
ordinairement couverts de cette plante. 

Hellébore > pied de Griffon ,, ( H elle- 
borus Fœtidus. ) Ses feuilles 6c tiges fleu- 
ries , hachées & cuites pendant une heure , 
produifent un bain olive-foncé , qui com- 
munique d'abord à la laine LF un jaune- 
verdâtre , puis , en deux heures de bouil- 
lon , un jaune-d'abricot- terne , mais folide. 

Herbe à coton, ( Filago Arvenfis ) à fleurs 
d'un jaune-tendre. Une poignée des plan- 
tes fleuries a produit un bain fauve dans 
lequel la laine L F a pris , au long bouil- 
lon , un jaune-opaque aflez bon. 

L'efpece défignée par le mot Impla > 
donne un bain prefque incoloré ; cepen- 
dant la laine LF y prend, en trois heures 
de bouillon , une bruniture de jaune très* 



2 2 2 H 

chaude , ou merd'oie-dorée. Ces deux co- 
lorans font bons , &c très-communs dans les 
champs. 

Herbe-AU-chat , (Nepeta Catarïa. ) Une 
médiocre poignée de Ces feuilles & tiges 
fleuries donne un bain plus jaune que fau- 
ve , dans lequel la laine & étoffe d'apprêt 
L F acquièrent , en trois heures d'ébulli- 
tion,une bonne nuance de vigogne-dorée. 

Her.be du Chantre , (Eryfimum Offici- 
nale. ) Une poignée des plantes fleuries 
communique en trois heures , à la laine 
L F, un jaune-olivâtre. 

Herbe Sainte-Barbe, ( Eryfimum Bar- 
barea.. ) Une poignée de Ces feuilles, cuite 
en demi-pinte d'une légère folution de 
vitriol de Chypre , donne un bain jaune- 
verdâtre , exhalant l'odeur du creffbn. La 
laine L F y prend > en deux heures , une 
bonne nuance d'olive-jaunâtre. 

Herbe a l'Epervier , ( Hieracium Ma- 
jus. ) Cette vigoureufe efpece produit une 
tige de deux pieds de hauteur. ( Je la foup- 
çonne être le Crépis Dicfcoridis ). Une mé- 



K 223 

dioçre poignée de fes feuilles & tiges en 
boutons , cuite dans trois-quarts de pinte 
d'eau , a teint en trois heures de bouillon 
un gros de laine LF en un beau mufc- 
foncé , ou mordoré-clair , qui réfifte à tout. 
C'eft un excellent colorant, afTez commun 
&c bien facile à multiplier par fes graines. 
En général ces plantes laiteufes font bonnes 
en teinture. 

Hêtre , ( Fagus Sylvaùca. ) On connoît 
aflez ce bel arbre, ornement de nos forêts 
& habitations champêtres y àftiïî que f^s 
divers genres d'utilité ; mais il me refte à 
décrire fes propriétés tinctoriales. 

Trois onces de fon écorce fraîche , ha- 
chées èc cuites pendant deux heures dans 
une pinte d'eau , produifent un bain mer- 
doré dans lequel , en trois heures de bouil- 
lon , la laine L F a contracté une couleur 
de maron , &: celle d'apprêt E ~ , une belle 
nuance de canelle-mordorée , le tout bien 
folide. 

Les brindilles coupées depuis fix femai- 
ncs communiquent à la laine L F 5 en trois 



2 24 H 

heures de teinture au bouillon , un beau 
mufc-foncé bien allure. On a vu fous la 
lettre C qu'elle couleur on obtient des 
çapfules ou enveloppes de fes fruits. 

Houblon , ( Humulus Lupulus. ) Ses 
feuilles & tiges fleuries > cuites dans une 
demi-pinte d'eau ? produifent un bain coih 
leur de canelle qui y dès la première heure 
de teinture au bouillon , communique à un 
gros de laine L F une belle nuance de ca^ 
nelle-Nankin y laquelle gagne très-peu à 
bouillir plus long-tems. La plante féchée à 
l'ombre eft difponible en toute faifon & 
produit à très-peu-près la même teinte. C'eft 
un très-bon ingrédient & facile à multi-* 
plier par la culture de celui qui croît fpon- 
tanément dans nos haies* 

Houx , ( Ilcx Aquifolium, ) Ses jeunes 
branches 6c feuilles hachées , cuites pen-» 
dant une heure , m'ont donné un bain 
jaune-foncé dans lequel la laine LF n'a 
pris qu'un olive-terne , efpece de ventre-* 
de-crapaud peu recommandable, 

Houx Frelon ou Fragon f ( Rufcus 

- Aculcatus. \ 



J 225 

âculeatus. ) Ses tiges & feuilles hachées , 
& cuites pendant une heure £c demie , 
donnent un bain citron, lequel , de même 
que celui du chardon-Roland, lent beau- 
coup Podeur de réfine ; mais la laine d'ap- 
prêt L F n'y acquiert qu'au long bouil- 
lon , une couleur de vigogne - claire & 
folide. 



Jacée noire, ( Cemaurea Nigra. ) Une 
poignée de fes feuilles & tiges en boutons 
produit un bain olive qui , en demi-heure 
Fans bouillir , teint la laine L F en citrou 
mat , que le long bouillon fait pafTer à 
l'olive-clair. 

Jacinthe des bois , ( Hyacinthus non 
Scriptus. ) Une poignée de fes belles fleurs 
bleues n'a prefque point coloré leur bain , 
qui n'a pas fait perdre la blancheur de la 
laine préparée. 

JacôbÈe , ( Scnccio Jacobœa. ) Une me- 



zi6 J 

diocre poignée de fes feuilles & tiges fleu- 
ries, cuites pendant une heure, a commu- 
niqué à la laine L F un mufc-olivâtre-doré 
bien folide. 

Jacobée , grande , des marais , ( Scnecio 
Paludofus. ) Ses tiges fleuries y cuites pen- 
dant une heure , communiquent à la laine 
L F un jaune-citron que le bouillon, fou- 
tenu pendant trois heures , conduit au 
mufc doré qui réfifte à toute épreuve. Ce 
bon colorant eft fort commun le long des 
rives & des îles de la Seine. Je ne l'ai point 
effayé en fec , mais il mérite cette tenta- 
tive. 

Jasmin jaune des bois , ( Jafminum Fru- 
ticans. ) Trois onces de fes feuilles & brin- 
dilles , broyées & cuites pendant une heure 
dans trois-quarts de pinte d'eau , procurent 
un bain odorant dans lequel un gros de 
laine LF , en demi-heure entre chaud &C 
bouillon , acquiert un beau citron folide. 
Elle en fort parfumée de l'odeur propre à 
ce jafmin 3 de elle la conferve même après 
le feutrage. Une féconde mife dans le dé- 



J 227 

cher y prend encore un joli citron moins 
intenfe , mais décidé & folide. La laine 
d'aoprêt E , en première mife , y acquiert 
un citron plus clair , mais qui n'effc pas k 
préférer. 

Rien n'eft plus facile à multiplier que 
cet utile arbrideau par fes boutures , dra- 
geons enracinés & femences. Il s'accom- 
mode d'ailleurs de toutes fortes de ter- 
reins. 

Jasmin blanc commun , ( Jàfmihum 
Officinale. ) Ses jeunes branches m'ont don- 
né y le 3 Décembre, un bain jaune le plus 
franc & le plus intenfe. La laine L F n'y 
acquit néanmoins , qu'après une demi- 
heure de bouillon , un citron-terne qui flé- 
chit aux épreuves. Mais la longue ébulli- 
tion le change en une vigogne-dorée qui 
réfifte à tout. 

Jekkotte , ( Œnanthe Pimpinelloïdes. ) 
Ses tiges mûres , & déjà jaunes , donnent 
à la laine LF une teinte olive -jaunâtre 
folide. 

If , ( Taxus Baccata. ) Deux onces du 

P z 



228 J 

cœur coloré de fon bois Cec , hachées ôc 
cuites pendant une heure 6c demie dans 
une demi-pinte d'eau , communiquent à 
un gros de laine LF une nuance de noi- 
fette-tendre , jolie, mais qui fléchit un peu 
au vinaigre. 

fies baies rouges ne colorent point leur 
bain. Cependant la laine LF y acquiert, 
au long bouillon , une jolie couleur cha- 
mois. 

Les racines d'un if, un peu gros, font 
très-rouges , 6c j'ai dû efpérer qu'elles me 
procureraient cette couleur. J'en ai donc 
haché & fait cuire deux gros dans quarante 
pouces cubes d'eau ; mais le bain exhalant 
une odeur pénétrante de réfine , n'avoit , 
après deux heures de cuite, qu'un ton mufc- 
foncé. La laine d'apprêt E ~ , au poids d'un 
gros , y a pris en deux heures une couleur 
aurore-terne , mais très-unie , 6c de toute 
folidité. 

Dans la même quantité d'eau , j'ai fait 
cuire enfemble deiax gros d'écorce de bou- 
leau &C deux gros de racines d'if. Un gros 



J 21<? 

de laine d'apprêt E ■£■ en eft fortîe , après 
quatre heures d'ébullition , très-uniment 
colorée en canelle - mordorée bien dia- 
phane. 

Dans un bain de trente pouces cuWes 
d'eau &: d'un gros de racines d'if bien tiré, 
j'ai fait fondre à tiède dix-huit grains d'alun 
en poudre. Un gros de la laine E \ y a pris 
une couleur aurore, brillante 6c bien trans- 
parente. 

Immortelle jaune des bois , ( Gnafa- 
lium Sylvatïcum. ) Ses feuilles & tiges fleu- 
ries procurent un bain jaune-franc qui fent 
d'abord l'odeur du mclilot , puis celle de 
la colle de Flandres. La laine & l'étofle 
d'apprêt LFy prennent au premier bouil- 
lon , un périt jaune-mat, que l'ébullition 
continuée porce à la nuance de merd'oie 
folide. 

Inul^ disentekica. Cette plante , qui 
décore les marais en automne par Ces belles 
fleurs jaunes, donne un bain dans lequel , en 
trois heures de bouillon, la laine d'appra 
LF acquiert un beau mufc-olivatre-doré^ 

?3 



23° J 

tranfparent , & de la plus grande ténacité. 

Jonc-marin, ( Ulcx Europœa. ) Son gros 
bois haché exige une très -longue cuite 
pour ne donner qu'un jaune-terne , efpece 
de ventre-de crapaud afTez mefquin. 

Mais une petite poignée de fes fleurs 
fraîches , cuite doucement pendant trois- 
quarts-d'heure dans une demi-pinte d'eau, 
procure un bain du plus beau citron dans 
lequel un gros de laine LF ^ en demi-heure 
de chaleur à faire frémir le liquide , ac- 
quiert le plus beau jaune- jonquille , lequel 
fléchit un peu au vinaigre. 

Ces fleurs cueillies au mois de Mars ôc 
féchées à l'ombre , ont été oubliées chez 
moi jufqu'au 30 Octobre fuivant , que j'en 
fis cuire quatre gros dans'une demi-pinte 
d'eau. Un gros de laine LF , y abattu , ac- 
quit une riche nuance defoucî qui réfifta 
au favon du feutrage , & à cinq minutes 
au vinaigre , dans lequel quinze minutes 
d'immerfion ne le dégradèrent que jufqu'au 

1 d'un beau jaune-franc 6c vif. Une fé- 
conde & une troiiîerne mife dans le déchet 



J 231 

y prirent encore des jaunes &: citrons fort 
agréables. 

Un morceau de velours blanc de coton 
engalé , puis pétri & noyé pendant trois 
heures dans la terre précipitée de Palun & 
d'un peu de diflolution d'étain 5 puis féché, 
lavé , dégorgé & abbatu dans un bain de 
fleurs féches de jonc-marin y y a pris , en 
trois-quarts-d'heure de léger bouillon , un 
beau jaune bien tranché qui réfifte à dix mi- 
nutes de vinaigre 2c cinq minutes de favom 

En ajoutant au bain de fleurs de jonc- 
marin un peu de belle garance , la laine y 
prend de belles & folides nuances d'auro- 
re , de capucine & de canelle. 

Quoique ce foit un excellent ingrédient, 
la récolte de ces fleurs deviendroit trop 
chère dans la haute Normandie ou la titure 
& la filature falarient la main-d'œuvre d 
femmes & des plus jeunes enfans. M 
c'eft dans les terreins les plus ingrats , & 
chez les habitans les plus défœuvrés , c 
la mifere &L Je jonc-marin abondent. Les 
vieillards , les femmes &c les enfans de c 

P4 



231 L 



cantons difgraciés y pourront cueillir ces 
fleurs y les faire fécher & les vendre à bas 
prix aux Confommateurs ; parce que le plus 
léger falaire concourt à rendre moins mal- 
heureux ceux qui en ont été privés jufques 
alors. 

Jus quia me ^ ( Hiofciamus nigèr* ) Toute 
la plante fleurie donne un bain olive-ver- 
dâtre qui , au long bouillon , exhale une 
odeur infecte 5 & ne communique à la laine 
d'apprêt L F qu'une nuance olive-fale, mais 
folide. 



JLj aitkon, ( Sonchus Oleraceus. ) Une 
médiocre poignée de fes feuilles & tiges 
fleuries , cuite dans trois-quarts de pinte 
d'eau , communique à un gros de laine 
d'apprêt L F , en trois heures de bouillon > 
une bonne nuance de vigogne-dorée. 

LaitPvON du Japon , ( Sonchus Maximus 
Plumerii.jSes feuiiles vertes produifent un 



L 233 

bain jaune-olive dans lequel la laine LF y 
en demi-heure de bouillon , prend un ci- 
tron opaque qui ne réfifte point au vinai- 
gre ; mais rébullitiôn continuée pendant 
trois heures le monte au ton de vigogne- 
dorée , tranfparente & très-folide. Cette 
efpece rare a néanmoins fort peu d'avan- 
tages en teinture fur Tefpece commune 3 
& que Ton trouve par-tout. 

Laitue sauvage , ( Lactuca Scarïola. ) 
Une poignée de la plante entière , &; déjà 
en graines , m'a donné un bain mufc-foncé 
exhalant une forte odeur de punaifes. Un 
gros de laine LF y a pris , en crois heures 
de bouillon , une belle nuance de vigogne- 
doré folide. 

Ayant lu que les Morlaques obtenoient 
du bleu de cette plante macérée long-rems 
dans les alkalis , j'ai fait les trois Eiïais fui- 
vans. 

i°. Huit onces de la plante entière en 
boutons , écrafées dans le mortier de mar- 
bre , ont été mifes dans un vafe de faïance 
Se fubmergées d'eau de potaffe. 



234 L 

2° e Trois onces , idem , dans un grand 

verre , fubmergées d'urine alkalifée, 

3°. Trois onces 5 idem, fubmergées d'eau 
de chaux première. 

Après trois mois , ne voyant aucun in- 
dice de bleu , j'ai pris une portion du pre- 
mier Effai dont j'ai monté une petite cuve 
à froid qui , raffife , a donné un bain 
brun-mordoré fans aucune veine de bleu. 
Apparemment que les Peuples cités , pour 
y trouver un fupplément à Yindigo , em- 
ploient quelque autre efpece. D'ailleurs > 
on écrit tant de chofes fur parole ! 

j'ai pris trois cuillerées de la macéra- 
tion N° i , & je les ai délayées dans trois- 
quarts de pinte d'eau pour en former un 
bain dans la colature duquel la laine ZFa 
acquis un très-beau mufc ; mais moitié de 
cette laine s'eft trouvée fondue par Palkali^ 
quoiqu'il fût délayé dans une auffi grande 
quantité d'eau. Les deux autres Edais n'ont 
pas mieux réuffi. 

Laitue potagère 3 ( Lactuca Sativa. ) 
Une poignée des feuilles & tiges en bou- 



L 235 

tons m'a donné un bain qui , d'abord très- 
coloré de fauve , s'eft enfuite éclairci. 

La laine L F riy a pris qu'une vigogne- 
claire , prefque ventre-de-biche. . 

La laine E 5 une bonne nuance de vigo- 
gne-dorée. 

LampSANE , ( Lapfana Communis.) Ses 
feuilles & tiges fleuries produifent un bain 
qui promet prefque autant que celui de 
l'herbe à l'épervier ; mais il ne communi- 
que à la laine Z f qu'un mifcraBle jaune 
foible & terne. 

Lauri eu-franc , ( Laums N obi II s. ) 
Trois onces de fes jeunes branches en 
feuilles , hachées & cuites pendant une 
heure dans trois-quarts de pinte d'eau , 
produifent un bain d'un jaune-clair & d'une 
excellente odeur. La laine LF y acquiert, 
en trois heures de bouillon , un beau mufc- 
doré. 

Laukier.-rose 5 {Ncrion Olcander.)T)eu^ 
onces de fes jeunes branches Se feuilles ha- 
chées , cuites pendant une heure dans une 
demi-pinte d'eau , procurent un bain jaune- 



z}6 L 

olivâtre dans lequel uh gros de laine L F 
acquiert , en trois heures de bouillon y une 
couleur intenfe de merd'oie folide. 

Laurier-cerise, ( Prunus Lauro-cera- 
fus. ) Ses jeunes branches & feuilles com- 
muniquent , au long bouillon , à la laine 
LF une fort bonne couleur mordorée. 

Laurier de Portugal , Azarero > Pru- 
nus Lufitanica. ) Trois onces de fes brin- 
dilles en feuilles y cuites pendant une heure 
dans une demi-pinte d'eau _, m'ont procuré 
un bain jaune - fale , exhalant une forte 
odeur de narciffes de Mai. Un gros de 
laine d'apprêt L F n'y a pris d'abord qu'un 
jaune-fale &: mat , mais en trois heures de 
bouillon une belle nuance de canelle-mor- 
dorée. 

LlRIODENDRON TuLIPIFERA. Le bois & 

Técorce d'un arbre de dix années 3 mort 
fur pied, ne m'ont procuré fur laine LF 
qu'un mufe-terne. 

Mais trois onces des jeunes branches en 
feuilles vertes , hachées &: cuites pendant 
une heure dans trois-quarts de pinte d'eao, 



L 237 

m'ont 'donné un bain prefque aufîi riche 
qu'une décoclion de fafran. Un gros de 
laine L F y a pris , en un quart-d'heure de 
bouillon , un affez beau jaune qui héchit 
au vinaigre ; mais l'ébullition continuée 
encore pendant trois heures le change en 
un beau mufc-doré très-fclide. 

Laurier-thim ,, ( Viburnum Tirais.) Ses 
brindilles fraîches produifent un joli bain 
rofé dans lequel la laine d'apprêt LF ac- 
quiert y en trois heures de bouillon , une 
belle nuance de noifette-foncée , rofée. 

Laureole y ( Daphne Laureola. ) Ses ti- 
ges & feuilles donnent à la laine LF y au 
long bouillon 5 une nuance de vigogne- 
claire qui ne vaut pas les frais. 

Lavatere , ( Lavatera Arborea. ) Ses ti- 
ges & feuilles produifent un bain jaune- 
fade & très-vifqueux. La laine & l'étoffe 
d'apprêt L F n'y acquièrent qu'au très-long 
bouillon un jaune-terne & verdâtre affez 
vilain. 

Lavande, ( Lavandula Spica. ) Trois 
onces du tronc & des tiges ligneufes ha- 



a 3 8 L 

chées , cuites pendant une heure Se demie 
dans une pinte d'eau , communiquent à un 
gros de laine d'apprêt LF 3 en trois heures 
de bouillon, une excellente bruniture y ef- 
pece de Carmélite native. 

Leonurus Marrubiastrum. U[ne poi- 
gnée des plantes fleuries donne , dès entre 
chaud &C bouillon , un beau bain mufe- 
tranfparent .dont rintenfité diminue au 
bouillon. La laine LF n'y acquiert qu'une 
bonne nuance merd'oie-dorée. Le déchep 
concentré devient mucilagineux en fe re- 
froidiflant , mais la chaleur le piquéfie de 
nouveau. 

Lierre 3 ( Hedera Hélix. ) Trois onces 
de fon bois 3 gros comme le petit doigt , 
hachées 6c cuites pendant deux heures dans 
une pinte d'eau > communiquent à la laine 
XFun jaune-chamois affez joli. 

Les feuilles procurent à-peu-près la même 
teinte. 

Les baies mûres > au poids de deux on- 
ces y triturées dans un mortier de marbre 
&c cuites pendant une heure dans une demi- 



L 239 

pinte d'eau , produifent un bain violet- 
clair dans lequel la laine LF ^ au poids 
d'un gros , n'acquiert qu'un beau gris-oli- 
vâtre , mais peu tranfparent. 

Lierre terrestre, (Giecoma Hedera^ 
cea. ) Ses tiges fleuries donnent un bain 
jaune-olive ou la laine LF ne prend que 
le ton merd'oie. 

Lilac , ou Lilas commun , ( Syrirga 
vuigaris. ) Son gros bois trèsrfeç , étant 
broyé , exhale une odeur très-pénétrante. 
C'ell une combinaifon de celles du Semen- 
contra , du Cumin 3 &c du Cuir de Rujjie. 
Audi depuis dix années de coupe ce bois 
n'étoit point vermoulu. Je le croirois ex- 
cellent pour préferver les lainages Se les 
pelleteries des ravages des teignes. Peut- 
être même feroit-il utile à prendre, inté- 
rieurement comme hemelminthique. Au 
refte , il communique à la laine LF> au 
long bouillon, une couleur folide 3 jaune- 
brun y finguliere & indéfiniiTable. 

Les jeunes branches & les épies des grai- 
nes vertes donnent un bain fauve qui teint 



24° L 

la laine L F en noifette-vigogne , & la lame 

d'apprêt E y en vigogne-dorée. Ce grand 
& bel arbriiïeau eft très-facile à multiplier 
par &s drageons enracinés. 

Linairë , ( Ântïrrhïnurn Linarîd. ) Une 
poignie de la plante fleurie donne un bain 
jaune-brun. La laine LF y acquiert y en 
trois heures de bouillon , un mufc-olivâtre 
qui réfifte également aux deux épreuves. 
Elle en fort d'une flexibilité £c d'une dou- 
ceur qui tient un peu de l'énervé , ce qui 
fembîeroit indiquer beaucoup d'alkalicité 
dans ce bain; cependant elle foule parfai- 
tement. Quoique cette plante croifle fpon- 
tanément dans tous les lieux incultes , il 
feroit facile de la multiplier par fes graines 
en un canton circonfcrit. 

Liquidambar , ( Liquidambar Styraci- 
fera. ) Trois onces de fes brindilles en 
feuilles hachées 5 cuites pendant une heure 
dans trois-quarts de pinte d'eau , produi- 
fent un bain jaune-trouble exhalant l'odeur 
d'une compote d'abricots. Un gros de laine 
LF y a pris d'abord un jaune-verdâtre 

aflez 



L 241 

aiïez tranfparent, &C au long bouillon ua 
bon mufc-doré. 

Lizeron , petit , ( Convolvulus Arvenfis. ) 
Ses traînaiïes en feuilles & fleuries donnent 
à la laine L F un mufc-clair , ainfî que 
beaucoup d'autres plantes laiteufes. On ne 
doit pas craindre de manque 1- de celle-ci 
ni de la fuivante , puifqu'elles infeftent les 
jardins & les champs , de quelque nature 
que foit leur.terrëin. 

Lizeron, grand, à fleurs blanches, 
( Convolvulus Sepium. ) Ses racines, greffes 
comme une moyenne plume à écrire, font 
rarnaflees avant l'hiver par les rats-mulots 
qui en approviiionnent leurs retraites pour 
concourir à leur nourriture. Le hafard me 
fit découvrir un de ces petits magafins où 
ces racines étoient coupées régulièrement 
de la longueur d'environ deux pouces , 
rangées avec beaucoup d'ordre , & foi- 
gneufement enveloppées de feuilles &c 
d'herbes féches. Leur deftination afFoiblit 
mes foupçons de leur analogie avec la Sca- 
monéc , de forte que je me déterminai d'en 

Q ; 



1 4 1 L 

goûter. Je leur trouvai une faveur fucrée 
avec retour d'amertume afTez défagréable, 
fuivie d'une fenfation farineufe &: amila- 
cée. Je défonçai un bout de plate-bande 
pour me procurer de ces tacines fraîches 
que je lavai bien , & j'en formai une poi- 
gnée longue de fix pouces & liée de ficelle 
comme une carote de tabac. A ce moyen 
je pus la râper dans un tamis flotant fur 
l'eau au fond de laquelle il fe dépofa un 
amidon très-fin & blanc , mais qui 3 en fé- 
chant , acquit une couleur rofée qui m'in- 
difpofa ; de forte que je n'en fis point cuire 
en bouillie. 

Mais pour éprouver ces racines en tein- 
ture , j'en broyai trois onces dans un mor- 
tier de marbre , & les fis cuire pendant une 
heure dans trois-quarts de pinte d'eau. ïl 
en réfulta un bain d'un jaune-brunâtre dans 
lequel un gros de laine Z .F prit , en demi- 
heure fans bouillir , un joli ton rofe,, cou- 
leur de chair animée , que trois heures de 
bouillon t virèrent en une vraie nuance de 
canelîe très-unie & folide. 



L 243 

Le refiant de ce bain vifqueux , brunâ- 
tre y très-fucré , d'odeur & de goût d'une 
compote de poires , fut mis dans un vafe 
de faïance ou la fermentation vineufe s'é- 
tablit en quarante-huit heures ; mais ce vafe 
ayant été renverfé par accident , je n'ai 
point penfé depuis à répéter èc à fuivre les 
réfultats ultérieurs de cette opération. 

Lis imac hie , ( Lijîmackia Kulgaris. ) Ses 
racines donnent un bain gris & trouble 
dans lequel la laine LF contracte, dès le 
premier bouillon , un mufc-opaque folide. 

Les tiges fleuries produifent un bain 
jaune-terne qui, en deux heures d'ébulli- 
tion , teint ladite laine en gris un peu jau- 
nâtre. 

LOTIER HHMORRHOÏDAL , ( LotUS Hîr- 

futus. ) Une poignée de fes tiges & feuilles, 
cuite en trois-quarts de pinte d'eau , pro- 
cure un bain jaune-clair qui , en trois heures 
de bouillon , donne à un gros de laine LF 
une jolie ceinte de coton de Siam bien 
affûtée. 

Luserne , ( Medicago Sauva.) Une poi- 

Q * 



244 ï- 

gnée de cette plante en foin fec , cuite dans 
trois -quarts de pinte d eau , produit un bain 
jaune prefque auffi riche que celui de la 
gatide ; mais même au très-long bouillon ,. 
la laine LF n'y prend qu'une couleur de 
chamois ou vigogne-claire. La laine de l'ap- 
prêt AT \ avec un quart de fon poids en 
garance , y devient d'un rouge-tendre , 
mordoré-clair > agréable 6c folide. 

Lychen Pkunasti. Cette efpece 
dlf/née, qui revêt Se intercepte la trans- 
piration de quelques prunelliers languif- 
fans , eft annoncée comme procurant une 
teinture rouge- Elle ne m'a néanmoins 
donné qu'une nuance de vigogne-claire &C 
dorée. Peut-être faudroit-il la macérer avec 
chaux 6c urine, comme YOrceille 3 pour en 
obtenir quelque choie de mieux ; mais la 
récolte en feroit bien difpendieufe* - 



M 24J 



M 

jVl a haleb, ( Prunus Mahaleb. ) Cet ar- 
bre , de moyenne grandeur , fe plaît fingu- 
lîerement dans les taillis fur coteaux mar- 
neux & crayoneux ou il croît fpontané- 
ment. Il s'accommode de tous autres ter- 
reins pourvu qu'ils ne fcient point maré- 
cageux , Se s'y multiplie par femences , mar- 
cotes &L drageons repouflans du pied. Trois 
onces de les branches de deux ans , fraî- 
ches , hachées , cuites pendant une heure 
& demie dans trois-quarts de pinte d'eau r 
produifent un bain d'une excellente odeur, 
combinée de celles du mélilot , de candie èc 
d' amandes ameres. Un gros de laine d'apprêt 
LF y acquiert 5 en deux heures & demie 
de bouillon , une couleur de caneile-claire * 
rofée , aimable & très-folide. Le bain ne fe 
falit point , & une féconde mife cj^un demi- 
gros de laine du même apprêt en fort très- 
peu inférieure à la première. Ces laines 

Q 3 



1^.6 M 

teintes confervent l'agréable odeur du 
bain , même après avoir été feutrées. Je n'ai 
point été à portée d'efTayer le cœur du gros 
bois dépouillé de fon obier. 

Maronnie^-d'Inde , ( ALfculus Hîppo- 
caflanum. ) Deux onces de fon écorce en 
sève , au mois de Mars , hachées &c cuites 
pendant une heure dans une demi -pinte 
d'eau , procurent un bain dans Jequel un 
gros de laine LF acquiert, en demi-heure 
fans bouillir , un jaune affez femblabie à 
celui qui réfulte de l'écorce du cornouil- 
ler : le long bouillon le vire en une belle 
nuance mordorée. 

Les jeunes branches en feuilles ( en Sep- 
tembre ) au poids de trois onces , hachées, 
cuites pendant une heure & demie dans 
trois-quarts de pinte d eau , colorent , en 
trois heures de bouillon , un gros dé laine 
d'apprêt LF en un beau mufc-caneîle tranf- 
parent. Ce bel arbre , dont la multiplica- 
tion par (es fruits eft facile , & dont la végé- 
tation! eft très-prompte , peut être réputé un 
de nos bons ingrédiens colorans indigènes. 



M 247 

L'écorce brune du maron- dinde , au 
poids d'une once &c demie , hachée & cuite 
doucement pendant une heure & demie 
dans une demi-pinte d'eau , m'a procuré 
fur laine LF un maron-clair , agréable Se 
folide. 

Maronnier-d'Inde , à fleurs écarlate , 
( ALfculus Oâandra , Pavia. ^ Trois onces 
de fes jeunes branches en feuilles (en Sep- 
tembre ) , hachées 6c cuites pendant une 
heure <2c demie dans trois-quarts de pinte 
d'eau , produifent un bain jaune-foncé dans 
lequel un gros de laine L F acquiert , en 
trois heures de bouillon , un mufc-canelle 
tran (parent. Cette teinture , repaffée en 
bain de quatre gros de baies féches de 
Frangula , devient d'une belle nuance car- 
mélite bien chatoyante. 

Cet arbre ne végète pas allez vigoureu- 
fement en Normandie pour qu'on puifTe 
en efpérer de grands avantages potir notre 
art ; mais , en forçant un peu la dofe , on 
obtient les mêmes réfultats de l'efpece 
commune* 

Q4 



248 M 

Marrube noir , ( Ballota Nigra. ) Une 
poignée de {es tiges fleuries , cuite dans 
trois quarts de pinte d'eau , produit un bain 
olive qui, au long bouillon, communique 
à la laine LF une nuance de merd'oie 
intenfe & aflurée. 

Les mêmes , cuites en eau dans laquelle 
deux gros de vitriol de Chypre ont été dif- 
fous, donnent un bain vert-d'eau-clair dans 
lequel , en trois heures de bouillon , la laine 
L F acquiert un mufc-foncé , olivâtre Se 
folide. 

Marrube blanc , ( Marrubium Vul- 
gare. ) Ses tiges fleuries , cuites en eau Am- 
ple , donnent d'abord un joli citron fugace 
que le long bouillon change en jaune-oli- 
vâtre , ventrè-de-crapaud folide. 

Mars aule , ou Marceau , ( Salix Ca- 
preza. ) Tous les taillis de fonds médiocres 
font garnis de ce bois 5 mauvais pour le 
chauffage , mais utile à beaucoup d'autres 
égards & notamment en teinture. Trois 
onces de fon écorce y ou quatre onces 
de fes brindilles en sève ( en Mars 6c 



M 249 

Avril ) , cuites doucement dans trois-quarts 
de pinte d'eau pendant une heure , donnent 
un bain qui , en demi-heure entre chaud 
& bouillon 5 communique à un gros de 
laine LFun aiïez beau jaune-abricot. Une 
féconde mife , en bouillant pendant une 
heure , y prend un jaune-foncé y mordoré- 
clair. Le déchet du bain ne fe falit point > 
et il exhale l'odeur d'une compote de 
pommes. 

Un bain de quatre onces hachées du bois 
& écorce , cuites pendant deux heures , 
donne au long bouillon , un beau mufc- 
doré. 

Autant du bois écorcé , traité de même, 
donne une teinte de Nankin-noifette un 
peu canelle. 

Autant de bois & écorce donne à la laine 
du même apprêt LF , en demi-heure de 
teinture fans bouillir 5 6c autant au petit 
bouillon , un joli ton canelle couleur de 
chair ou rofé. 

Lorfque ce bois n'eft plus en sève , fes 
produits déchoient beaucoup. 



250 M 

Mélèze 5 ( Pznus Larix. ) Trois onces 
de fes brindilles en feuilles y hachées & cui- 
tes pendant une heure dans trois-quarts de 
pinte d'eau _, colorent , au très-long bouil- 
lon , un gros de laine LFen un mufc- 
doré qui ne perd rien en feize heures d'im- 
merfion dans le vinaigre. 

Les mêmes , fans feuilles /(le 3 Février ) 
ont communiqué au premier bouillon un 
jaune-ravenelle mat , & en trois heures d'é- 
bullition continuée , une belle nuance ca- 
nelle-dorée. 

MÈLiLOT ^ ( Trifolium , Mdilotus Offi- 
cînalis. ) Une médiocre poignée de fes tiges 
fleuries donne un bain très-parfumé , qui 
promet autant que celui de la gaude ; mais 
il ne communique à la laine L F, au long 
bouillon , qu'une ombre ou bruniture de 
jaune. 

Menthe de Marais , ( Mentha Aqua- 
tica. ) Ses feuilles & tiges bouillies procu- 
rent une légère nuance de mufc-olivâtre. 

Mercuriale annuelle , ( Mercurialis 
annua. ) Une poignée de fes feuilles-ôc tiges, 



M 151 

cuite pendant une heure dans trois-quarts 
de pince d eau , forme un bain fauve dans 
la colature duquel un gros de laine L F 
prend au premier bouillon un allez bean 
jaune-ravenelle qui , par Pébullition conti- 
nuée pendant trois heures , devient un 
muic-clair &c trcs-folide. 

La profufion avec laquelle la Nature 
nous donne cette herbe , 6c prefque en 
toutes faifons , m'a fait négliger de l'env- 
ployer deffcchée à l'ombre. Mais ayant 
obfervé que celles que les Sarcleurs laif- 
foient fur terre par petits tas , éprouvoient 
en peu de tems une fermentation {perfe, ) 
qui donnoit la couleur bleue à leurs jeu- 
nes tiges & aux nervures de leurs feuilles, 
je ne pus écarter l'efpoir d'en obtenir quel- 
que fupplément à Y Indigo. J'entrepris donc 
un long travail pendant lequel j'employai 
toutes les manières* d'exciter & de modi- 
fier cette fermentation ; mais traitée com- 
me le Pajitl , & comme VAnil , la mer- 
curiale ne réalifa aucune de ces apparen- 
ces de bleu. Après trois mois d'abandon 



2 5 * M 

de tous ces EfTais , je retrouvai un vafe 
dans lequel j'avois noyé de ces plantes dans 
beaucoup d'eau. Prefque toute Pherbe étoit 
décompofée. Un liquide jaune ôc fale fur- 
nageoit une fécule d'un gris noirâtre qui, 
brouillée avec le jus , Se le tout mis fur le 
feu , répandit une puanteur fade , nau- 
féabonde , telle que celle de la liquéfac- 
tion d'un vieux beurre rance & pourri. Un 
gros de laine L F y acquit au long bouil- 
lon une forte nuance d'olive-brune-dorée : 
aucune mauvaife odeur ne refta dans la 
laine après le lavage. 

Dans un bain pareil , je fis fondre dix 
grains de vitriol de fer , qui le tournèrent 
en vert , & la laine L F y acquit un ton 
olive- grifâtre. En ajoutant du vitriol , ce 
genre d'olive augmente d'intenfité ; mais 
ces deux moyens .font mauvais , car au 
bout d'une année ces échantillons feutrés 
avoient dégénéré en roux comme pref- 
que toutes les couleurs virées par la cou-x 
perofe. 

Merisier , ( Prunus Avium. ) Deux on- 



M 155 

ces de fon gros bois fec , hachées &c cuites 
pendant deux heures dans une pinte d'eau, 
m'ont procuré fur un gros de la'ine LF une 
riche couleur de canelle-dorée très-folide. 
Je n'ai point efTayé des brindilles de cet 
arbre en sève , mais je fuis très-perfuadé 
qu'elles donneroient de beaux produits. Ce 
grand arbre eft fi commun dans les haies 
& les bois , que l'on ne doit pas craindre 
la difette d'un pareil colorant. 

Micocoulier , ( Cdtïs Auftralïs. ) Deux 
onces de fon écorce , ou trois onces de fes 
brindilles en sève , cuites pendant une 
heure , procurent un bain jaunâtre dans 
lequel , en demi-heure fans bouillir , un 
gros de laine LF acquiert un affez joli 
jaune verdoyant , que le bouillon change 
en jaune-chamois. 

Le bois écorcé donne , en trois heures 
de bouillon , une agréable couleur de coton 
-de Siam furdoré. 

Quoique cet arbre fe plaife particuliè- 
rement dans nos Provinces méridionales , 
on l'élevé facilement de femences en Nor- 



254 M 

màndie , notamment dans les fables qui ont 

dû fond. 

MlLLEFEUILLE , ( Aclïlllea MîlUfolium. ) 

Une poignée de fes tiges fleurie^ donne un 
bain qui répand d'abord une odeur balfa- 
mique &C réfîneufe , puis celle d'une com- 
pote d'abricots ; mais la laine d'apprêt L F 
n'y prend , même au long bouillon , qu'une 
nuance olive 5 foibie & fale. 

Millepertuis , ( Hypericum Perfora- 
tion. ) Une médiocre poignée des plantes 
fleuries donne , au premier feu , un jaune- 
terne qui fe dore par une heure de bouil- 
lon , & ternit en reftant plus longuement - 
dans le bain. 

Molene 5 ( Verbafcum Phlomoïde^ ) Ses 
feuilles & tiges fleuries communiquent. à 
la laine LF, au long bouillon 5 une cou- 
leur de vigogne-jaunâtre. 

Mokelle, ( Solanum Nigrurn. ) Ses 
feuilles , tiges & fruits encore verts don- 
nent un bain olivâtre-fale dont réfulte au 
long bouillon 5 une légère nuance d'olive 
mefquine. 



M v 255 

Mousse verte. Une poignée de celle 
qui croît fur les fouches des heures , cuite 
dans une pinte d'eau , na prefque point 
coloré le bain. Un gros de laine LFy a 
pourtant acquis , en quatre heures de bouil- 
lon , une belle couleur de vigogne. 

Mufle de veau , ( Antirrhinum Majus. ) 
Une médiocre poignée de fes tiges fleu- 
ries , cuite pendant une heure dans trois- 
quarts de pinte d'eau , produit un bain 
jaune dans lequel un gros de laine LF 
prend d'abord un jaune-verdâtre , 6c au 
long bouillon , une aiïez belle nuance de 
vigogne folide. 

Mufle de veau , petit, ( Antirrhinum 
Orontium. ) Une poignée des plantes , entre 
fieur & graine 5 donne un bain fauve tranf- 
parent dans lequel , en trois heures de. 
bouillon , un gros de laine LF acquiert un 
beau mufc-doré. 

Ce bon colorant eft très-commun dans les 
champs dépouillés vers la fin de Septembre, 
& l'on peut le multiplier dans un lieu cir- 
confcrit , par l'abondance de fes graines. 



256 M 

Mûrier noir, {Morus Nîgra. ) Deux 
onces de fon gros bois fec ,. hachées Se 
cuites pendant une heure dans demi-pinte 
d'eau, teignent la laine LF en un jaune- 
opaque-olivâtre qui rélifte à tout. Je n'ai 
pas eflayé les brindilles en sève , qui doi- 
vent être aufli fort bonnes. 

Mûrier de la Chine , ( Morus Papy- 
rus. ) Trois onces des brindilles coupées de- 
puis fept jours , hachées , cuites pendant 
une heure dans trois-quarts de pinte d'eau, 
m'ont produit un bain jaune ayant l'odeur 
d'une décoction de réglifle , 6c formant 
beaucoup d'écume. Un gros de laine LF 
y a pris , même avant le bouillon, un citron 
mat , qui s'eft maintenu quelques tems , 
puis au long bouillon eft devenu d'une cou- 
leur indéterminée , efpece de piétage pour 
nuance carmélite. Le mûrier du Japon 
donne un olive-tendre. 

Myrthe d'eau , ( Myrica Gale. ) Ce 
joli arbrifleau eft très-commun dans les ma- 
rais de Jumieges, 6c fans doute dans beau- 
coup d'autres. Il peut en être tranfpîanté 

dans 



N 257 

dans tous les rerreins aquatiques. Trois 
onces de fes jeunes branches en feuilles , 
hachées &■ cuites pendant une heure 6c 
demie dans trois-quarts de pinte d'eau > 
m'ont procuré un bain aurore , & d'une 
odeur aromatique très-fuave. Un gros de 
laine L F n'y a pris , qu'au très-long bouil- 
lon , une nuance bringée de mufc poil de 
caftor , & la laine d'apprêt E , une belle 
vigogne tirant au mufc , fort unie & fo- 
lide. 



N 

IN effliek , {Mefpilus Germamca. ) Deux 
onces de fon écorce en sève , hachées , ac- 
quièrent par le contact de l'air la couleur 
éclatante de VOrpin rouge : cuites pendant 
une heure dans une demi-pinte d'eau ; elles 
procurent un bain de couleur de capucine 
dans lequel la laine LF contracte une 
nuance de canelle-tendre. La laine d'ap- 
prêt AT y devient un peu plus rofée, 

R 



258 N 

Trois onces du bois écorcé frais > ha- 
chées , donnent à très-peu-près les mêmes 
produits , mais la nuance canelle eft un 
peu plus rofée. Le mieux eft d'employer les 
brindilles au poids de trois onces. 

Trois neffles mûres, cuites dans un quart 
de pinte d'eau , teignent la laine A T en 
vigogne-dorée» 

Cet arbriiTeau eft très-commun dans les 
haies & les taillis > ou l'on peut lever les 
jeunes plants qui procèdent des graines fe- 
mées par les gros oifeaux. Ces graines ne 
lèvent qu'à la féconde année de leur dépôt 
en terre. 

Noirprun , ou Nerprun , ( Rhamnus 
Cathartïcus. ) Quatre onces de fes baies mû- 
res & fraîches , cuites dans trois quarts de 
pintes d'eau , m'ont procuré un bain du 
vert le plus intenfe de brillant ; mais la 
laine d'aucun apprêt n'a pu y perdre fa 
blancheur. J'ai vainement fait fubir à ce 
bain divers degrés de fermentation. Ce- 
pendant il eft fi riche qu'il mérite des re- 
cherches nir^:~"t-o dont réfultera peur- 



N 259 

être un nouveau mordant capable de le 
fixer. 

Trois onces des branches ligneufes & 
fraîches de Nerprun , hachées &: cuites 
pendant une heure &c demie dans trois- 
quarts de pinte d'eau, produifent un bain 
approchant de celui de la gaude. Mais la 
couleur folide qu'il communique à un gros 
de laine IFeft moins intenfe & plus oli- 
vâtre. 

Trois onces dudit bois fec , avec fon 
écorce , cuites pendant deux heures , don- 
nent à un gros de laine Zf, en trois ou 
quatre heures de bouillon , une couleur 
mordorée-tanée. Une féconde mife y ac- 
quiert encore une teinte de jaune-olivâtre. 

Trois onces des brindilles fans feuilles 
( en Décembre ) , hachées Se cuites comme 
defïus , produifent un bain jaune -terne. 
Un gros de laine L F y prend une vigogne 
tranfparente qui , réabartue dans un léger 
bain de garance y devient bonne nuance de 
carmélite. 

Un gros de laine vierge , cuite en purée 

R 2 



i6o N 

claire de fiente de brebis , léchée , lavée 
&: abattue dans ce bain de brindilles de 
nerprun , y a contracté une nuance noi~ 
fette-olivâtre , unie & folide. 

On ne doit pas être inquiet de la mul- 
tiplication de cet ingrédient 5 très-commun 
dans les haïes & les bois-taillis. Les fruits 
6c les marcottes féconderont les foins du 
Cultivateur dès que 1 emploi y attachera 
une valeur vénale.. 

Nez coupe , ( Staphyka Pinnata. ) Trois t 
onces de fes brindilles en feuilles , hachées 
& cuites , donnent un bain jaune-pale cjui # 
au très-long bouillon, communique à un 
gros de laine L F une nuance de canelle- 
tendre, brillante- Se folide. Cet arbriflèau 
végète vigoureufement dans toutes efpeces 
de terreins qui ont du fondj il fe multi- 
plie par (es femences , marcottes & dra- 
geons. ■ 

Noyer commun ,( Juglans Regia. ) 
Deux onces d'écorce de [es racines féches, 
pulvérifées y cuites dans trois quarts de pinte 
d'eau pendant une heure & demie , m'ont 



N iG\ 

donné une couleur de caftor bien folide fur 
un tiros de laine L F. 

Trois onces d'écorce fraîches de fes bran- 
ches , traitées de même , donnent à un gros 
de ladite laine , en trois-quarts d'heure de 
teinture fans bouillir , £c un quart-d'heure 
de bouillon , un beau jaune-olive-doré. 
Une féconde mife dans le déchet y ac- 
quiert, en bouillant , un brun-doré, riche 
de folide. 

Deux onces des coquilles féches de noix, 
brovées & cuites pendant une heure & de- 
mie dans une demi-pinte d'eau , commu- 
niquent a la même laine , en trois heures 
de teinture au bouillon , une belle couleur 
de vigogne bien ailurtx. 

Trois onces des feuilles , cueillies en 
Août , hachées &c cuites dans trois-qiiarts 
de pinte d'eau , procurent , en trois heures 
de teinture , un bon mule-doré : les feuil- 
les tombées par leur maturité donnent un 
mufe moins doré. 

Les chatons , ou fleurs maies , tombées 
après la fécondation , donnent au/fi d'abord 

R3 



162 N 

un jaune-olive , puis au long bouillon , un 
mufc-clair. 

Trois onces de l'écorce épaifTe du gros 
bois coupé depuis quatre mois & laifTe fur 
terre , étant hachées & cuites pendant une 
heure dans trois-quarts de pinte d eau , 
m'ont procuré un bain jaune-doré dans 
lequel la laine , & fur-tout le drap blanc 
d'apprêt LF y ont acquis en demi-heure de 
bouillon , un fuperbe mufc-doré , puis au 
long bouillon un bon mufc-brun. C'eft une 
excellente bruniture &: bien aifée à fe 
procurer en prévenant les Charpentiers 
& Menuifiers de conferver à part cette 
groffe écorce des noyers qu'ils font ex- 
ploiter. 

J'ai fait mention à la lettre B des refTour- 
ces en ce genre que m'a procuré le Brou 
de la noix non fermenté. D'où Ton peut 
induire que toutes les parties de ce bel 
arbre font utiles en teinture. 

Noyer noir de Virginie , {Juglans 
Nigra. ) Cette efpece, encore peu commune 
en Normandie , eft facile à multiplier par 



les noix que l'on tire de Philadelphie èc 
qui lèvent bien. Le prompt accroifTement 
de ce bel arbre , l'élégance annoncée des 
veinures de fon bois , & le détail ci-après 
de fon utilité en teinture , compenferont 
tôt ou tard la médiocrité de fon fruit. L'on 
fe déterminera d'en former des maffifs &C 
des futaies dans les terreins marneux. 

Trois onces d'écorce fraîche enlevée 
fur une branche de deux ans , hachées de 
cuites pendant une heure & demie dans 
trois-quarts de pinte d'eau , ont répandu y 
en cuifant, une forte odeur de brou de 
noix commune. Un gros dfe laine L F y a 
pris, en trois heures de bouillon, une belle 
couleur puce-violante & inaltérable. 

Deux onces feulement de cette écorce, 
dans la même quantité deau , ont exhalé y 
en cuifant , une odeur de gérofle , & com- 
muniqué en trois heures, à un gros de la 
même laine , un brun-violet. Une féconde 
mife dans le déchet a acquis une nuance 
mélangée de terre de Bologne & de ftil de 
grain bien folide. 

* 4 



264 O 

Les brindilles fans feuilles ne donnent 
qu'un mufc-foncé. 

Une poignée des feuilles donnent , au 
long bouillon , la même teinte bien afïurée. 



O 

\yz i E r à fleurs fimples , ( Viburnum Opu- 
lus. ) Trois onces de fes branches & brin- 
dilles en sève , cuites pendant deux heures 
dans une pinte d'eau*, répandent une défa- 
gréable odeur 5 telle que celle de la colle 
de Flandres qut? Ton feroit fondre. Un gros 
de laine IF, abattu dans la colature de ce 
bain , y acquiert , en trois heures de bouil- 
lon , une couleur^ce , preCque prune , bien 
folide. 

Le même poids des mêmes , employées 
lèches , n'a procuré qu'une couleur i de 
mufc : cela annonce le grand rôle que la 
préfence de la sève joue ici. 

Les jolis fruits rouges de l'obier , au 
poids de trois onces 3 cuits pendant une 



O 265 

heure dans trois-quarts de pince d^eau , 
m'ont procuré un bain couleur de rofe 
dans lequel de la laine ce du drap d'apprêt 
IF, au poids d'un gros , ont acquis 5 en 
trois heures de bouillon , un beau mufc- 
doré qui réiifte à douze heures d'immerfion 
à froid dans Teau de lavon &ç dans le vinai- 
gre ; mais le bain exhaloit une odeur de 
colle-forte qui ne feroit pas lupportable en 
grand; Cet arbriiïeau efl: très-commun dans 
les taillis. 

Les brindilles de X obier à fleurs doubles 
f pelotes de neige ) , traitées comme les 
autres y répandent la même puanteur, mais 
ne procurent qu'une couleur mufe folide. 

Œil de Christ à fleurs gris- de-lin , 
( Afier Ame/lus. ) Trois onces de (es tiges 
fleuries , féchées à l'ombre , cuires dans 
trois-quarts de pinte d'eau pendant une 
heure & demie , produifent uri baip jaune- 
fauve aflez foncé. Un gros tine L l\ y 
abattu , a pris d'abord un j^une agréable, 
puis , au long bouillon , un jaune-ravenelle 
très-tranfparent. Comme cette plante vi- 



266 O 

vace trace beaucoup , un fi bon ingrédient 

eft facile à multiplier. 

Œil de bœuf , {Anthémis Tinàoria.) 
Une médiocre poignée de la plante en 
fleur donne un bain dans lequel au premier 
bouillon un gros de laine L F contracte un 
jaune-aurore , oufouci , qui fléchit au favon 
& au vinaigre. La longue ébullition le 
change en une olive-claire, ou jaune-d'om- 
bre-verdâtre folide , mais peu recomman- 
dable. 

(Eillet-d'Inde , ( Tagetes Patula. ) Une 
médiocre poignée de fes feuilles & tiges y 
commençant à fleurir, broyée dans un mor- 
tier y ôc cuite pendant une heure dans trois- 
quarts de pinte d'eau , m'a procuré un bain 
qui , en demi-heure entre chaud & bouil- 
lon, a coloré en beau jaune-citron un gros 
de laine d'apprêt E. Une féconde mife de 
demi-gros de la même laine n ? a pris dans 
le déchet , au long bouillon , qu'une bru- 
niture de jaune-terne. 

Olivier , ( Olea Europœa. ) Trois onces 
de fes brindilles en feuilles ( le 14 Décem- 



o %èj 

bre ) hachées & cuites pendant une heure 
6c demie dans trois-quarts de pinte d'eau , 
produifent un beau bain jaune-mufc qui > 
même en un qjaart-d'heure de bouillon , ne 
communique à un gros de laine L F, qu'un 
citron-clair & peu brillant. Le déchet pouffé 
à bout donne un jaune mat &L terne. 

Olivier de Perse ou de Bohême 5 
( Elcagnus Augujiifolïa. ) Trois onces de 
fes brindilles en feuilles , traitées comme 
celles de Polivier ci-deffus , ont , en trois 
heures de teinture , communiqué à un 
gros de laine ZFla plus agréable nuance 
de noifette un peu violante , ôc qui s'em- 
bellit encore au feutrage &c au vinaigre. 
Cet arbre , qui n'exige aucune culture , 
ne craint point nos hivers ; il pouffe vigou- 
reufement même dans les fables , 6c fe 
multiplie par marcottes 6c même par bou- 
tures. 

Oranoer , ( Citrus Aurantium. ) Une 
once des brindilles 5c feuilles féches de cet 
arbre hachée 6c cuite dans une demi-pinte 
d'eau y m'a procuré un bain jaune-fauve de 



i63 O 

grande efpérance. Cependant la laine L F 9 
même en quatre heures de bouillon , n'y 
a pris qu'un jaune mat ôc verdâtre. 

Autant du gros bois , traité de même, 
communique une nuance de Nankin- 
clair. 

Un bain pareil , avec addition de quatre 
gros de baies féches de bourdaine , ren- 
force les nuances ci-deflus fans les décider. 

Un gros de laine LF ^ teinte en bain 
d'une once Se demie de ces brindilles &z 
feuilles féches , puis réabattu dans un bain 
de garance de de baies féches de bour- 
daine , acquiert un ton de carmélite , mais 
peu chatoyant. En général l'oranger pro- 
met, en teinture , beaucoup plus qu'il ne 
donne , & il faut en avoir effayé pour n'ê- 
tre pas réduit par la belle couleur jaune 
de fon bois. L'écorce fraîche de [es fruits 
mûrs communique à la laine LF une cou- 
leur orangée terne. 

Origan , ( Origanum bulgare. ) Une mé- 
diocre poignée de la plante fleurie donne 
un bain olive foncé ; mais , malgré le long 



O 1G5 

bouillon , la laine LF ri y acquiert qu'une 
nuance de mufc. On a pourtant imprimé 
que cette plante teignoit en beau rouge. 

Orme, ( Ulmus Campefiris. ) Trois onces 
de première 6c féconde écorce de l'efpece 
à petites feuilles , dépouillées d'une bran- 
che coupée le premier Mars 5 hachées 2c 
cuites dans trois-quarts de pinte d'eau , 
m'ont procuré un bain crès-mucilagineux , 
d'une odeur de fyrop de pommes , de fa- 
veur fucrée-amère , de la couleur du plus 
fort cidre doux, £c fufceptible de fermen- 
tation vineufe. Un gros de laine d'apprêt 
LF n'y a point acquis le jaune intenfe qui 
fembloit promis 5 mais au long bouillon 5 
un affez beau mordoré. Le bois écorcé 
donne encore une allez belle nuance de 
noifette. 

Dans une pinte &£ un quart, ou foixante 
pouces cubes d'eau de puits , j'ai fait cuire 
pendant une heure ( le 10 Décembre ) trois 
onces de première & féconde écorce d'u::e 
branche d'orme mâle coupée depuis huit 
jours. Le bain efb devenu de couleur de 



2JO O 

vin rouge très-vieux & un peu jauniffant. 
Après l'avoir coulé , j'y ai abattu trois gros 
de laine & lainages : favoir ; 

Laine & étoffe d'apprêt 
E , bon pour rouge , y ont 
acquis une nuance de . . . vigogne canelle. 

Laine E , cauftique por- 
tant au glaucium .... vigogne dorée. 
Id. LF . . . . une couleur équivoque. 
Dans une pinte d'eau, j'ai fait cuire pen- 
dant une heure une once d'écorce d'orme , 
une once d'écorce de bouleau , &c dix-huit 
crains de garance. Le bain coulé , j'y ai 
abattu deux gros de laine & efpagnolette 
d'apprêt E , qui y ont acquis une belle 
teinte de canelle-rougeâtre. 

Dans une pinte d'eau , j'ai fait cuire 
pendant une heure une once d'écorce d'or- 
me j quatre gros de baies féches de bour- 
daine , &C quatre gros de paille féche de 
farrazin. 

Un gros de la laine & étoffe d'apprêt E 
y a pris un jaune-ravenelle tendre 6c bien 
tranfparent. 



O 271 

Un gros de laine d'apprêt LF y un joli 
jaune-ravenelle un peu plus intenfe. 

Les brindilles de l'orme procurent à très- 
peu-près les mêmes couleurs que fon écor- 
ce , ainfî l'on ne doit pas craindre la rareté 
de cet ingrédient. 

Okpin , ( Sedum Telepkium.) Une petite 
poignée de fes tiges, en fleurs, m'a donné 
un bain gris-de-lin dans lequel la laine 
d'apprêt E a pris une nuance de noifette- 
Nankin clair , très-unie. 

Orceille des Canaries. On connoît 
dans tous les Atteliers de Teinture la fuga- 
cité des riches couleurs que cette compo- 
fition fournit. J'en ai fixé à peu-près quel- 
ques nuances par les procédés ci-après. 

Dans un tiers de pinte d'eau , j'ai fait 
cuire un demi-gros d'orceille telle qu'on 
la vend dans le commerce. Le bain coulé, 
j'y ai abattu un gros de laine d'apprêt AT y 
qui y a pris un lilas-violet. Cette laine fub- 
mergée pendant une demi-heure dans le 
vinaigre , y eft devenue colorée d'un rouge- 
clair aiïez vif, puis repaflee en eau de fa- 



2 7 1 O 

von à froid &; au feutrage , a été viré en 
un rofe charmant , &: que j'ai cru inalté- 
rable. Mais ce feutre gardé pendant deux 
années , partie à Pair , partie enveloppé 
dans du papier , à un peu violacé. Néan- 
moins comme la plupart des couleurs élé- 
gantes de nos Draperies font encore moins 
affurées , je fuis perfuadé qu'on tireroit 
grand parti de celle-ci en habits de fêtes 
pour les jeunes gens. Si l'action du Foulon 
violaçoit trop les nuances , on y remedie- 
roit en paffant les draps foulés dans un 
bain froid acidulé qui leur rendroit de la 
vivacité , puis le travail des apprêts ache- 
veroit de les rétablir en rofe. 

Comme le vinaigre feroit un avivaee 
trop difpendieux en grand , j'ai fait un nou- 
veau bain d'un gros d'orceille cuit dans 
deux tiers de pinte d'eau. Deux gros de 
laine d'apprêt A T\ abattus dans fa cola- 
ture 3 en font fortis teints d'un beau ton un 
peu plus violet que lilas. Cette laipe fub- 
mergée pendant une heure dans de l'eau 
froide acidulée par l'huile de vitriol , juf- 

qu'au 



O z 73 

qu'au degré du fort vinaigre , s'y eft bien 
avivé , & le feutrage lui a donné le même 
ton rofe brillant du premier EfTai. 

Defirant v/rerainfil'orceille dans la chau- 
dière même , j'ai fait un bain de trois quarts 
de pinte d'eau dans lequel au bouillon , j'ai 
projette trente-fix grains de crème de tartre 
en poudre. Après qu'elle a été fondue , j'ai 
calmé le bouillon pour y verfer trente-fix 
grains d'huile de vitriol délayée dans un 
demi-verre d'eau tiède , & j'y ai fait cuire 
trente-fix grains d'orceille deflechée & pul- 
vérifée. Ce bain coulé , j'y ai abattu qua- 
rante-huit grains de laine A T qui , après 
trois-quarts-d'heure , en eft fortie parfaite- 
ment teinte en rofe folide au feutrage 6c 
au vinaigre. Les laines d'apprêt L F & E 
rofent auiîi , mais d'un ton beaucoup moins 
brillant que la laine A T. 

En variant le poids de l'orceille on ob- 
tient diverfes nuances depuis la lie de vin> 
jufqu'à la rofe d'églantier des haies. L'a- 
grément & le bon marché de ces cou- 
leurs doivent engager à chercher de nou- 

S 



274 ° . 

veaux moyens de les aiïlirer parfaitement. 

L'orceille eft encore un intermède &: 
moyen de réunion entre les divers ingré- 
diens qui entrent dans la teinture des cou- 
leurs nommées carmélites pour en prévenir 
les brinjures. Ceft de M. Van-Robais l'aîné 
que je tiens cet avis , ddfat je lui fais hom- 
mage. 

On m'a afïuré que les Anglais teignoient 
d'abord en orceille les laines qu'ils defti- 
noient à la cuve-d'Inde , & que c'eft de-là 
que procède le chatoyant de leurs bleus 
foncés. 

Ortie , grande, ( Vrtica Dioïca. ) Ses ra- 
cines produifent un bain d'un jaune agréa- 
ble ; cependant la laine L F y prend à peine 
une légère nuance de paille , quart de 
citron , mais douce , & qui fîéroit bien 
aux adolefcens qui ont du teint. 

Une poignée médiocre de £es tiges &c 
feuilles hachée , cuite dans trois-quarts de 
pinte d'eau pendant une heure & demie , 
donne un bain dans la colature duquel un 
gros de laine LF acquiert une bruniture 



O 2 75 

fi intenfe , qu'on y foupçonneroit une ad- 
dition de couperofe. La laine AT , en fé- 
conde mife , y prend un ton gris-brun équi- 
voque. 

Pavois traité les tiges &: feuilles de la 
grande ortie comme XAnïl y &c le battage 
en avoit féparé une fécule grife-ardoifée 
que j'avois fait fécher. Environ trois mois 
après y je pefai deux gros de cette fécule , 
réduite en poudre , & les fis cuire très- 
doucement dans un tiers de pinte d'eau. 
Ce bain exhala bientôt l'odeur d'une cuve- 
d'Inde en travail. J'y abattis de l'efpagno- 
lette d'apprêt L F & de la laine A T. Com- 
me je teignois à la chandelle , la faufïe 
lumière &. l'imagination exaltée par cette 
odeur, me firent croire y voir des nuances 
de bleu ; mais le lendemain le jour me 
détrompa. Je ne trouvai fur l'étoffe LF 
que la bruniture que m'avoit procuré déjà 
la plante fraîche , & fur la laine AT> qu'un 
jaune-verdâtre & indéterminé. 

J'ai broyé de cette même fécule ,&: j'en 
ai monté une petite cuve à froid y mais 

S i 



étant raflife , elle ne m'a donné qu'une li- 
queur de couleur de citron , & fans éner- 



gie à froid. 



En ajoutant à ce liquide un tiers d'eau , 
je l'ai fait chauffer &t j'y ai abattu de la • 
laine préparée par le fel de bifmuth , ce 
qui rentre dans l'apprêt LF , mais elle y a 
totalement fondu : fans doute que la leffive 
& la chaux employées dans la compofîtion 
de la cuve s'y font , malgré la couperofe 
& l'addition d'eau , trouvées encore en 
proportions fuffifantes pour difToudre cette 
laine. 

Ortie grièche , ( Urtica Urens. ) Une 
médiocre poignée des tiges &: feuilles , 
broyées dans le mortier de marbre & cuite 
dans trois-quarts de pinte d'eau , m'a pro- 
duit un bain peu riche dans lequel la laine 
L F n'a pris 5 même au long bouillon , qu'un 
mufc-olivâtre &c terne. 

J'ai haché & meurtri dans le mortier 
une affez grande quantité de feuilles & 
tiges d'ortie grièche ( en Juin ) , & j'en ai 
formé un tas pour les laiffer fermenter per 



O 277 

fe , pour éprouver s'il s'y développeroit de 
l'alkali volatil urineux comme dans Ylfads 
ou Pajiel , mais il n'en a point été quef- 
tion. La fermentation eft bientôt devenue 
putride , & un bain que j'en ai formé m'a 
donné , fur laine L F , encore moins de 
couleur que la plante fraîche. 

Oseille , ( Rumex Acetofa. ) Trois onces 
des racines , bien lavées , broyées &c cuites 
pendant deux heures dans une pinte d'eau, 
m'ont produit un bain très-coloré , dans le- 
quel un gros de laine d'apprêt LF a pris , 
au long bouillon 3 un bon mufc-doré ; mais 
la laine y contracte de la dureté , ou afpé- 
rité , comme dans le bain d'écorce d'aune. 

Osier jaune, ( Salix Vuellina.) Deux 
onces de fes brindilles hachées , cuites dans 
trois-quarts de pinte d'eau pendant une 
heure &C demie , donnent d'abord à un gros 
de laine L F un beau jaune qui , en trois 
heures de bouillon , devient un riche mor- 
doré. 

Osier Tleurt , ( Epilobium Anguflifo- 
lium. } Une poignée de fes tiges en fleur % 

s 5 



Z7S P 

hachée &C cuite dans trois-quarts de pinte 
d'eau , m'a procuré un bain jaune-gris trou- 
ble, dans lequel un gros de laine LF a pris, 
au long bouillon , une belle nuance de 
vigogne-dorée. Tous les bois en fonds un 
peu fec font pleins de cette plante vivace. 



i aille de froment. Une once de cette 
paille nouvelle , c'eft-à-dire, de la dernière 
moifTon , hachée &c cuite dans une demi- 
pinte d eau pendant une heure , a procuré 
un bain fauve. Un gros de laine A T y a 
pris , au long bouillon , une jolie nuance 
de vigogne-dorée. Réabattue dans un bain 
de dix-huit grains de garance , autant de 
fumac , &c une goutte de diiTolution de fer, 
elle y a acquis le vrai ton de carmélite. 

Palaia Chkisti , ( Rïcinus Commuais. ) 
Ses feuilles & fes épis , encore verts ^ don- 
nent un bain jaune, dans lequel la laine LF 
ne prend d'abord qu'un citron-terne , & au 



p 2 7 5> 

long bouillon, un jaune-d'ombre bien folide, 
Panais , ( Pafiinaca Sauva. ) Trois onces 
de fes tiges fleuries , hachées &c cuites pen- 
dant une heure dans trois-quarts de pinre 
d'eau , procurent un très-riche bain olive. 
Un gros de laine d'apprêt L F y acquiert 
d'abord une couleur opaque de citron , 
puis , en trois heures de bouillon , une belle 
vigogne-dorée. Ce bain , vers fa fin , exhale 
autant l'odeur de la tubéreufe , que celui 
des feuilles du figuier. 

Pariétaire 5 ( Parïetaria Officinalis. ) 
Une médiocre poignée de Ces feuilles &: 
tiges fraîches , cuite dans trois-quarts de 
pinte d'eau ., produit un riche bain jaune- 
olive. Cependant la laine LFny prend au 
long bouillon , qu'une bonne bruniture 
gris-foncé-olivâtre. 

Pas se-Rage , ( Lepidium Latïfolium. ) Ses 
tiges Se feuilles donnent un bain jaunâtre 
qui fent beaucoup l'infufion ou décoction 
de creiïbn de fontaine ; mais les laines de 
tous apprêts s'y font uniquement falies en 
jaunâtre, 

s 4 



Ua P 

Patience aquatique , ( Rumex Aquati- 
dus. ) Deux onces de fes racines fraîches, 
bien lavées , broyées dans le mortier de 
marbre & cuites pendant une heure dans 
trois-quarts de pinte d'eau , m'ont produit 
un bain jaune. Un gros de laine d'apprêt 
LF y a pris, en trois-quarts d'heure de 
teinture fans bouillir, un beau jaune un 
peu rofant , & au long bouillon , une nuance 
olivâtre , gaie &£ folide. Si l'on y jette quel- 
ques gouttes de difTolution de fer , cet 
olive devient plus intenfe. 

Patience des champs &c jardins, (Rumex 
Patientia. ^ Vers la fin de Mai y je trouvai 
dans les chemins beaucoup de ces racines 
qu'on avoit arrachées en fardant les grains. 
Le foleil , en les deffechant , avoit coloré 
leur fuperficie d'une nuance rougeâtre dont 
j'efpérai quelque avantage ; cependant la 
laine L F n'a pris dans ce bain très-fort , 
qu'un mufc-foncé folide. 

Patience à nervures pourpres, ) Rumex 
Sanguineus. ) Trois onces de la plante en- 
tière , hachées ou broyées , de cuites daris 



p 181 

trois-quarts de pinte d'eau , m'ont donné 
un bain jaune-fauve dans lequel un gros de 
laine LF a contracté , au long bouillon > 
un afTez beau mufc qui réfifte pendant fîx 
heures à la double épreuve du favon 6c du 



vinaigre, 



Pavot noir, ( Papaver Nigrum. ) Une 
poignée des feuilles te tiges des jeunes 
plantes , non encore en boutons, produit 
un bain dans lequel un gros de laine L F 
ne prend , au long bouillon , qu'une teinte 
de noifette-olivatre. 

Les feuilles vertes du pavot prêt à fleurir, 
macérées pendant une année avec de la 
chaux-vive 8t de l'urine,, puis délayées dans 
de Peau pour en former un bain , ont teint 
un gros de laine d'apprêt LF en une véri- 
table couleur d'olive ; mais l'excès d'alkali 
a beaucoup énervé cette laine, Il convient 
eiïayer de s'en fervir plutôt ou en moindre 
quantité. 

Peigne de Vénus , ( Scandlx Pecîen 
Vcneris. ) Une poignée médiocre de ces 
plantes ; en graines vertes , hachçe 6c cuite 



z8i P 

pendant une heure dans trois-quarts de 
pinte d'eau , m'a procuré un bain fauve qui 
fentoit l'odeur d'une compote de pommes. 
Un gros de laine d'apprêt LFy a pris, en 
une demi-heure fans bouillir , un citron- 
clair qui s'intenfe fans ternir en deux heures 
de bouillon. La laine E > abattue dans le dé- 
chet, y acquiert un citron-clair plus brillant, 
mais qui perd de fon éclat au bouillon. 

Dans un nouveau bain de cette plante , 
j'ai abattu en première mife un gros de 
laine d'apprêt E 5 qui n'a pris qu'un jaune- 
terne. La laine L F femble y mieux conve- 
nir en première mife. 

Pensée , ( Viola Trïcolor. ) Les pétales 
violets de cette jolie fleur écrafés fur le 
linge l'impriment , comme l'on fait , d'un 
beau bleu-violet qui ne réfiite à aucune 
épreuve. Une once de ces mêmes pétales, 
cuits dans un tiers de pinte d'eau, m'a pro- 
curé un joli bain bleu-tendre ; mais la laine, 
de quelque apprêt qu'elle fût imprégnée , 
n'y a rien acquis ,, même au bouillon , qui 
a viré ce bain en un vert-fale. 



p 2S3 

Une poignée des feuilles & tiges fleu- 
ries , cuite pendant une heure dans trois- 
quarts de pinte d'eau 5 a produit un bain 
très-vifqueux , &£ qui , d'abord un peu 
bleuâtre , eft devenu d'un vert-foncé. Un 
gros de laine LF y a pris un jaune-verdâ- 
tre , efpece d'olive-tendre & native. 

Cette laine enlevée , j'y ai abattu en 
féconde mife de celle d'apprêt F y qui y a 
contracté un petit-jaune tranfparent. Une 
troifieme mife de la même laine F n'a pu 
acquérir au long bouillon qu'un jaune- 
terne-olivâtre. 

J'ai mis fermenter dans Peau certaine 
quantité de ces plantes , & quinze jours 
après , j'en ai fait divers bains dans lef- 
quels 

La laine E , en trois-ciuarts-d'heure de 
bouillon , a acquis un jaune-verdâtre très- 
joli. 

La laine LF \ idem y un jaune-foncé. 

La laine L F . en féconde mife & au lone 
bouillon , une nuance d'olive-claire & tranf- 
parente. 



284 E 

Cette plante , facile à multiplier par Tes 
graines , peut un jour être très-utile. 

Une variété nommée par Vaillant ^Kiola 
Rothomagenjïs , à caufe que tous les envi- 
rons de Rouen en font jonchés , m'a donné, 
en l'employant fraîche , un bain jaune auffi 
mucilagineux que celui de la Kiola Tri- 
color. 

La laine L F y a pris , en une heure de 
bouillon , un beau jaune. 

La laine E ^idem , un jaune-mat. 

Dans un bain des mêmes plantes fer- 
mentées > un gros de laine LF a contracté 
un jaune-verdâtre très-agréable ; mais , en 
bouillant , ce bain a répandu une puanteur 
qu'on ne pourroit pas fupporter dans un 
travail en grand. Il faut donc , jufqu'à ce 
qu'on y ait trouvé un remède , fe bor- 
ner à employer cette variété fraîchement 
cueillie. 

Periploca GrjEca. Trois onces de fes 
farments ( en Janvier ) 5 hachées & cuites 
dans trois-quarts de pinte d'eau , procurent 
un bain jaune-olive qui communique d'à- 



p 285 

bord a un gros de laine LF un jaune-ra- 
venelle-opaque ; puis au long bouillon , un 
mufc-clair-doré, efpece de vigogne. 

Persicaire y ( Polygonum Perficaria. ) 
La plante entière , hachée &: cuite , donne 
un bain trouble , jaune-grifaille , dans le- 
quel , entre chaud & bouillon , la laine LF 
acquiert une jolie nuance olivâtre , que le 
bouillon ternit &c fait grifailler. 

Persicaire _, grande , ( Polygonum 
Orientale. ) Deux onces de Tes belles fleurs 
incarnates , cuites pendant trois -quarts- 
d'heure dans une demi-pinte d'eau , n'ont 
produit qu'un bain jaune. Un gros de laine 
d'à rêt L F , en demi-heure fans bouillir, 
y a contracté un jaune-doré qui bringe un 
peu , réfift? au favon & fléchit au vinaigre ; 
mais le long bouillon le change en jaune- 
ravenelle folide aux deux épreuves. 

Persil de montagne , ( Athamanta Ll- 
banotls. )La plante fraîche, hachée & cuite, 
donne un bain jaunâtre très-aromatique. 
La laine LF n y prend qu'au long bouillon 
un joli mufc-olivâtre. 



2% 6 P 

PERVENCHE,grande ? ( Vinca Major.) Ses 
farments en feuilles ( en Janvier) au poids de 
trois onces, hachés, cuits pendant une heure 
dans trois -quarts de pinte d'eau , m'ont 
donné d'abord fur laine L F un citron- 
terne , que le long bouillon a monté au 
ton de vigogne-dorée folide. 

P Ê c H E r , ( Amygdalus Pcrflca. ) Deux 
onces des jeunes branches que le Jardinier 
retranchoit à la taille , hachées & cuites 
pendant une heure dans trois -quarts de 
pinte d'eau , m'ont procuré fur un gros de 
laine LF > au long bouillon , une nuance 
de canelle-claire. Le bain exhaloit une vive 
odeur d'amandes ameres. 

Le bois de vingt noyaux de pêches , 
concaffe ôC cuit pendant deux heures dans 
une pinte d'eau , produit un bain rofé qui 
fent bien l'odeur de la vanille. Un gros de 
laine d'apprêt LFy acquiert, en trois heu- 
res de bouillon, un Nankin riche, ou mufc 
un peu rofé , bien folide. 

Peupliez d'Italie , ( Populus Pyrami- 
dalis. ) La découverte des propriétés tine- 



p 287 

toriales de cet ingrédient eft celle qui m'a 
le mieux récompenfé de mes foins. Il réu- 
nit en effet l'éclat , la folidité du plus beau 
jaune-doré à la facilité de fon extraction y 
ù fon aptitude pour entrer dans toutes les 
couleurs compofées , ainfi qu'à l'économie. 

On fait que fur dix boutures plantées en 
terreins frais , il en reprend au moins neuf, 
qui en vingt années forment des arbres qui 
valent alors plus que le fonds fur lequel ils 
font excrûs. L'avantage eft double fi le 
Propriétaire a pu les attendre trente an- 
nées y puifque alors ils peuvent former 
toutes les pièces de charpente des bâtimens 
ehampêtres. 

Dans l'intervalle notre Art aura payé 
annuellement les jeunes branches qu'il re- 
clame , &: dont on peut couper au moins 
la quatrième partie fans nuire à l'accroif- 
fement de la tige. Lors même qu'on vend 
la futaie , fî on l'abat à coupe blanche 3 on 
fe forme un taillis dont on pourra vendre 
la dépouille chaque année , & fe faire ainfi 
un revenu confidérable dont l'acquifition 



283 P 

n'aura rien coûté. La plupart des individus 
de la famille des Peupliers nous offrent à 
peu-près les mêmes avantages , ainfl qu'on 
le verra dans le détail de mes Expériences. 

J'ai commencé , comme à l'ésard de 
prefque tous les arbres , par le moyen 
deftru&eur d'employer l'écorce fraîche du 
peuplier d'Italie. Une once èc demie de 
cette fubftance , prife au mois de Février , 
hachée , cuite doucement pendant une 
heure dans trois-quarts de ' pinte d'eau , 
m'a procuré un beau bain citron. Un gros 
de laine d'apprêt LF,y abattue, a pris, 
en demi-heure entre chaud & bouillon , 
un très-beau jaune-doré , prefque aurore > 
de la plus grande folidité , tant au favon 
du feutrage, qu'à fix heures d'immerfion 
dans le vinaigre. 

Deux onces du bois écorcé 3 hachées Se 
cuites , donnent , au long bouillon , de 
bonnes nuances de noifette , de Nankin 
& de mufe. 

Deux onces de brindilles en jeunes 
feuilles (en Avril) , hachées èc cuites pen- 
dant 



P iS 9 

dant une heure dans trois-quarts de pinte 
d'eau , m'ont procuré fur un gros de laine 
L Fj en demi-heure de teinture fans bouil- 
lir, un jaune encore plus jonquille &: auffi 
folide. 

Un peu de garance féche , ajoutée à ce 
bain , donne , au bouillon 5 une fuite de 
marons rouçeâtres fort agréables & folides. 

Un quarante-huitième du poids du peu- 
plier, en garance fraîche écrafée , ajouté 
à un nouveau bain , procure un bel aurore- 
canelle. 

L'unique défaut de ce jaune eft de ne 
point prendre un vert franc dans la cuve- 
d'Inde , mais une nuance olive , à caufe de 
quelques atomes de rouge qui font partie 
de (on efTence. 

Cherchant à réduire la quantité de cet 
ingrédient , je n'ai pris que fix gros des 
brindilles fraîches qui , hachées & cuites 
dans une demi-pinte d'eau 3 m'ont procuré 
fur un gros de laine d'apprêt C, un jaune- 
ravenelle un peu mat. J'ai ajouté au déchet 
un peu de garance féche, & la laine 5 y 

T 



2 9 P 

réabattue , a contracté un bon mordoré. 

Dans un bain pareil de fix gros de brin- 
dilles fraîches hachées , j'ai abattu un gros 
<le laine d'apprêt E qui y a pris fubitement, 
entre chaud 8c bouillon , un très - beau 
jaune-doré bien égal , &; beaucoup plus 
brillant que fur la laine LF. J'aurois pu 
l'enlever après cinq minutes , mais je l'y 
ai laiiïee pendant quinze fans qu'elle ait 
terni. Cette belle couleur réfifte à toute 
épreuve de favon &c de vinaigre. Il faut 
dans ce procédé n'abattre la laine qu'au 
bain tout-à-fait tiède , & la travailler dili- 
gemment ; car elle prend couleur avec une 
promptitude finguliere. 

Un gros de laine piétée en bleu à huit 
fols , puis réapprêtée LF \ abattue dans un 
bain de fix gros de brindilles fraîches , a 
contracté un joli & très-folide vert-tendre 
un peu olivâtre. 

Un gros de laine d'apprêt E teinte en 
fix gros de brindilles fraîches y réabattue 
dans un bain de quatre gros de baies fé- 
ches de bourdaine , devient d'une belle 



p 291 

nuance de ronce d'Artois bien chatoyante. 

En portant le poids du peuplier jufqu a 
huit gros, & celui des baies féches jufqu'à 
fix , on obtient fur un gros de laine d'ap- 
prêt E une belle couleur de ravenelle- 
maure , tranfparente &c folide. 

Huit onces de laine d'apprêt LF ont été 
teintes dans un bain de quatre livres de 
brindilles fraîches , hachées , cuites dans 
huit pots d'eau , qui leur a communiqué 
un beau jaune-jonquille folide, mais légè- 
rement inégal. Cet inconvénient a depuis 
été prévenu en abattant la laine dans le 
bain prefque froid pour fe ménager le loi- 
fir de la bien ouvrir & travailler. 

Huit onces de laine de cet apprêt ont 
été teintes de même , puis réabattues dans 
un bain de trois livres de baies féches de 
bourdaine , où elles ont acquis un beau 
jaune-verdâtre chatoyant & bien tranfpa- 
rent. 

Huit onces de la même laine ont été 
teintes dans un bain de trois livres de brin- 
dilles fraîches , hachées , cuites dans fix 

T z 



2J2, P 

pots d'eau. Je les ai réabattues dans un au- 
tre de trois livres de baies féches de bour- 
daine , trois onces de garance , fix gros de 
vieille orceille féche , ÔC trente-fix grains 
de diffblution de fer, le tout cuit dans 
fept pots d'eau. Elles y ont acquis une 
bonne teinte de carmélite bien pétillante. 

Ces laines ont été envoyées à MM. Jac- 
ques & Jean-Bapiiite Grandi n , à Elbeuf, 
qui ont bien voulu les faire filer &; en fa- 
briquer des petits draps d'échantillon dont 
les couleurs fe font maintenues dans tous 
les apprêts. 

Une bourrée de ces brindilles ayant été 
oubliée fous un hangar pendant huit mois, 
j'en ai pris fix gros que j'ai hachés &c 
fait cuire doucement dans une demi-pinte 
d'eau , qui n'a pas été moins colorée ni 
moins énergique à teindre un gros de laine 
qu'un bain de neuf gros de brindilles fraî- 
ches travaillé en concurrence ; d'où j'ai 
induit , & depuis éprouvé , qu'en faifant 
ainfi fécher ces brindilles , fix poids en rem- 
placeront neuf , & occuperont un tiers 



p 293 

de moins de la capacité de la chaudière. 

Que le broiement par le moulin à cou 
teaux en fera beaucoup plus facile. 

Qu'en étendant ce bois moulu fur le 
plancher d'un grenier, &Ty remuant à la 
pelle pour en perfectionner l'exficcation , 
il fera poiîîble de l'embariller, conferver 
en lieu fcc , ou le vo'rnrer par-tout ou la 
confommation l'appellera. 

Qu'on ne fera plus obligé de confcm- 
mer dans le même jour tout ce qu'on aura 
/ait mou ire , fous peines de fermentation 
destructive de la couleur , ainfi qu'il arrive 
aux brindilles hachées fraîches. 

Qu'enfin on pourra choifir fa propre 
commodité , ainfi que celle du Mouliniez 

Cette expérience me fembla donc très- 
capable d'accréditer l'emploi de cet ingré- 
dient, admirable pour procurer des jaunes 
brillans de folides. 

Mais comme dans un travail fuivi avec 
zèle, la découverte d'un jour prépare celle 
du lendemain , je n'ai pas tardé à tenter 
l'emploi des brindilles de peuplier féches 

T 3 



2 94 P 

ou fraîches fans les hacher , & le même 
fuccès a réalifé mon efpoir. Il en réfulte 
économie de tems ^ de dépenfe & de foins. 
Le bain en eft foutiré fans embarras ; les 
bourrées cuites y retirées aifément de la 
chaudière au moyen des crochets , peuvent 
être féchées & fervir encore à chauffer le 
four à pain ; on eft indépendant du mou- 
lin &c du Moulinier ; des augmentations 
de prix que les circonftances peuvent eau- 
fer au bois jaune & à la gaude : enfin il 
en coûte moins , 6c Ton obtient une tein- 
ture beaucoup plus belle & plus affurée. 

En effet , je trouve autant qu'il me 
plaît des bourrées de branches d'une & 
de deux années de peuplier d'Italie , en 
échange contre pareil nombre de bour- 
rées de chêne , que je vends couramment 
quinze livres les cent quatre. Or, pour 
teindre les foixante livres de laine deftinées 
à la fabrication d'un drap, il faut tout au 
plus quatre cent livres de brindilles féches. 
Chaque bourrée en cet état pefe vingt-cinq 
livres ; il en fuffira donc de feize qui , à trois 



P 295 
fols chacun? , coûteront enfemble deux li- 
vres huit fols y ci i* 8 f <> 

L'apprêt E coûtera vingt-une 
livres douze fols z 1 1 1 

i4* 

Dont à déduire la valeur des 

bourrées féchées i 



Total des ingrédiens , vingt- 
trois livres, ci 13 



L'apprêt L F offnroit une éco- 
nomie de cent fols 5 



Ainfi il n'en coûteroit que dix- 
huit livres, ci 18* 



Que Ton calcule maintenant ce qu'il en 
coûteroit en gaude , en bois jaune , en 
alun pour cette même teinture , moins 
brillante &: infiniment moins folide. D'ail- 
leurs , on fait que dans la dernière guerre 
le bois jaune monta jufqu'à cinquante-cinq 
livres le quintal , et manqua même abfo- 
lument dans quelques Atteliers. 

T 4 



i 9 6 P 

Cette économie de cinq livres réfultante 
de l'apprêt L F par chaque drap , m'a fait 
chercher la poffibilité d'en obtenir le jaune 
de peuplier prefque auiîî vif que par l'ap- 
prêt E. J'y fuis parvenu en changeant feu- 
lement un peu la manipulation , 8c je crois 
ce changement généralement utile. Il con- 
iifte à projetter le tartre en poudre avant 
le bouillon , &c dès que l'eau frémiiïante 
eft feulement affez chaude pour le fondre 
avec effervefcence. Enfuite on diminue le 
feu pour verfer les folutions de bifmuth 
&; de fel marin , &: l'on n'abat la laine qu'à 
un degré de chaleur moindre que celui 
qu'on appelle vulgairement entre chaud & 
bouillon ; puis on l'y travaille ainfi pendant 
une heure , au lieu de la demi-heure in- 
diquée pour l'apprêt au bouillon. 

La laine de ce nouvel apprêt a dépouillé 
prefque fubitement un bain de fîx fois fon 
poids en brindilles féches. Elle en eft fortie 
plus douce , & je crois que dans l'opéra- 
tion en grand , elle feroit moins fujette à 
bringer , parce qu'elle a été plus lentement 



p 197 

6c plus également imprégnée des terres 
métalliques & minérales de l'apprêt. 

Soit qu'on l'emploie en premier bain * 
comme pie 3 foit en dernier, comme glacis^ 
notre peuplier a le grand mérite d'exalter 
& rendre tranfparentes toutes les couleurs 
dans lefquelles on l'admet ; telles font les 
carmélites-foncées & fauves , les manteaux 
Sainte -Thérèfe , les avanturines èc au- 
tres , dont le principal mérite eft de cha- 
toyer & d'avoir beaucoup de reflet quand 
on les regarde horifontalement. 

Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai fait 
cuire une once de brindilles fraîches & 
neuf grains de Campêche effilé. Ce bain 
coulé, j'y ai abattu un gros de laine LF 
qui , en un quart-d'heure fans bouillir , a 
pris une nuance d'olive tranfparente qui 
réfifte à vingt-cinq minutes d'immerficn 
dans le vinaigre. En doublant le poids du 
bois de Campêche l'olive eft plus foncée > 
mais également tranfparente & folide. 

Dans une demi -pinte d'eau , j'ai fait 
cuire trois gros de peuplier d'Italie fec y §C 



298 P 

dix-huit grains de Fernambouc en poudre. 
Un gros de laine LF y abattu dans la cola- 
ture de ce bain , y a pris un mordoré pé- 
tillant de jaune qui réfîfte aux deux épreu- 
ves. Cette laine réabattue dans un bain de 
trois gros de baies féches de bourdaine y 
devient encore plus chatoyante & plus 
riche. 

Ces trois derniers EfTais m'ont démon- 
tré que le peuplier d'Italie avoit 3 comme 
Técorce de bouleau y la propriété d'aiïurer 
les fécules du Fernambouc &c du Campe- 
che. Mais pour les pourpres , les cramoifîs 
& rofes y Técorce de bouleau feule ell con- 
venable , parce que moins énergique en 
colorant , elle ne les mordoré point. 

Dans une demi-pinte d eau , j'avois fait 
fondre trente-fix grains d'alun , & cuire fîx 
gros de peuplier ; mais , à mon grand éton- 
nement , le bain ne s'étoit point coloré en 
citron. En obfervant attentivement , je 
trouvai le pourtour du petit chaudron 
taché de mouchetures jaunes & féparées > 
que le tad m'indiqua être de fubftance 



p 299 

muco-réfîneufe. Leur diifolution dans le 
bain eut opéré la ceinture ; mais L % alun > 
en les ifolant & les réagrégeant ainfi 5 les 
avoit privées d'effet ; d oii je crus pouvoir 
conclure qu'il eonvenoit de le fupprimer 
de tous les bains ou l'on emploiroit le peu- 
plier d'Italie. Cela m'indiqua auffi pourquoi 
la la* îe d'apprêt ^TVacquéroit que demi- 
teinu dans ces bains de peupliers. 

J'ai fût cuire dans une demi-pinte d'eau 
quatre, gros de brindilles fraîches, qui ont 
donné à un gros de laine L F une belle 
nuance de jonquille. Cette laine réabattue 
dans un nouvea 1 bain de demi-pinte de 
vin de bourdaine & de quatre gros de fes 
baies féches , y a contracté une olive-dorée 
très-pétillante & convenable pour habit 
paré des gens âgés. 

On trouvera dans l'article Sarrasin 
beaucoup d'autres effets avantageux de cet 
excellent ingrédient. 

Peuplier noir des rivières , ( Populus 
Nigra. ) Son écorce , ou fes jeunes bran- 
ches , traitées comme celles ci-deffus , 



300 P 

donnent fur la laine L F des jonquilles 
& jaunes un peu moins brillans ; mais au 
moyen de Papprêt E , on en obtient abfo- 
lument les mêmes produits que du peu- 
plier d'Italie , quant à Péclat & à la foli- 
dite. Comme les rives & les îles de la Seine, 
&: de beaucoup d'autres rivières font bor- 
dées de ces peupliers noirs, on ne doit pas 
craindre la difette ni le renchériffement 
des moyens de teindre en jaune , quand 
même tous les Peuples de l'Europe adop- 
teraient Pufage des étoffes de laine teintes 
en cette couleur. 

Peuplier noir de Virginie , (Popu- 
lus Nigra Kirginiana. ) 

Peuplier Liart, ( Populus Balfami- 
fera. ) 

Peuplier Ypreau , ( Populus Alba. ) 

Peuplier-Tremble des bois, ( Po- 
pulus Tremula. ) 
j e prends , pour abréger , le parti d'ac- 
coler ces quatre arbres , parce que leurs 
écorces ou brindilles procurent fur laine 
LF , fans bouillir , des petits jaunes & des 



p 301 

citrons folides , qui s'ennoblifTent beau- 
coup par l'apprêt E. Leur gros bois donne , 
au long bouillon , fur les deux laines d^s 
noifettes , vigogne , Nankin , mufc , demi- 
mordorés & autres nuances férieufes , fé- 
lon la quantité du bois & la durée de l'é- 
bullition. 

Pied-de-veau , (Arum Maculatum. ) La 
décoction de fes fruits rouges donne , au 
long bouillon, fur la laine d'apprêt LF une 
jolie nuance canelle-dorée. 

Pied-de-lit , (Clinopodium vulgare. ) 
Une poignée de fes feuilles & tiges fleu- 
ries , hachée de cuite dans trois-quarts de 
pinte d'eau pendant une heure , donne un 
bain jaune-franc très -foncé. Un gros de 
laine LF y prend d'abord un jaune-doré 
qui fubfifte même après deux heures de 
bouillon 5 & finit par une riche nuance de 
merd'oie tirant au mufc. Ce bon ingrédient 
eft afTez commun dans les bois & les fri- 
ches. 

Une autre efpece de pied-de-lit , dé/i- 
gnée Thymus Acinos 5 donne 5 en commen- 



302 P 

çant à chauffer , un bain fauve que le bouil- 
lon éclaircit ; mais les deux laines n'y ont 
acquis qu'une mefquine couleur de ventre- 
de-crapaud. 

Pied-de-loup , ( Lycopus Paluflrîs Gla- 
ber. ) Ses feuilles 6c tiges fleuries m'ont 
donné un bain très-fauve-olivâtre. Les deux 
laines y ont acquis d'abord un petit-jaune, 
puis au long bouillon 3 une nuance mer- 
d'oie-olivâtre médiocre. 

Pied-d'alouette de jardin 5 ( Delphi- 
nlum Ajacis Multiplex. ) Ses feuilles &c 
tises en fleurs donnent un bain vert-ar- 
doifé qui promet , mais qui ne communi- 
que à la laine L F , même au très-long 
bouillon , qu'une foible nuance de citron- 
verdâtre. 

ViMVKE^l.Li.E J (Sanguiforèa Officinale s.) 
Toute la plante donne un bain olivâtre 
dans lequel la laine Z F prend, au long 
bouillon 5 une belle nuance de mufc qui 
réfifte pendant douze heures aux deux 
épreuves. 

Pin résineux , ou des Landes de Bor- 



* 303 

deaux , ( Pînus Manama. ) Trois onces de 

fes feuilles vertes , en cuifant pendant une 
heure dans trois-quarts de pinte d'eau , 
répandent la même odeur qu'une décoc- 
tion d'ofeille. Dans leur bain, d'un jaune- 
clair , la laine L F contracte , fans bouillir, 
un joli citron folide , & la laine E une 
nuance plus terne qui devient noifette au 
bouillon. 

Ayant eu occafion d'abattre quelques- 
uns de ces pins que j'avois femés dix-neuf 
années auparavant , &C qui m'ont procuré 
des planches de plus d'un pied de largeur, 
j'obfervai que leur écorce fubérique , de 
plus d'un pouce d'épaiffeur, étoit colorée 
d'un riche mordoré. J'en pris deux onces 
que je réduifis en poudre , Se fis cuire pen- 
dant une heure & demie dans une pinte 
d'eau. Il en réfulta un bain canelle-foncé 
dans la colature duquel j'abattis un gros 
de laine L F qui d'abord y prit un jaune- 
ravenelle-maure aiïez brillant , puis pouiTé 
de bouillon , fe mordora un peu en con- 
fervantfatranfparence & fon chatoiement. 



3 o 4 P 

Dans un fécond bain femblable un erof 
de laine de Papprêt E a pris un ton plus 
jaune & moins mordoré. 

Comme cette écorce efi: indépendante 
du liber , qui nourrit l'arbre y on la pour- 
roit enlever fans lui nuire , 6c ce bon co- 
lorant ne coûteroit que la peine de Pamaf- 
fer foit ainfi, foit dans les Atteliers où Pou 
exploiteroit de ces arbres. 

Pin de Genève, ( Pinus .Sylvefiris. ) 
L'écorce de fes jeunes branches , cuite au 
poids de deux onces dans trois-quarts de 
pinte d'eau , procure à la laine LF > fans 
bouillir , une teinte jaunâtre que le long 
bouillon change en un bon mordoré. Le 
bois écorcé donne une nuance de Nankin , 
coton de Siam , le tout bien folide. 

Placqueminier , ( Diofpiros Lotus. ) 
Trois onces de fes brindilles en feuilles , 
hachées , cuites dans trois-quarts de pinte 
d'eau , m'ont produit un bain jaune-terne 
dans lequel , en demi-heure fans bouil- 
lir , un gros de laine LF a pris un jaune- 
foncé qui s'elt foutenu au bouillon , &c 

enfin 



p 305 

enfin eft devenu un mufc bien afïuré. 

Platane, (Platanus Acerifoiius. ) Deux 
onces de fon écorce , ou trois onces de 
Tes brindilles fraîches , ont donné un bain 
jaune dans lequel un gros de laine LF , 
en demi-heure fans bouillir , acquiert un 
jaune-ravenelle que le bouillon continué 
pendant deux heures , change en mufc- 
foncé. Le bois écorcé , traité de même , 
communique une couleur de vigogne-ten- 
dre. Le bois & écorce , un mufc-clair. 

PceÔne femelle , ( Pœonia Multiplex. ) 
Ses belles fleurs donnent un bain fuperbe 
& de leur Gouleur > lequel violacé étant 
gardé d'un jour à l'autre. Un gros de laine 
LF n'y acquiert au long bouillon qu'un 
mufe-foncé très-folide. 

Cette belle décoction traitée en cuve de 
bleu n'a rien produit à froid , mais le li- 
quide , en chauffant , a donné un gris- 
ardoifé intenfe , &c qui réfifte aux deux 
épreuves. 

Poirier , ( F y rus Commuais. ) Le bois & 
1 écorce d'une branche de deux à trois ans, 



306 P 

hachés au poids de trois onces & cuits pen- 
dant une heure dans trois-quarts de pinte 
d eau y communiquent à un gros de laine 
LF , en trois heures de bouillon , une 
agréable couleur approchante de celle de 
la canelle fine. 

Les tourtes , ou tourbes féches du marc 
du poiré , donnent , au long bouillon 5 un 
mufc-clair bien folide. 

Poivre de Guinée ^{Capjîcum Annuum.) 
Trois onces de fes feuilles > tiges & gros 
fruits encore verts ( au commencement de 
Septembre) y hachées &c cuites pendant 
une heure dans trois-quarts de pinte d'eau, 
m'ont produit un bain jaune dans lequel y 
en demi-heure entre chaud &c bouillon , 
la laine L jF, au poids d'un gros , a acquis 
un joli citron que le favon embellit , mais 
qui , de même que celui de XAfckpias , 
fléchit au vinaigre. Si nous n'avions pas 
tant d'autres végétaux qui nous donnent 
des citrons folides , il feroit aifé de mul- 
tiplier celui-ci en Normandie où il feroit 
bien extraordinaire que les gelées prévinf- 



P : 3 o 7 

Sent la formation de fes fruits; jufqu'au 
point oix je les ai employés. 

Les tiges , feuilles èc fruits mûrs de Tan- 
née précédente , féchées à l'ombre & bieu 
confervés , n'ont produit qu'un jaune fale 
que le bouillon vire en vigogne. 

Pomme de terre , ( Solarium Tubero- 
fum. ) Dans une pinte , ou quarante-huit 
pouces cubes d'eau , j'ai fait cuire pendant 
une heure & demie trois onces de feuilles 
vertes &; tiges fleuries , non hachées , qui 
m'ont procuré un beau bain citron dans 
la colature duquel j'ai abattu un gros de 
laine d'apprêt bon pour les bois. En trois- 
quarts-d'heure de teinture , entre chaud & 
bouillon , elle y a pris une jolie nuance 
de citron-claire 3 bien diaphane & folide y 
qu'une heure d'ébullition n'a point terni. 
L'abondance de ce colorant vers la fin du 
mois d'Août , tems où l'on peut impuné- 
ment le cueillir , le rendroit recomman- 
dable fi tant d'autres ingrédiens ne nous 
fournifloient point déjà la même couleur. 

Pommier cultivé , ( Pyrus Malus. ) 



3 o8 P 

Deux onces de fon bois fec , hachées , cui- 
tes pendant deux heures dans une pinte 
d'eau , procurent à un gros de laine LF y 
en trois heures de teinture au bouillon , 
un maron-clair très-franc ôc folide. 

J'ai trouvé dans la forêt une fouche de 
pommier (auvage dont le bois étoit très- 
jaune , & qui m'a procuré de belles nuan- 
ces de jaune -doré de d'aurore , notam- 
ment fur les laines des apprêts E & AT. 

Prunier cultivé, {Prunus Domeftica.) 
Une once & demie du cœur coloré de ce 
bois {ec 3 hachée & cuite pendant deux 
lieures dans trois-quarts de pinte d'eau , 
m'a produit un bain capucine très-brillant. 
Cependant un gros de laine LF n'y prit 
d'abord qu'un jaune intenfe, mais terne, 
que quatre heures de bouillon mordorent 
agréablement 6c foltdement. 

La déco£tion des pruneaux fec s commu- 
nique à la laine L F une nuance de noi- 
fette affurée. 

La peau des prunes , dites printanieres 
ou précoces* de Tours , colore le bain comme 



p 30, 

la cochenille ; mais la laine L F n'y con- 
tracte qu'un petit-gris fale Se folide. 

Prunier, de Sibérie , {Prunus Sibérie aS) 
Ses brindilles féches donnent un bain un 
peu fauve dans lequel la laine LF acquiert, 
fans bouillir , un jaune-verdâtre , Se au 
long bouillon > une belle nuance de mer- 
d'oie-dorée. 

Pyracantha , ( BuiJJon ardent. ) Ses 
brindilles fraîches , hachées 6c cuites pen- 
dant une heure & demie , ont communi- 
qué à la laine LF y au long bouillon , un 
beau mordoré-canelle , ainfi que prefque 
tous les arbres Se arbriffeaux de cette famille. 

Pyramidale , ( Campanula Pyramida» 
lis. ) Trois onces des tiges fleuries de cette 
plante ont produit un bain jaune-foncé 
très-fucré dans lequel un gros de laine 
d'apprêt LF a pris , au long bouillon , un 
joli mufeelair. 



v 3 



3io R 



R 



i\ aisins noirs. Trois onces de ces rai- 
fins bien mûrs égrappés, cuits pendant une 
demi-heure dans une demi-pinte d'eau y 
procurent un bain bien rofé. Les laines de 
mes divers apprêts n'y ont néanmoins pris 
que des nualices noifettes rembrunies &c 
ians éclat. 

Ravenelle de grande efpece à fleurs 
doubles y ( Cheiri Grandiflorus Multiplex. ) 
Le bois d'une forte tige étant très-jaune 3 
je me flattai d'en obtenir quelque bonne 
couleur ; mais les laines ont confervé leur 
blancheur dans le bain que j'en formai. 

Reine des prés , ( Spiroea Vlmaria. ) 
Une médiocre poignée de fes feuilles & 
tiges fleuries , hachée & cuite pendant une 
heure dans trois-quarts de pinte d'eau 5 
m'a procuré un bain d'odeur ftiptique > 
auftere & d'un jaune-franc. Un gros de 
laine LF , en demi-heure fans bouillir 5 Se 



R 311 

cinq minutes de bouillon , y acquiert un 
citron-jaune brillant qui réfifte aux deux 
épreuves. Une féconde mife dans le déchet 
prend , au bouillon , un jaune plus mat ^ 
également folide. 

Dans un pareil bain neuf un gros de 
laine AT acquiert, au long bouillon , un 
mufc-doré ; mais cette laine y contracte 
beaucoup de rigidité. La plante , féchée à 
l'ombre , ne fournit plus que des brunitu- 
res > ou des ombres de jaune qui , pouf- 
fées au long bouillon , deviennent des noi- 
fettes ôc nuances de mufc. Cette plante 
vivace eft, comme Ton fait, très-commune 
au bord des rivières ôc dans les prés hu- 
mides ou leurs fofTés. 

Reine Marguerite , {Afltr Sinenfis. ) 
Une poignée de fes feuilles & tiges en 
boutons , hachée , cuite pendant une heure 
dans trois-quarts de pinte d'eau , m'a pro- 
duit un bain de couleur olive-foncée. Un 
gros de laine L F a pris d'abord dans fa 
colature un jaune-citron , puis , en deux 
heures de bouillon , un véritable jaune , ôc 

v 4 



3 i2 R 

en quatre heures , une belle nuance de 
vigogne-dorée. Ce bain exhale vers fa fin 
l'odeur des fleurs de tubéreufe. 

Cette plante annuelle > & notamment 
l'efpece à fleurs (impies dont j'ai ufé , fe 
multiplierait aifément par fes graines. Je 
regrette de ne l'avoir point employée fé- 
chée à Pombre pour la rendre facile à con- 
ferver & difponible en toutes faifons. 

Renoncule jaune à fleurs Amples , 
( Ranunculus-acris. ) Une poignée de la 
plante en fleurs , écrafée dans le mortier, 
& cuite pendant trois-quarts-d'heure dans 
trois-quarts de pinte d'eau , procure un 
bain jaune-fale qui d'abord répand l'odeur 
de la régliiïe. Un gros de laine LF n'y 
prend qu'au long bouillon un mufc-olivâ- 
tre qui réfifte aux deux épreuves pendant 
flx heures. 

Renouée , ( Polygonum Aviculare. ) La 
plante entière , traitée de même , donne 
un bain jaune-trouble qui , au long bouil- 
lon 5 communique une bonne vigogne 
folide. 



R 313 

Rhamnoïdes, [Hippophae Rkamnoïdcs.) 
Trois onces de fes brindilles en. feuilles , 
hachées , cuites pendant une heure dans 
trois-quarts de pinte d'eau , m'ont procuré 
fur un gros de laine LF , en trois à quatre 
heures de bouillon , une belle nuance de 
noifette-rofée de peu inférieure à celle de 
YEleagnus. 

Quoique cet arbriffeau fe plaifedans les 
terreins frais 5 & notamment fur les rives 
de la mer , en baffe Normandie ,, il réufi't 
prefque par-tout , & jufques dans les fa- 
bles , pourvu qu'ils aient du fonds. On le 
multiplie à volonté par fes femences , mar- 
cottes & boutures. 

Rhus de Virginie, (Rkus Virginia- 
num. ) Deux onces de fon bois coloré , ha- 
chées & cuites pendant une heure , m'ont 
donné un beau bain dans lequel un gros 
de laine LF a pris, en demi-heure fans 
bouillir , un riche jaune-orangé. La même 
laine réabattue dans un nouveau bain pa- 
reil y acquiert une belle nuance aurore 
prefque capucine également folide. On lui 



3 i4 R 

donne encore plus de fonds en ajoutant au 
dernier bain dix-huit grains de garance en 
poudre. 

Les feuilles deviennent rouges vers la 
fin de l'automne , ôc j'ai beaucoup efpéré 
de leur bain maron-doré ; mais la laine 
d'apprêt LF n'y a contracté qu'un citron- 
verdâtre. 

Aucun arbre n'eft plus facile à multi- 
plier que celui-ci par la quantité de dra- 
geons enracinés & de rejets qu'il poufïe 
en toutes fortes de terreins. 

Romarin , ( Rofmarinus Officinales. ) 
Trois onces de (es brindilles en feuilles > 
hachées > cuites dans une pinte d'eau pen- 
dant une heure & demie , m'ont fourni un 
bain jaune-foncé dans lequel un gros de 
laine L F a pris, au premier bouillon , un 
jaune-ravenelle-opaque , &en trois heures, 
un mufc-olivâtre. 

Ronce commune , (Rubus Frutlcofus. ) 
Trois onces de {es racines hachées , cuites 
pendant une heure &c demie dans une pinte 
d'eau y ont communiqué à un gros de laine 



R 3I5 

L F une nuance jaune-foncée , maïs opa- 
que 3 brunicure ou ombre de jaune. J'ai 
ajouté à ce bain réduit un peu de vitriol 
de fer & de gomme. Il en eft réfulté une 
alFez bonne encre à écrire : ce qui me 
porte à efpérer que ces racines feroient un 
bon fupplément à la noix de galle 6c au 
fumac. 

Les fruits mûrs donnent une décoction 
rouge-foncée que la diffolution d'étain vire 
en écarlate. C'eft un très-fîngulier rapport 
entre fes effets fur ce colorant & celui de 
la Cochenille. Cependant la laine LF riy 
prend qu'un mordoré folide. Je crois im- 
portant de l'efTayer avec des laines de di- 
vers apprêts. Peut-être trouvera-t-on celui 
qui convient pour en obtenir un rouge vif, 
& l'on feroit bien dédommagé de fes peines. 

Roseau à balais, (Arundo Calamagrof- 
tls. ) On m'avoit écrit que les Tartares 
obtiennent de fes panicules un vert très- 
éclatant ; mais toutes les laines que j'ai 
abattues dans ce bain y ont à peine perdu 
leur blancheur. 



3i* R 

Rose-d'Inde 5 ( T âge tes Erecla. ) Deux 
onces de {es belles fleurs fraîches avec leurs 
calyces donnent un bain jaune dont l'odeur 
atroce &: nidoreufe diminue peu-à-peu jus- 
qu'à devenir celle d'une compote d'abri- 
cots. Un gros de laine L F y prend , entre 
chaud & bouillon , une riche couleur de 
fouci qui ne bringe point , réfifte au favon 
& au vinaigre à froid 3 mais le favon chaud 
du feutrage le fait un peu tourner à la 
nuance de canelle. 

Les feuilles &: tiges fraîches , dépouil- 
lées de leurs fleurs , donnent un bain moins 
riche qui communique de même à la laine* 
fans bouillir 3 un beau jaune moins fouci > 
mais qui ne fe dément ni au vinaigre ni au 
feutrage. 

Il convient d'employer toute la plante 
quand les premières fleurs font épanouies. 
La teinte en eft plus gaie r plus égale & 
plus folide. 

Les deux déchets y mêlés en femble y don- 
nent encore fubitement , à un gros de laine 
LF y un jaune-doré que le premier bouil- 



R .. . 3I? 

Ion ne ternit point ; puis au long bouillon 
un mufc-jaunâcre tranfparent très-affuré , 
mais qui rend la laine un peu rigide. 

Les plantes , en premières fleurs _, féchée.s 
à l'ombre , ont donné un bain jaune-doré 
d'une odeur défagréable ,, quoique péné- 
trante. Un gros de laine ZFy a contracté 
de même , fans bouillir, un jaune-aurore 
tranfparent & tel à très-peu-près que celui 
qu'on obtient de la plante fraîche. 

C'efi: un excellent ingrédient qu'on doit 
multiplier en le femant en plein champ. 
Il prend fon accroifTement en trois mois. 
En cueillant la plante en fleur, de la fai- 
fant fécher à l'ombre > on la gardera par 
bottes au grenier pour en ufer au befoin. 

Rosier-canelle ,( Rofa Cinnamomea.) 
Ses jeunes branches hachées , cuites pen- 
dant une heure , ont donné un bain jaune- 
aurorp dans lequel un gros de laine L F 
a pris , au long bouillon ? une jolie nuance 
de Nankin-canelle. 

Rosier à fleurs jaunes , {Rofa Lutea. ) 
Les mêmes parties y traitées de même , 



3i8 S 

donnent un bain jaune-clair qui s'intenfe 
au bouillon, & communique enfin à la 
laine L F un bon mufc-clair-doré. 

Rhue, ( Rutagravè-olens. ) Trois onces de 
fes feuilles &C tiges vertes > meurtries dans 
le mortier, cuites pendant une heure dans 
trois-quarts de pinte d'eau , fournirent un 
bain jaune-verdâtre qui fent d'abord l'o- 
deur propre de la plante , mais que le 
bouillon change en celle des fleurs de tu- 
béreufe affez forte pour incommoder dans 
un endroit clos. Un gros de laine LF y 
acquiert , entre chaud 8t bouillon , une 
couleur de foufre , ou de citron-verdâtre , 
& au long bouillon une nuance de mer- 
d'oie , l'un 6c l'autre folides. 



Cabine, {Junlperus Sabina.) Ses jeunes 
tiges & feuilles vertes donnent un bain bal- 
famiqae très-odorant , mais qui porte à la 
tête. La laine d'apprêt LF jn'y acquiert , 



R 319 

même au long bouillon , qu'une couleur 
équivoque , petit mufc-clair. 

Sainfoin commun, Bourgogne ou Ef- 
parcet , ( Hedyfarum Onobryckis. ) Une mé- 
diocre poignée de fes feuilles vertes & 
tiges en boutons , hachée & cuite pendant 
une heure dans trois-quarts de pinte d'eau, 
m'a procuré un bain jaune-terne. La laine 
LFy prend d'abord la même couleur qui, 
en trois heures & demie d'ébullition , fe 
change en une bonne nuance de vigogne 
bien folide. 

La même plante en foin fec donne ,, à 
très-peu-près , les mêmes teintes qui y avec 
addition d'un peu de garance 6c de baies 
féches de bourdaine , deviennent de vraies 
nuances de carmélite. 

Sainfoin d'Espagne ^{Hedyfarum Co- 
ronarium. ) Une petite poignée de fes fleurs 
fraîches , cuite dans une demi-pinte d'eau, 
a communiqué à un gros de laine d'apprêt 
LF,en quatre heures de bouillon, un 
beau ton de mufc très-folide. 

Salicaike , ( Lythrum Salïcaria. ) Trois 



£io S 

onces de Ces tiges fleuries , cuites dans 
trois-quarts de pinte d'eau pendant une 
heure , donnent un bain mordoré qui fe 
dégrade au bouillon en communiquant à 
un gros de laine L F un beau mufc-maron 
bien folide. 

Cette belle pknte vivace orne les bords 
de prefque toutes les rivières. Elle fe plait 
fingulierement dans les fofTés qui n'afle- 
chent point 3 6c l'on ne doit pas craindre 
d'en manquer. 

Sapin , ( P irais Abics. ) Les fommités & 
jeunes branches vertes de cet arbre répan- 
dent en cuifant une excellente odeur d'o- 
range j & teignent la laine d'apprêt LF y 
au long bouillon y en une légère nuance 
de maron-mufc , agréable & folide. 

Sarrasin , ( Polygonum Fagopyrum. ) La 
partie rouge des tiges fraîches & fleuries 
de cette plante annuelle excita d'abord ma 
curiofité. J'en écrafai quatre onces &c les 
fis cuire pendant une heure dans une pinte 
d'eau. J'en obtins un bain jaunâtre de qui 
promettoit peu. Cependant } en trois heures 

de 



S 321 

de bouillon, un gros de laine LF , & au- 
tant de l'apprêt E y acquirent également 
une belle couleur mufc tabac d'Efpagne , 
très folide aux deux épreuves. 

Un bain femblable , tiré des fommités 
fleuries , m'a procuré la même couleur , 
mais plus pétillante de jaune. 

L'eflentiel me parut être de favoir ce 
que fourniroient ces tiges mûres , féchées 
&C après que le grain en auroit été féparé 
par le fléau. J'ai donc pris, le 27 O&obre, 
une once & demie de cette paille rouge- 
brune & bien féche , que j'ai hachée &: 
fait cuire pendant deux heures dans trois- 
quarts de pinte d'eau Le bain , de couleur 
mufc-foncé , ayant été foutiré > j'y ai jette 
un gros de laine L F qui , en trois heures 
d'ébullition , y contracta une nuance de 
fauve-clair & diaphane. Un. gros de laine 
d'apprêt E &c O acquit dans un bain fem- 
blable une belle couleur aurore , tranfpa- 
rente & très-folide. 

Après avoir répété ces Eflais avec cette 
paille non hachée , le fuccès a toujours été 

X 



321 S 

le même. La laine E ScOy acquit conftam- 
ment ce jaune-aurore tranfparent long- 
tems en vogue fous l'ignoble ou plutôt 
ridicule dénomination de Caca-Dauphin. 

J'ai réabattu moitié de cette laine déjà 
teinte dans un bain de cinq fois fon poids 
de baies féches de bourdaine , qui lui a 
communiqué une tranfparence chatoyante 
en jaune-olivâtre. L'autre moitié fut auffi 
réabattue dans le déchet de ce bain de 
bourdaine , animé par dix-huit grains de 
garance. Elle y acquit un aurore chatoyant 
très-riche. Tous ces réfultats font de très- 
peu inférieurs fur la laine d'apprêt E -^ y 
qui eft beaucoup moins difpendieux. La 
laine L F , traitée de même , prend le 
jaune-verdâtre tranfparent. 

Dans une pinte d'eau , j'ai fait cuire 
douze gros de paille féche de farralin non 
hachée. Après trois-quarts-d'heure de bouil- 
lon , j'y ai ajouté deux gros de brindilles 
féches de peuplier d'Italie , que j'ai laiiîe 
bouillir encore pendant une demi-heure. 
Après avoir calmé le bouillon, j'y ai jette 



S 323 

neuf grains de garance féche a qui j'ai latjGTé 
fournir fa couleur, fans bouillir , pendant 
vingt minutes. Ce bain étant tiré au clair 
j'y ai abattu deux gros de laine LF \ qui 
ont bouilli pendant deux heures. Je les ai 
enlevés Se réabattus dans un bain de demi- 
pinte d eau & quatre gros de baies féches 
de bourdaine 3 duquel , après une heure de 
bouillon , cette laine eft fortie teinte en 
carmélite-claire & très-chatovante. En au*- 
mentant de moitié la dofe du peuplier d'Ita- 
lie & nîpprimânt la garance, on obtient ainfî 
une pétillante nuance de caca-Dauphin. 

L'apprêt LF> formé fans bouillir, eft 
encore plus favorable , & procure la nuance 
nommée Aventurine. 

Ces Expériences , confirmées l'une par 
l'autre, m'ont déterminé à les faire un peu 
en grand , Se pour cet effet, j'ai pris fept 
aunes de un quart d'efpagnolette blanche 
pefant quatre livres, & je leur ai fait fubir 
l'apprêt L F, favoir ; 

Cinq onces de diffoiution de bifmuc'; en 
acide nitreux. 

X2 



3*4 S 

Cinq onces de tartre rouge en poudre. 

Dix onces de faumure de fel marin à 
froid au degré 4 e du pefe-liqueur des 
Savonniers. 

Le tout projette dans trente-huit pots 
d'eau de puits au bouillon. 

L'étoffe , précédemment mouillée , y a 
été fubmergée , puis travaillée au moulinet 
pendant une demi-heure de petit bouillon, 
puis enlevée , mife égoutter , fans laver. 

Pendant ce tems-là fe préparoit dans une 
autre chaudière un bain compofé de • . . 

Quatre-vingt pots d'eau de puits. 

Trente livres de paille féche de farrafîn. 

Vingt livres de baies féches de bour- 
daine. 

Vingt livres de peuplier d'Italie en brin- 
dilles non hachées. 

Après trois heures de cuite , ayant fou- 
tiré ce bain , j'en ai verfé quarante pots 
dans la première chaudière vidée & né- 
toyée du déchet d'apprêt. Lorfque ce bain 
a commencé à frémir, j'y ai plongé l'étoffe 
apprêtée ; travaillée au moulinet pendant 



S 3 z 5 

une demi-heure , puis replongée y elle a 
fubi une heure d'ébullition. Je l'ai travail- 
lée de nouveau pendant un quart-d'heure, 
puis replongée pendant trente minutes de 
bouillon entretenu. Enfin enlevée , laifTée 
refroidir , lavée à la rivière & féchée , elle 
s'eft trouvé très-uniment teinte en caca- 
Dauphin vif & pétillant , inaltérable au 
favon &, au vinaigre. 

Comme le déchet de ce bain écoit en- 
core très-net & coloré , j'y ai ajouté ce 
qu'il m'en reffcoit de neuf. J'y ai fait cuire 
pendant une demi-heure , entre chaud &c 
bouillon y une livre & demie de garance, 
puis j'y ai abattu encore fept aunes & un 
quart d'efpagnolette blanche apprêtée 
comme ci-defïus L F \ travaillée de même ; 
enlevée , puis réabattue dans un bain neuf 
de trente-huit pots d'eau & dix-huit livres 
de peuplier d'Italie. L'étoffe y travaillée au 
moulinet pendant quinze minutes , entre 
chaud & bouillon , en eft fcrtie étinceîante, 
dorée fur un fonds mufc-cîair de toute 
beauté & foîidité , puifque Ton porte en- 



3 i6 S 

core décemment en Février 17S 5 les habits 
d'hiver qu'on sen étoit fkk faire en Dé- 
cembre 1782. 

J'ai répété cette opération en teignant 
encore plus en grand & fucceilivement 
dans îc même bain quatre coupons chacun 
de fept aunes un quart d'efpagnolette blan- 
che d'apprêt L F, le tout en divcrfes nuan- 
ces de carmélite , remarquables par leur 
tranfparence 6c reflet doré. 

Le premier bain étoit compofé, favoir; 

De demi-poids des fept aunes \ ce l 'étoffe 
féche en garance. 

De quatre poids .... dito , en baies 
féches de bourdaine. 

De fix poids dito , en paille 

féches de farrafin. 

De fix poids dito , en peu- 
plier d'Italie non haché. 

Les fuppléments , pour ranimer ce bain 
après chaque teinture , équivalent enfem- 
ble un quart de la première mife. 

Mes quatre teintures finies , le déchet 
m'a fuffî encore pour virer en carmélite- 



S 317 

foncé l'habit que je portois depuis près de 
quatre ans , originairement teint en vert- 
natif y par les baies de bourdaine fermen- 
tées. 

La laine E i A MF , c'eft-à-dire y par 
une diffblution de dix-huit grains d'étain 
dans deux gros d'acide marin fumant ( ap- 
prêt excellent pour Fécarlate de garance ) 
réuflît aufli-bien dans ces bains combinés de 
paille de farrafin , que la laine E & O. 

Dans une pinte d'eau , j'ai fait cuire pen- 
dant une heure & demie 

Quatre gros de baies féches de bour- 
daine. 

Sept gros de paille féche de farrafin. 

Six gros de peuplier d'Italie. 

Dans ce bain foutiré y j ai abattu un gros 
de laine & d'étoffe teintes en rouge-cra- 
moifi par le bois de Sainte-Marthe fixé , ce 
qui les a virés en une nuance de canelle- 
dorée très-brillante. 

Lorfque l'illuftre Macquer eut reçu les 
échantillons de tous ces Efiais , il me féli- 
cita de l'emploi de la paille de farrafm % 

X4 



318 S 

comme de la plus heureufe de mes décou- 
vertes en propriétés tinctoriales de nos 
végétaux. En effet , cette paille effc la plus 
vile des dépouilles de la terre. On ne la 
préfente point aux beftiaux qui la refufent 
comme aliment , on craint même d'en for- 
mer leur litière ; on l'étend feulement fur 
leur paffage , afin que leur piétinement la 
difpofe à augmenter le volume des tas de 
fumier. On en chauffe le four à pain dans 
quelques pays qui n'ont pas même de la 
bruyère pour cet ufage. On a vanté, dans 
quelques Feuilles périodiques, la quantité 
de Ce\ lixiviel que contenoient fes cendres ; 
mais les Effais les plus fcrupuleux m'ont 
convaincu de leur pauvreté à cet égard. Il 
faudroit la brûler verte pour en obtenir 
cet avantage 5 lequel cefferoit d'exifter 9 
puifqu'alors on perdroit le grain , qui feul 
détermine à cette culture. J'ai donc prévu 
avec plaifir la grande utilité que l'Art de 
la teinture en pouvoit recevoir à peu de 
frais. On ne doit pas craindre de manquer 
de cet ingrédient 5 puifque ce grain eft 



S 3-19 

Punique refïburce des pays andes & àii- 
graciés, ainfi que d'une partie de la baffe 
Normandie. Auflî-tôt que le Cultivateur 
trouvera un prix quelconque de cette paille, 
bien loin de la perdre , il augmentera cette 
culture en proportion de cette nouvelle 
refTource. 

La décoction du Sert , ou écorce du grain 
farrafin , a coloré la laine d'apprêt L F en 
un joli ton de Nankin portant au refe 3 ce 
qui m'a déterminé à faire PEflTai fuivant. 

Dans une pinte d'eau de puits , j'ai fait 
cuire pendant treis heures de léger bouil- 
lon .... 

Une once de fon de farrafin. 

Une once de baies féches de bourdaine. 

Une demi-once de peuplier d'Italie. 

Dans la colature de ce bain coloré de 
mufe— jaunâtre , j'ai abattu deux gros d'ei- 
pagnolette d'apprêt E 6c O qui \ en trois 
heures d'ébullition, v a pris la vraie nuance 
nommée carmélite , bien tranfparente , & 
dans un ieul bain y tandis que dans nos 
Atteliers cette couleur en exige trois. 



33* S 

Sarrasin GKiMVANT,(PolygonumScan- 
dcns. ) Prefque toutes les haies en fonds de 
fable font remplies de cette plante qui , par 
ces hellices autour des arbrifTeaux & des 
buifTons , forment des guirlandes de fleurs 
&c de fruits fort approchants de ceux du 
farrafin cultivé. 

J'ai pris de ces feuilles , tiges en fleurs &c 
fruits à demi-mûrs, oc laiffe faner le tout 
au foleil pendant un jour. Le lendemain 
j'en ai pefé deux onces , que j'ai fait cuire 
dans une pinte d'eau. Il en eft réfulté un 
bain jaune-olive-terne, dans lequel les laines 
d'apprêt L F & celles d'apprêt E , ont éga- 
lement acquis , en trois heures de bouillon y 
un bon mufc-Nankin , prefque canelle y 
très-folide. Les mêmes parties de cette 
plante , abfolument féche , donnent les 
mêmes produits. Ce colorant eft facile à 
trouver & conferver ; mais comme les épi- 
nes & brouffaiîles des haies en rendroit la 
récolte pénible , on peut le femer dans un 
terrein net , en lui procurant des perches ou 
des rames pour s'y foutenir Se entortiller. 



S 531 

SarPvASIN Lizzkon , ( Polygozum Con- 
volvulus. ) Cette efpece diffère de la précé-. 
dente en ce quelle eft bien moins vigou- 
reufe, & que l'écorce de Ton fruit eft bleue. 
Ses tiges rarppent à terre jufqu'a ce qu'elles 
rencontrent un brin de chaume , ou quel- 
que autre étai de peu de hauteur , quelles 
enveloppent comme le petit lizeron. Elle 
croît fpontanément dans les terres légères 
chargées en légumes ou en orçes. 

Neuf gros de cette plante féchée à l'om- 
bre, cuits dans une demi-pinte d'eau , m'ont 
procuré un bain de couleur aurore qui fen- 
toit beaucoup l'apozême. Un demi-gros de 
laine L F n'y a pris , qu'au long bouillon \ 
un Nankin-mufc ; mais autant de laine E , 
benne pour le rouge , y a contracté > en 
demi-heure fans bouillir, un beau citror- 
doré très - folide & diaphane. Si on le' 
pouffe au bouillon pendant deux heures i 
ce citron fe change en un mufe-aurore éga- 
lement bon. 

Sarkette,( Scrratula Tinctorïa. ) Ses 
tiges & feuilles fanées à l'ombre J depuis 



33X . s 

huit jours , m'ont donné un bain jaune 
qui , entre chaud & bouillon pendant une 
demi-heure , a communiqué à un gros de 
laine L F un beau jaune franc & folide. 
Une féconde mife dans le déchet, & pouf- 
fée au bouillon , n'a pris qu'un jaune-terne 
& verdâtre. Cette plante croît fpontané- 
ment dans les taillis &: buifTons des co- 
teaux maigres & crayonneux. 

Sarriette ,' ( Satureja Hortenjîs. ) Ses 
tiges fleuries donnent un bain qui , en 
demi-heure de bouillon , communique à la 
laine L F un joli citron qui ne réfiffce point 
au vinaigre , mais qui, en trois heures d'é- 
bulliticn , devient jaune-olivâtre , ventre- 
de-crapaud , folide. 

Sauge, grande , ( Salvia Officinalis. ) 
Trois onces de la fouche & de fes tiges 
ligneufes , hachées & cuites pendant deux 
heures dans une pinte d*eau , procurent un 
bain mufc dans lequel la laine ZjF n'ac- 
quiert, qu'au très-long bouillon, un mufc- 
terne , fale &c de peu de mérite. 

Sauge des bois , ( Tcucrîum Scorodonia.) 



S 333 

Une médiocre poignée de fes feuilles Ôc 

tiges fleuries , cuite dans trois-quarts de 
pinte d'eau , m'a produit un bain jaune- 
olive. Un gros de laine LF y a pris d'abord 
un jaune-ravenelle aiïez agréable , puis au 
long bouillon , un mufc-merd'oie brillant 
& folide. 

Saule de rivière , ( Salix Alba. ) Une 
once Se demie de fon écorce ou deux on- 
ces de Tes brindilles fraîches , hachées &C 
cuites pendant une heure dans trois-quarts 
de pinte d'eau , procurent un bain jaune 
très-intenfe qui, en demi-heure fans bouil- 
lir , communiqua à un gros de laine LF 
un jaune un peu terne^ lequel en bouillant 
devient olive , fale & équivoque. 

Deux onces de fon bois frais écorcé , 
traité de même , donnent , au long bouil- 
lon , une nuance de coton de Siam folide 
&: très-jolie. 

SCABIEUSE MORS-DIABLE , ( Sca- 

biofa Succifa. ) Ses fleurs féches donnent un 
riche bain jaune-olive dans lequel la laine 
LF n'acquière qu'une légère couleur de 



334 S 

foufre. Il convient efTayer de l'apprêt E. 

Scrophulaire , grande , ( Scrophularia 
Nodofa. ) Ses tiges & feuilles donnent un 
bain jaune-verdâtre. La laine d'apprêt LF 
n'y prend un peu de couleur qu'au bouil- 
lon, lequel , prolongé trois heures, lui com- 
munique une bonne nuance de mufc , ôc 
le bain , en fe réduifant , exhale une odeur 
de cerfeuil. 

Scorzonere , ( Scor^onera Hifpanlca. ) 
I/eau dans laquelle on a fait cuire ces ra- 
cines pour les manger , étant encore un 
peu réduite , communique à la laine LF , 
en trois à quatre heures de bouillon , une 
douce nuance de vigogne folide. 

Soleil , grand annuel , ( Helianthus An- 
nuus.) Une de (es fleurs 3 nouvellement épa- 
nouie , m'a procuré un bain jaune-fauve 
dans lequel un gros de laine LF a pris , 
au long bouillon , un mufc-jaunâtre. 

Solidago , (Semper Virens. ) Ses tiges 
&C feuilles , hachées & cuites pendant une 
heure & demie dans une pinte d'eau , pro- 
duifent an bain mufc qui , en quatre heu- 



S 335 

res de bouillon y communique à la laine L F 

une belle ombre , ou bruniture de jaune- 
olivâtre. 

Sophora SYNiCA.Ses feuillescuitesdans 
une demi-pinte d'eau communiquent à la 
laine LF un petit citron-tendre qui ne ré- 
fifte point au vinaigre. La fermentation & 
le battage ufités pour l'an il, ne m'en ont 
point obtenu de fécule bleue. 

M. le Chevalier Muftel m' ayant donné 
des branches d'un arbre qu'il cultive fous 
le nom de Sophora Japonica ; j'en ai fait 
cuire trois onces dans trois-quarts de pinte 
d'eau. Le bain exhaloit l'odeur d'une dé- 
coction de réglifle , Se il jettoit beaucoup 
d'écume. La laine d'apprêt LF y acquit , 
en demi-heure fans bouillir, une nuance 
de citron-pâle , & , au long bouillon , un 
ventre-de-biche terne. 

Sorbier des Oifeleurs , ( Sorbus Aucu- 

paria.) Trois onces de [es branches de deux 

ans, hachées Se cuites dans une pinte d'eau 

pendant une heure & demie , ont donné 

un bain qui , à l'odeur près , reflembloic 



33<ï S 

à celui du Makaleb. Un gros de laine d'ap- 
prêt L F y a contracté , en trois heures de 
bouillon , une riche nuance de Nankin- 
coton de Siam bien folide. 

Sorgho , Millet, ( Holchus Sorghum Ni- 
gricans. ) L'écorce 3 ou le fon violet noir 
de ce grain , avoit été effayé au mois de 
Mai 1781, par M. Jean -Baptifte- Pierre 
Grandin , d'Eibeuf. La couleur pourpre de 
fa décodtion l'avoit déterminé à y abattre 
un loquet de laine fur tartre & aluft ■> qui 
y acquit un petit rofe-clair &; non folide. 
Un mois après il voulut bien me donner 
& fon Eflai , & environ vingt-quatre pou- 
ces cubes de ce grain qui , dans fon jardin y 
avoit acquis une parfaite maturité. Je le 
paffai dans le moulin à farrafîn pour en 
obtenir le fon, dans lequel réfîdoit le colo- 
rant , & j'en pris une once que je fis cuire 
doucement pendant une heure & demie 
dans trois-quarts de pinte d'eau. La cola- 
ture de ce bain fe trouva colorée en pour- 
pre-violet. Un gros de laine LF y prit , en 
deux heures de bouillon , la même teinte 

que 



S 337 

que dans un bain de bois de Campêche 3 
avec l'extrême avantage d'être inaltérable 
au favon & au vinaigre où elle s'avive > &c 
vire en prune de Monfieur. 

Un gros de laine vierge , pétrie en pré- 
cipitée d'alun &c de diflolution d'étaîn, a 
pris dans un bain femblable un rofe- foncé, 
ou couleur de lie-de-vin , qui s'avive au 
vinaigre & refte folide. 

Un écheveau de coton , préparé pour 
petit rouge , teint dans un bain de deux 
fois fon poids de fon de forgho ,y a con*- 
tratté un beau ton de prune de Monfieur ; 
mais cinq minutes de débouilli en favon , 
l'ont fait difparoître. 

La laine d'apprêt E n'y acquiert qu'un 
maron-foncé , un peu pourpre , bien folide. 

Ayant fait fécher à l'ombre ce fon y qui 
m'avoit déjà fervi , je le retrouvai huit mois 
après 5 & le fis cuire de nouveau pendant 
une heure dans une demi-pinte d'eau. Un 
gros de laine E y prit encore la plus douce 
couleur mufe-puce , qui réfiftoit aux deun 
épreuves. 

Y 



33 8 S 

Ce fujet eft excellent , mais ce grain 
mûrit difficilement en Normandie. Il fau- 
drait tirer ce fort d'Italie 5 où Ton en em- 
ploie la farine à la nourriture des hommes 
&; des animaux. Cette écorce , que Ton y 
perd , feroit précieufe pour nos Teintures ; 
mais vainement j'en ai demandé > ainfî 
qu'en Efpagne , d'où feulement on m'a 
offert de m'envoyer le grain entier. La fixa- 
tion du Campêche , par l'écorce de bou- 
leau 3 m'ayant réuffi depuis , je n'ai plus été 
fi curieux de me procurer du forgho. 

Souchet (grand) des rivages , à tige 
triangulaire. Ses feuilles & tiges fleuries 
donnent un bain jaune-citron qui promet 
beaucoup. Cependant la laine LF y même 
au premier bouillon , n'y perd point fa blan- 
cheur. L'ébullition continuée lui commu- 
nique enfin une légère nuance de ventre- 
de-crapaui , folide. Je crois que c'eft le 
Cyperus Gramineus de Bauhin. 

Souci de Bakbarie , ( Othonna Cheiri- 
folia. ) Deux onces de [es feuilles & tiges 
vertes > hachées , cuites dans une demi- 



S 339 

pinte d'eau pendant trois-quarts-d'heure , 
procurent un bain citron-terne dans lequel 
un gros de laine LF prend d'abord un 
citron-verdatre i puis , en trois heures de 
bouillon , une jolie nuance de noifette- 
Nankin très-folide. 

Souci des vignes ou des champs , ( Gz- 
lendula Arvcnfis. ) Une médiocre poignée 
de fes tiges , feuilles & fleurs écrafée dans 
un mortier , &c cuite pendant une heure 
dans une pinte d'eau 5 m'a procuré un bain 
jaune-verdàtre très-intenfe; mais le bouil- 
lon le dégrade, & la laine d'apprêt L F ny 
acquiert qu'un jaune foible Se terne. L'a- 
bondance de cette plante dans les champs, 
en automne, doit engager à tenter de nou- 
veaux Eflais. 

Spik^ea Opulifolia. Deux onces de 
fes brindilles fans feuilles (en Décembre) , 
hachées & cuites dans trois-quarts de pinte 
d'eau pendant une heure & demie , m'ont 
donné un bain couleur de canelle dans 
lequel , en trois heures de bouillon , un 
gros de laine LF z pris une nuance de 

Y 2 



340 S 

Nankin - blond , très - élégante &C folide 
Sumac vrai , ( Rkus Coriaria. ) Trois on- 
ces de fes jeunes tiges 6c feuilles vertes , 
hachées &c cuites dans une pinte d'eau 
pendant une heure , donnent un bain d'un 
jaune-brun , & d'une agréable odeur de 
compote. Un gros de laine d'apprêt L F y 
acquiert y en trois-quarts-d'heure fans bouil- 
lir , un jaune-mat &c terne que le bouillon 
change en une belle nuance de merd'oie 
très-afïiirée. 

Sureau commun , ( Sambucus Nîgra. ) 
Trois onces de fon gros bois hachées , cui- 
tes long-terris > ne fournirent aucune cou- 
leur définie ; mais aidées d'un peu de vitriol 
martial celles communiquent à un gros de 
laine L F un gris-brun-olivâtre , couleur 
férieufe , noble & folide. 

Son écorce feule, ou fes brindilles, don- 
nent , en trois heures de bouillon , une 
nuance olive-jaunâtre. 

Quatre gros de fes fleurs , féchées à l'om- 
bre 3 cuits daris une demi-pinte d'eau , pro- 
curent un riche bain-mordoré-olivâtre. La 



S 341 

laine L F y acquiert , au premier bouillon , 
un jaune-ravenelle-opaque , lequel fe .main- 
tient même après deux heures d'ébullition, 
qui , continuée encore une heure 5 le vire 
légèrement en mufc inaltérable à trente 
heures d'immerfion dans le vinaigre. 

Deux onces des pédicules 3 ou cottons 
frais de la fleur , & un peu de ladite fleur 
fraîche > m'ont donné un bain fauve dans 
lequel un gros de laine L F a pris , en deux 
heures de bouillon , un beau ton de vigo- 
gne-canelle , mais un peu bringé. 

Trois onces de Ces baies mures, cueillies 
depuis huit jours , & commençant à fer- 
menter , m'ont donné un bain pourpre-vif 
fort riche dans lequel , en trois heures de 
bouillon, un gros de laine d'apprêt IFa 
contracté un beau gris très-bleuâtre , 6c 
tellement folide , que trois mois d'expofi- 
tion à l'air , au foleil & à la pluie y ne l'ont 
point dégradé. 

Les baies mûres de fureau fraîchement 
cueillies , cuites en eau pure , m'ont fourri 
un bain pourpre-violant. Après l'avoir coulé 

y 3 



34* S 

à travers d'un linge > j'y ai ajouté deux gros 

de précipité de vitriol de Chypre &c d'a- 
lun par l'eau de potafle. J'y ai abattu deux 
gros de lainages d'apprêt XFqui , en demi- 
heure fans bouillir , & quinze minutes de 
bouillon , y ont acquis une jolie couleur 
bleue-tendre qui s'embellit au favon y mais 
rougit au vinaigre. La toile qui avoit fervi 
à couler ce bain étoit colorée en bleu-de- 
Roi. Jamais illufîon plus douce ne fut plus 
vaine , car j'efpérois bien avoir enfin trouvé 
du bleu. 

Dans un bain femblable , j'ajoutai un 
quart de l'apprêt de M. Giroz. Le drap &: 
la laine y acquirent un joli violet-d'Evê- 
que , mais qui ne rélîfta point au favon , 
& très-peu au vinaigre. 

Dans le déchet du premier de ces bains , 
j'ai abattu de la laine vierge qui n'a pris 
aucune couleur. En y ajoutant une cuille- 
rée d'eau de potaffe le bain s'eft troublé , 
en exhalant une forte odeur de morilles > 
& la laine apprêtée IFya pris , au long 
bouillon , un mufc-doré très-folide. 



S 343 

De la laine vierge bouillie en diffblu- 
tion aqueufe de vitriol de Chypre , puis 
abattue en bain pur de fruits mûrs de lu- 
reau , a pris un gris-violâtre un peu bringé, 
qui bleuit au favon , mais rougit & difpa- 



roît au vinaigre, 



Du fil de coton crud , puis bouilli dans 
la diiïblution de vitriol de Chypre , abattu 
enfuite dans un bain pur de baies mûres 
de fureau , y a contracté un joli violet- 
bleuâtre qui devient bleu-célefte au favon, 
& repafle au gris-de-lin ou lilas-tendre au 
vinaigre. Il me refte à effayer de combi- 
ner ce colorant avec Técorce de bouleau » 
puifqu'elle a fixé le Campêche , prefque 
auffi fugace. 

Les baies mûres de fureau y parvenues à 
la fermentation acéteufe , m'ont donné un 
bain plus rouge que pourpre. La laine LF 
y a pris un beau mufc-canelle très-folide. 

Sureau à fruit rouge y ( Sambucus Ra- 
cemofa. ) Trois onces de fes jeunes bran- 
ches en feuilles , cuites dans trois-quarts de 
pinte d'eau pendant une heure & demie > 

Y 4 



344 S 

ont produit un bain jaune-fauve dans lequel 
la laine d'apprêt LF a contracté , en deux 
heures de bouillon , une belle nuance mer- 
d'oie très-dorée. Il ne m'a point encore 
été poffible d'efïayer {es baies mûres. 

Suif .de cheminée. Ayant lu dans les 
Rcglemens pour la Fabrique , que la fuie 
étoit profcrite des Atteliers de bon teint , 
comme ingrédient non-folide , j'ai penfé 
devoir TefT yer par nos procédés. A cet 
effet 5 j'ai pris une once de fuie en pouf- 
fiere , & non-concretre , que j'ai fait cuire 
dans une pinte d'eau , pendant une heure 
& demie. Le bain olivâtre étant coulé , j'y 
ai abattu un gros de laine d'apprêt E ~j 
qui , dès le premier bouillon , y a contracté 
une bruniture de jaune-ravenelle très-fo- 
lide. Cette laine teinte, ayant été repafTée 
dans un bain combiné de garance , de baies 
féches de bourdaine & de peuplier d'Italie, 
prend une belle nuance de carmélite. Un 
gros de nouvelle laine du même apprêt y 
abattu dans le déchet du premier bain 3 y 
acquit la même, ombre ou bruniture de 



S 34J 

jiune-raveneîle , mais un peu plus rrataf- 
parente, également fclide. Cet ingrédient, 
traité ainfî , peut donc être utilement em- 
ployé pour piéter ces fortes de couleurs. 

Dans une demi-pinte d'eau , j'ai fait cuire 
deux gros de biftre, ou fuie ccncretre. La 
laine d'apprêt £ya pris de même une bru- 
niture de jaune un peu plus olivâtre , ou 
nuance de ftil de grain tranfparente & très- 
folide. La laine d'apprêt AT y acquiert à 
peu-près le même ton , mais plus terne 6-: 
moins afïiiré. 

Sycomore , ( Acer Pfeudo- Plat anus.) 
Deux onces de fon écorce hachée , cuite 
pendant une heure & demie dans trc 
quarts de pinte d'eau, fournifîent un bain 
qui , après avoir jette beaucoup d'écume, 
femble pafler du jaune au rouge. Cepen- 
dant un gros de laine ZF,en trois heures 
de bouillon , n'y acquiert qu'une nuance 
fauve de vigogne folide. 

Le bois écorcé fournit encore plus d'é- 
cume , & ne communique aucune couleur 
décidée. 



34* T 

Syringa , ( Philadelphus Coronarius. ) 

Trois onces de fes brindilles fans feuilles 
(en Janvier) , hachées & cuites dans trois- 
quarts de pinte d'eau pendant une heure 
& demie , m'ont produit un bain qui pro- 
mettoit fort peu ; néanmoins de l'ébulli- 
tion, continuée pendant trois heures, eft 
réfulté fur un gros de laine L F une bonne 
couleur canelle-rofée très-folide. 



JL abac , ( Nicotiana Tabacum. ) Quatre 
gros de fes feuilles cueillies mûres & fé- 
chées fans apprêt , cuites doucement pen- 
dant une heure dans une demi-pinte d'eau, 
produifent un bain extrêmement chargé de 
couleur brune. Un gros de laine LF y ac- 
quiert , en trois heures de bouillon , un 
très-beau mufc , qui ne fléchit point en 
vingt-quatre heures d'immerlion dans le 
vinaigre. 

Deux onces des feuilles vertes , cuites 



T 347 

de même, donnent un bain jaune-olivâtre 
qui, dans la même durée d'ébullition com- 
munique à un gros de laine L F un mufc- 
clair ou vig-oçne-dorée très-folide. 

Tamaris, ( Tamarix Gallica. ) Ses 
brindilles fraîches produifent un bain jaune- 
trouble dans lequel la laine d'apprêt LFne 
prend d'abord qu'un citron terne , que le 
long bouillon rend plus intenfe , mais fans 
l'aviver. 

Tanaisie , ( Tanacetum Kulgare. ) Trois 
onces de fes feuilles & tiçes en boutons , 
hachées & cuites dans trois-quarts de pinte 
d'eau pendant une heure 6c demie , ont 
procuré un bain jaune-brun. Un gros de 
laine LFy a pris , au premier bouillon, un 
citron-opaque fléchiflant au vinaigre ; mais 
la longue ébullition l'a changé en un mufc 
très-affuré. 

Thalictrum Aquilegifolium. Une 
médiocre poignée de fes feuilles &C tiges 
déjà jaunies par maturité, m'adonne un ri- 
che bain olive qui , d'abord , a communiqué 
à la laine LF un jaune-verdâtre , puis , en 



345 T 

deux heures de bouillon y une belle nuance 
de vigogne avec reflet d'olive très-folide. 

Thlaspi Ab.vïnse. Une poignée desr 
plantes en graine encore verte /hachée & 
cuite pendant une heure dans trois-quarts 
de pinte d'eau , m'a procuré un bain vert- 
jaunâtre dans lequel un gros de laine L F 
a premièrement acquis un citron - terne , 
puis 5 en trois heures de bouillon r un joli 
mufc-clair très-folide. 

Thym , ( Thymus Vulgaris. ) Trois onces 
de fos feuilles 6c tiges , cuites dans trois- 
quarts de pinte-d'eau pendant une heure 
&C demie 5 donnent un bain prefque auflî 
foncé que celui du brou de noix. Un gros 
de laine L F y acquiert , en trois-quarts- 
d'heure entre chaud & bouillon 5 un jaune- 
ravenelle qui fe maintient même pendant 
quinze minutes d'ébullition 5 laquelle con- 
tinuée encore deux heures , le rend d'une 
nuance olivâtre bien afîiirée. 

Tilleul , ( Tilia Europœa. ) Deux onces 
de fon écorce en sève , cuites dans une 
demi-pinte d'eau y communiquent à la laine 



T 349 

ZJF, en trois heures de teinture au bouil- 
lon , une nuance de noifette > coton de 
Siam , bien folide. 

Ses brindilles coupées Se employées au 
mois de Mars > traitées de même , ont 
donné un bain vifqueux. Un gros de laine 
LF y a pris , en trois heures de bouillon, 
la plus vraie imitation de vigogne , fie bien 
afTurée. 

Tomate , ( Solarium Lycoperfîcum. ) Ses 
tiges Se feuilles (en 0£lobre), cuites pen- 
dant une heure , donnent un bain de cou- 
leur cendrée fie trouble. Un gros de laine 
LF y acquiert 5 en demi-heure de bouil- 
lon , un petit jaune p affable , fie la laine 
A T y une mauvaife grifaille fale. 

Tormentille , ( Tormentilla Erecla. ) 
Deux onces de fes racines fraîches, bien 
lavées , puis écrafées dans un mortier 5 fie 
cuites dans trois -quarts de pinte d'eau 
pendant une heure &c demie , ont procuré 
un bain mordoré prefque rouge. Un gros 
de laine L F y a pris d'abord un jaune- 
fouci-verdâtre , fie en trois heures de bouil- 



35ô T 

Ion , une nuance de noifette-mufc très-fo 
lide. Ce bain exhale vers fa fin une vive 
odeur de fafran. 

Ces racines dépouillées de leur écorce 
brune , & traitées de même , donnent un 
bain prefque auffi beau que celui de la 
Garance ; mais la laine de l'apprêt L F n'y 
acquiert , même au long bouillon , qu'une 
belle nuance de vigogne , portant au ca- 
nelle , bien folide. 

La peau , ou le robage de ces racines , 
au même poids , traitée de même , a donné 
un bain jaune-mordoré qui, en trois heures 
d'ébullition , a communiqué à un gros de 
laine L F une bonne couleur de poil de 
martre , ou mufc-mordoré , très-folide. 

Trèfle , petit , à fleur de houblon , &c 
de couleur jaune , ( Trifolium Agrarium , 
Flore Lupuli 3 Luteo. ) Une médiocre poi- 
gnée de fes feuilles Se tiges fleuries , cuite, 
fans être hachée , dans trois-quarts de pinte 
d'eau pendant une heure , procure un bain 
jaune. Un gros de laine d apprêt LF y 
contra£te,en un quart-d'heure de bouillon, 



T 351 

un jaune-franc , très-femblable à celui de 
la gaude , mais non pas plus folide. Je crois 
qu' il formeroit un beau vert dans la cuve- 
dinde. 

Une féconde mife, de la même laine, 
dans le déchet acquiert le même ton jau- 
ne qu'elle conferve pendant trois-quarts- 
d'heure d'ébullition y 6c alors il réfifte mieux 
au vinaigre. Enfin, pouffe au bouillon pen- 
dant trois heures , ce jaune change en une 
nuance ravenelle-terne qui réfifte à tout. 

Ce bon ingrédient eft très-commun dans 
les prés de terres légères & peu inondées. 
J'en ai ramafîe de la graine dont j'ai femé 
vingt perches de terre qui , la féconde 
année, me produifit une bonne récolte de 
foin dont les chevaux étoient fort avides. 
Les tiges , étayées Tune par l'autre , avoient 
atteint un pied & demi de hauteur. Ce 
feroit le moyen de s'en procurer commo- 
dément pour la teinture. Je fuis perfuadé 
qu'en foin fec , il perdroit fort peu de fa 
propriété tinctoriale ; mais j'avoue que je 
ne l'ai point éprouvé. On peut faire venir 



35* T 

cette femence d'Angleterre où elle Te dé- 
bite fous le nom de Graine de Briflol. 

Trèfle, grand , à fleurs rougeâtres , 
(Trifolium Rubens Pratenfe.) Une petite poi- 
gnée de fon foin fec produit un bain mufe 
dans lequel un gros de laine d'apprêt L F 
acquiert , entre chaud &C bouillon , un 
jaune-terne que le long bouillon rend plus 
intenfe & vire en olivâtre. Avec l'addition 
d'un peu de garance , il en réfuke une 
nuance claire de carmélite ou bien un mor- 
doré , fi le garançage eft en raifon du 
quart du poids de la laine à teindre. 

Troène , {Liguftrum bulgare. ) L'écorce 
de cet arbrifTeau étant intérieurement d'un 
beau vert , d'une odeur acerbe de d'une 
faveur très-amere , j'en efpérois beaucoup. 
Cependant je n'en ai pu obtenir qu'un 
jaune-terne , efpece de chamois folide. Le 
bois écorcé m'a donné, à très-peu-près, le 
même produit. 

Ses baies mûres , fraîches ou féchées , 
donnent un fuperbe bain pourpre qui ne 
communique rien à la laine L F entre chaud 



Y 355 

8c bouillon , lequel continué pendant trois 
heures , donne enfin une vilaine nuance 
gris-fale. Un peu de diffbluticn d'étaln , 
verfé dans ce bain , le vire ( en pourpre ) , 
je dis en rouge. Alors la laine d'apprêt L F, 
y réabattue , acquiert une nuance de vigo- 
gne folide. 



V erge d'or , Nojîras , ( Solidago , Virga 
'Aurea. ) Trois onces de Tes feuilles & tiges 
fleuries , hachées & cuites dans trois-quarts 
de pinte d'eau pendant une heure & demie, 
produifent un bain jaune-foncé. Un gros 
de laine LF y prend, entre chaud & bouil- 
lon , un jaune-ravenelle que trois-quarts- 
d'heure d'ébullition virent en un mufc-clair. 
Le bain exhale vers fa fin une agréable 
odeur de compote d'abricots. 

Verge d'or de Canada, {Solidago Ca- 
nadenjïs. ) m Ses feuilles & tiges en boutons 
donnent un bain jaune-brun qui , au pre- 

z 



354 V 

mier bouillon > communique à la laine LF 
un joli citron fléchiiïant au vinaigre ; puis , 
en deux heures de bouillon , un citron-oli- 
vâtre bien folide. 

Les fleurs feules procurent un bain du 
jaune le plus franc qui y au premier bouil- 
lon y donne à la laine IFun citron ren- 
forcé, folide au favon , & non au vinaigre. 

Une féconde mife au long bouillon ac- 
quiert un jaune d'ombre qui réfîfhe à toute 
épreuve» 

Véronique lierréc, ( Vcronica Hederi- 
folia. ) Trois onces de cette plante verte , 
entre fleur & graine , non hachée , cuites 
dans une pinte d'eau pendant une heure 
2c demie , m'ont procuré , fur un gros de 
laine d'apprêt pour les bois , une bonne 
bruniture de jaune-olivâtre, tranfparente 
ôc très-folide. Un gros de laine d'apprêt LF 
a pris 3 dans un pareil bain , une nuance 
un peu moins intenfe , plus verdâtre > éga- 
lement tranfparente Se folide. Ce feroit un 
excellent pied pour carmélite , ôc la prodi- 
galité de la nature rend ce colorant très- . 



V 355 

recottimandable pendant le mois de Mai , 

Se partie du mois de Juin. 

Véronique des haies , ( Keronica Cha- 
mœdris. ) Deux onces de cette plante verte, 
chargée de fes élégantes fleurs bleues , cui- 
tes dans une pinte d'eau pendant deux heu- 
res , m'ont donné un bain femblable à celui 
de la gaude. Un gros de laine E \ 5 bonne 
pour rouge ,y a pris en deux heures , 
dont feulement une de bouillon , une jolie 
nuance de ronce-d'Artois , brillante , dia- 
phane & folide. La laine d'apprêt L F s'y 
eft feulement falie de jaune blafard Se 
indéterminé. 

Verveine , ( Vcrbtna Officinalis. ) Ses 
tiges fleuries donnent un bain jaune-clair 
qui , au long bouillon , communique à la 
laine LF un mufc-clair folide. 

Vigne à vin , ( Vais Vinifera. ) Trois 
onces de farment , poufïure de l'année pré- 
cédente , coupées le 1 5 Janvier & de fuite, 
hachées & cuites pendant deux heures dans 
une pinte d'eau , m'ont procuré un bain 
mufe-tané dans lequel, en trois à quatre 

Z 1 



heures de bouillon , un gros de laine L F 
a contracté une boiine couleur de mufc 
bien folide. 

Violette des jardins, ( Viola Odorata.) 
Ses fleurs , cuites dans un déchet d'apprêt 
LF, m'ont donné un bain bleu fort riche 
dans lequel la laine dudit apprêt n'a point 
perdu fa blancheur. Deux cuillerées d'eau 
de potafTe ont vire ce bain en vert , qui n'a 
communiqué , alors à cette laine y qu'une 
bruniture fale, 

La laine lîmplement dégraifTée , puis dé- 
bouillie en une forte difTolution aqueufe 
de vitriol de Chypre , Se abattue dans le 
bain ci-deffus > n'y a pris qu'une vilaine 
nuance d'olive-terne. 

Dans un nouveau bain bleu de fleurs de 
violettes , j'ai abattu un gros de laine d'ap- 
prêt AT \ qui y a pris un petit vert-pomme, 
tendre &: prefque folide. 

La laine dégraifTée , débouillie dans de 
l'eau un peu blanchie par la difTolution de 
bifmuth , puis jettée dans le bain bleu 
ci-deiïus , n'y acquiert qu'un petit gris- 



v 3 * 7 

jaunâtre & de peu de mérite. Ce colo- 
rant , fort cher , ne m'ayant point pro- 
curé de bleu 3 que j'avois lieu d'en efpé- 
rer , ne me femble d'aucune reffburce en 
teinture. 

Les racines féches de la violette donnent 
un bain gris-fale qui jette beaucoup d'écu- 
me , ôc communique feulement , au long 
bouillon , un vilain gris qui ne peut être 
d'aucun ufaçe. 

Viorne 5 ( Viburnum Lanterna. ) Ses brin- 
dilles , coupées au mois de Mars , hachées 
au poids de trois onces , cuites pendant 
une heure & demie dans trois-quarts de 
pinte d'eau , exhalent jufqu'à la fin de la 
teinture une fort défagréable odeur de 
colle de Flandres en fufion. Un gros de 
laine L F y en trois heures de bouillon , 
acquiert dans la colature de ce bain un 
beau mufc-clair , efpece de vigogne-dorée^ 
très-folide. 

L'écorce feule exhale encore plus de 
puanteur, mais , en trois heures de bouil- 
lon > elle communique à la laine dudiz 



358 Y 

apprêt un mufc- foncé -mordoré. Cçt ar- 
briffeau effc fort commun dans prefque 
tous les bois-taillis , qu'il décore au prin- 
tems par fes jolies ombelles de fleurs blan- 
ches. 

Vipérine, {Echîum Vulgare.) Ses racines 
donnent un bain de couleur ardoifée qui 
promet , mais qui ne communique à la 
laine L F qu'une nuance olivâtre - faîe. 
Ses feuilles & tiges fleuries produifent un 
beau bain olive ; cependant ladite laine 
n'y acquiert qu'une nuance de vigogne 
olivâtre. 



i 



Jt Èble , {Sambucus Ebulus*) Ses baies 
mûres , & prêtes à pafTer à la fermentation 
vineufe , donnent un beau bain pourpre. 
La laine & l'étoffe d'apprêt L F y ont ac- 
quis , comme dans le bain de baies de 
fureau > un beau gris-bleuârre. Mais le 



Y 359 

favon vire celui de Fyèble en vert , & le 
vinaigre le revire en rouge ; de force que 
ce n'eft que du petit-teint. 

Dans un bain neuf, de belle couleur 
pourpre , j'ai jette un peu de diiïblution 
d'étain qui Ta tourné en rouge très -vif; 
mais les laines de tous apprêts n'y ont pas 
perdu leur blancheur. 

Dans un bain de baies mûres d'yèble , 
non fermentées , j'ai abattu deux gros 
de laine 8c d'efpagnolette de l'apprêt LK 
Quand la teinture fut à-peu-près à moitié, 
quelque circonffcance me la fit abandonner 
pendant huit jours. Je repris enfin Topé- 
ration , & à mon grand étonnement , je 
trouvai la laine & l'étoffe très-bien teintes 
en un mufc-foncé , folide au favon & air 
vinaigre. Seroit-ce que pendant ce féjour 
à froid dans un poêlon de cuivre jaune, 
quelque portion de rouille de cuivre ou de 
^inc fe feroit combinée avec le bain , &C 
en auroit fixé le colorant ? C'eft ce que je 
n'ai point effayé de vérifier depuis. 

Le changement notable qu'opère 1'exfk-- 

z 4 



$6q Y 

cation fur la fécule colorante des baies de 
bourdaine , m 5 a déterminé à faire fubir la 
même épreuve aux baies d'yèble. 

Lorfque leur expofïtion fucceffive à la 
chaleur très-modérée d'un four les eut ren-< 
dues bien féches & fonantes , j'en fis un 
bain qui devint mordoré , mais qui exha- 
loit la défagréable odeur de la colle-forte. 
La laine d'apprêt LFj acquit, en trois 
heures de bouillon , un beau mufc-doré 
très-folide. 



Prefque toutes ces Expériences m'ont 
amèrement rappelle la perte de l'ami qui , 
par la communication de fon mordant, m'a- 
voit mis à portée de les entreprendre. La 
récidive de ce fentiment douloureux hi'a 
fouvent découragé. Cependant l'efpoir d'é- 
riger quelque jour à fa mémoire ce mo- 
nument de ma reconnoiflance me foute- 
noit dans mon travail. Je me flattois que 
ceux qui n'ont point connu Guillaume- 
Louis Delafollie , partageroient y en qua- 



iité de patriotes , les regrets des perfonnes 
qui , admifes à fon intimité , pouvaient 
apprécier fon eœur auffi avantageufement 
que fon génie. 

Il fut un Philofophe fans prétention , tel 
qu il s'eft peint lui - même dans le Livre 
qu'il a publié fous ce titre. Chymifte pro- 
fond , Littérateur élégant , doué de tous 
les talens qui font le charme de la fociété r 
la fienne offroit toujours l'heureux enfem- 
ble de l'agréable &C de l'utile. Son zèle 
pour le progrès de nos Arts l'indifpofoit 
uniquement contre l'égoïfme des gens à 
fecrets. Exaltée par les noms de patrie 6c 
d'humanité , fon ame aimante &C commu- 
nicative accueilloit fans acception tous les 
hommes enflammés par l'amour du tra- 
vail. Une pratique Amplement & claire- 
ment expofée guidoit les premiers pas de 
l'Elève , tandis qu'à l'aide d'une théorie 
lumineufe , il éclairoit l'Àrtifte déjà mé- 
caniquement exercé. Il eft mort dans l'inf- 
tant oii l'Adminiftration , convaincue de 
l'utilité de ks connoiflances , leur pré- 



362 

paroit un théâtre digne de leur étendue. 
Auflî le jour de fon décès fut-il un jour 
de deuil pour la ville de Rouen y où les 
Sciences, les Lettres , les Arts & l'ami- 
tié n'ont depuis cefTé de le regretter. 

F I N. 



*.> 



3** 



TABLE 

ET CLASSES DES COULEURS 

Réfultantes des Expériences décrites 
dans ce Recueil. 



A u r o 



R E. 



J\ urore jaune-doré , par bain de tiges & feuilles 

fraîches de bidens-tripartita, page $6 

Aurore férieux , de ladite plante féche, ibid. 

— Terne , des racines d'if, 228 

— Brillant fur laine E , des mêmes racines 5c alun 

fondu dans le bain , 229 

«~ De fleurs féches de jonc marin, Se un peu de 

garance, 25 r 

Aurore-canelé, par brindilles de peuplier d'Italie , 

& jç de garance, 2S9 

Aurore des racines jaunes d'un pommier fau- 

vage, 308 

Aurore-capucine j par deux bains de bois de rhûs 

de Virginie, 3 15 



3^4 TABLE 

On le rend plus capucine en y ajoutant un peu 
de garance j page 3 14 

Aurore de paille féche de farrafin & un peu de ga- 
rance , fur laine E > 311 

*— Chatoyant , très-riche fur laine E & O , en 
paille féche de farrafin , baies féches de bour- 
daine , & un peu de garance, 32.x 

B L E V. 

Imitation de bleu , par bain de bois de Campêche, 
jolie couleur, mais peu réûftante aux acides, 119 

— Idem , 130 

— Plus folide _, 131 
Imitation de bleu de Roi j folide fur laine piétée de 

petit bleu de cuve réapprêtée E , en bain d'é- 
corce de bouleau Se bois de Campêche, 137 

)r~ De bleu Dauphin , par laine piécée de petit 
bleu de cuve , réapprêtée LF y teinte en bain 
d'écorce & Campêche , 1 3 S 

Petit bleu , ou gris bleuâtre fur laine LF y en bain 
de baies mûres de fureau, 341 

— Avec vitriol de Chypre , joli bleu tendre , mais 

peu folide aux acides, 342, 

Brunitures. 

Bruniture , couleur de tabac râpé de France y pre- 



DES COULEURS. 3S5 

miere mife en bain de bois frais écorcé 
d'aune j P a g e 5 9 

*— Olivâtre , première mife en bain de brindilles 
d'agnus-caftus , 65 

*— Brun foncé violant , bain de tiges en feuilles 
d'agripaume , 69 

•— - La plus belle & plus intenfe des brunitures , 
procède du bain de brou de noix mûre , non 
fermenté , 118 

Belle bruniture , puce violante , du bain d'écorce 
fraîche du noyer noir de Virginie, 265 

Brun violant , du même bain en moindre dofe, ibid. 

Bruniture puce , prefque prune , du bain des brin- 
dilles de l'obier à fleurs fimples en sève, 264 

Bruniture prefque noire des tiges tk feuilles vertes 
de la grande ortie , 275 

Bruniture de gris-foncé-olivâtre , en bain des tiges 
& feuilles fraîches de la pariétaire, 279 

Caca-Dauphin, ou Fauves chatoyans, 

•— Verdâtre chatoyant , de laine L , en bain de 
bruyère féche & paille féche de farrafin , 1 22 

Fauve-clair en bain de paille féche de farrafin, 321 

•— Très-brillant , par laine E 5c O ,, en bain de 
paille féche de farrafin , 322 

*— Olivâtre ^ par paille féche de farrafin & baies 



jtftf TABLE 

féches de bourdaine, page 322 

~ Aventurine j par les mêmes moyens 6c très-peu 

de garance , fur laine L Fj apprêt modifié, 3 1 j 

<— ? Opération un peu en grand , 32.3 à 32.7 

> 

C A N E L L ï. 

Canelle-doré, première mife en bain de brindilles 

féche d'acacia rofe ., long bouillon j 5 5 

1— En bain de brindilles d'abricotier, 72 

— Mordoré , en bain de fouches &c racines d'ai- 

relle verre, 76 

Canelle fur laine E , en bain de branches de bigno- 
nia catalpa , 87 

*— Très-riche en déchet de Campèche 5c fumac 9 
fur laine E & O, 132. 

*— -. Clair , coton de Siam , en bain de bois frais 
écorcé du charme commun^ 14J 

Canelle-doré du cyprier , en bain des brindilles fé- 
ches dudit, 160 

Canelle dQs racines fraîches de fraifier de jar- 
din , 185 

— Rofé brillant fur laine LF, en bain de ga- 

rance fraîche , 193 

*— Foncé , par bain de cœur de genêt, 205 

1— Rougeâtre , par bain de brindilles de gré via, 2 1 7 
r— » Mordoré d'écorce de hêtre fur laine d'ap- 



DES COULEURS. 367 

prêt E j page 225 

Canelle-Nankin des tiges vertes du houblon , 224 

— Mordoré des racines d'if & écorce de bou- 

leau, 229 

*— Riche , en bain de fleur féche de jonc-marin 3 
&c un peu de garance , ' 231 

— - Mordoré , bain de brindilles du laurier de Por- 
tugal , 136 
Canelle , en bain de racines fraîches du grand 
lizeron, 24 3 

— Clair-rofé , en bain des branches du mafia- 

leb, 245 

Canelle-clair-rofé , en bain de branches de mar- 

faule, 249 

— * Doré de brindilles fans feuilles de mélèze, 250 

— Idem. Du gros bois de merifier, 253 
U - Tendre, d'écorce de neffiier, 257 
— - Idem. De brindilles du nez-coupé, 260 
•— Rougeâtre , en bain d'écorce d orme & d'écorce 

de bouleau , 270 

*— Clair , de brindilles de pêcher , 286 

j-— Doré, en bain des fruits mûrs du pied- de- 
veau, 301 

— D« branches de poirier de trois ans, 306 

— Rofé , de brindilles de fyringa, 34^ 



} 6$ TABLE 

Carmélite. 

Carmélite de première mife en bain de brindilles 
d'aune , un peu de garance , puis en bain de 
baies féches de bourdaine & de brindilles de 
peuplier d'Italie, page 59 

#— Par laine d'apprêt C, en déchet de bain de 
balfamine , réabattue en baies féches de bour- - 
daine, 82 

,- — En bain de vin de bourdaine, 8c un peu de 
garance , 115 

— Foible , en bain de foin fec , qui ne fournie 

gueres que le piétage , 183 

Devient belle en y ajoutant un peu de garance, 

184 

— Native , de bain de tiges de lavande , 2 3 S 
Carmélite riche par bain de brindilles de pavia ôc 

baies féches de bourdaine, 247 

«— Par brindilles de nerprun , & réabattue en bain 
de garance, 259 

•— Par paille féche de froment, un peu de ga- 
rance , fumac & diflblution de fer^ 27 S 

-►—• Un peu en grand , par peuplier dltaiie , baies 
féches de bourdaine , garance & diflblution 
de fer, 292 

Carmélite-claire de très-chatoyante , en bain de 

paille 



DES COULEURS. ^ 9 

paille féche de farrafin, baies féches de bour- 
daine , peuplier d'Italie Se garance , fur laine 
d'apprêt LF, page 32.$ 

*— En un feul bain , par fon de farrafin , baies fé- 
ches de bourdaine , & peuplier d'Italie , 329 

p— Par fuie de cheminée , garance , baies féches , 
& peuplier , 344 

— En bain de trèfle rouge & un peu de garance , 

35* 
Bon piétage de carmélite par bain de véronique 

lierrée , 354 

G 1 t r o N. 

Citron-jaune , de première mife en bain de jeunes 
branches d'acacia, 54 

i— Verdâtre , en bain d'ariftoloche clémathite, 71 
Citron de bain de brindilles de bois joli , 85 

p— De bain de branches Ôc feuilles du bonduc , 
fans bouillir , ibid. 

■— Brillant fur laine E , en bain de bruyère com- 
mune féche, m' 
Citron-foufre de feuilles vertes du cerfeuil muf- 
qué, 141 
m~ Clair , en bain de fleurs de colchique des 
prés, 151 
^- Du bain de coronille-glauque , 1 5 6 
Citron-mat de brindilles du cyprès., 159 

a* 



37° TABLE 

*— Brillant du dompte-venin , page i6x 

— - De brindilles du genêt à poils, 208 

^— Du genêt des Teinturiers, 209 

Citron-jaune du géranium mufqué 9 lîi 

Citron-mat j de jacée noire , 225 

Citron de la grande jacobée, 226 

•— Du jafmin jaune des bois 9 ibid. 

*— De lœillet-d'lnde , %66 

•— Des brindilles d'olivier, 16 7 

Citron-paille , des racines de grande ortie , 274 

Citron brillant, du peigne de Vénus., 1 282 

5— Par les brindilles des peupliers de Virginie, 

liart , ypréau , & tremble des forêts ., fur 

laine E j 301 

Citron- verdâtre du pié-d'alouette j 301 

Citron folide , en bain des feuilles vertes du pin 

maritime, 303 

Citron brillant, en bain de tiges, feuilles & fruits 

verts du poivre de Guinée, 306 

— Des feuilles de pommes de terre, 307 

— Des tiges fleuries de reine des prés, 311, 
•*- Des tiges de reine Marguerite, ibid. 
Citron-verdâtre des tiges vertes de rhue 3 318 
Citron-jaune , en bain du farrafin j lizeron , fur 

laine £, 331 

Citron-verdâtre , en bain de fouci de Barbarie^ 3 9 
Citron-olivâtre des tiges fraîches de verge d'or du 

Canada , 3 54 



!D E S COULEURS. 37 i 

Citron-jaune , en bain de fleurs fraîches de verge 
d'or du Canada, pa^e 354 

Cramoisi, 

Cramoifi-tendre , nommé écarlatt de Vcnïfe , fur 
laine E , teinte en bain d'écorce de bouleau, 
& de bois de Fernambouc, iyi 

*— Plus intenfe par plus forte dofe de Fernambouc, 
nommé amaranthc 7 172 

*— Moins aimable par Fernambouc , fixé par les 
brindilles de bouleau, au lieu de l'écorce 
dudit , ibid % 

— - Clair , par écorce de bouleau & de bois de 
Sainte-Marthe , 1 fc 

u— En déchet dudit, 176 

**— Proportions préférables pour l'emploi du bois 
de Sainte-Marthe , ïbid. 

Rouge-rofant , prefque cramoifi , qui réfulte d'un 
bain d'écorce de bouleau , bois de bréfillet , 
& alun fondu dans le bain , * 77 

•— Moins brillant , par bain de bois de bréfillet 
& alun, fans écorce de bouleau, 178 

•— Plus vif & plus folide , par bois de bréfillet , 
écorce de bouleau , alun , & crème de tartre , 
en deux bains fucceffifs , 178 à 179 

?r-* En déchet de ce bain 9 ibid. 

An 



1 7 * TABLE 

w— Par bain de bois d'Angole, écorce de bou- 
ieau, & alun fondu dans le b^itiypage i 79 à 1 80 

Jaune* 

Jaune-fouci , première & féconde mife en bain d$ 
brindilles d'alaterne à feuilles larges, 44. 
^aune-jonquille , première mife en bain de brin- 
dilles d'alaterne à feuilles étroites j 4^ 
*— Première mife en bain de brindilles en feuilles 
du thuya de Canada, 48 
w— Plus foncé , féconde mife dans ledit , ïbid. 
« — Jonquille , première mife en bain des brin- 
dilles de l'arbre aux anémones , 49 
Jaune-ravenelle , première &c féconde mife en bain 
de gros bois d'acacia, 5$ 
Jaune-ravenelle-mat , première mife en bain d'é- 
corce d'aune , 5 8 
Jaune-ravenelle , première mife en bain de feuilles 
d'artichaut , <?j 
Jaune brillant , en bain de brindilles d'apala- 
chine, 78 
Jaune-olive , féconde mife en bain de bonduc , 88 
Jaune-foncé-ravenelle , en bain de fleurs de balfa- 
mine , 80 
Jaune-mat 3 en bain de brindilles verres de bou- 
leau, 9Q 



DES COULEURS. 57^ 

Jaune brillant, en bain de baies non mûres de 

bourdaine , page 9 5 

Jaune-ravenelle fur laine E y en bain de bruyère 

féche, ut 

Jane-ravenelle-maure , fur laine E , en bain de 

bruyère féche & baies féches de bourdaine,i£i<£ 
Jaune-capucine-terne , en bain de baies mûres de 

bryone, 125 

Jaune-chamois , en bain de capfules de faines, 139 
Jaune-abricot du chèvrefeuille des Alpes, 1 49 

Jaune-doré de l'écorce du cornouiller mâle , 154 
Jaune franc du curcuma , fléchit au favon ,' 159 
Jaune-ravenelle vif, de première mife , en bain de 

cytife trifolium , i£q 

Jaune francien bain de fumeterre fraîche, 1S7 

— En bain de fumeterre féche, 188 
Jaune du fuftet, fixé par écorce de bouleau, fur 

laine £, 189 

Jaune franc de gaude féche,. 101 

— Plus folide en gaude verte, ihidr. 
Jaune-ravenelle en déchet du bain de genêt à poils, 

Jaune-foncé-mat, du genêt des Teinturiers, 209 
Jaune intenfe olivâtre , en bain du géranium à Ro- 
bert, 2LO 
Jaune-joncjuille des fleurs fraîches du jonc-marin * 

130 
Aaj 



374 TABLE 

jaune-fouci 3 defdites fleurs féches , page 230 
Jaune cTécorce de maronnier-d'Inde , 24S 

Jaune-abricot d'écorce de Marfaule , 249 

Jaune-olivâtre , par bain de brindilles fraîches de 

nerprun, 259 

Jaune agréable , par bain de tiges féches de l'œil 

de Chrift \ à fleurs gris-de-lin, 255 

— Ravenelle du même bain, ibid. 

— Tendre , d'écorce d'orme , baies féches de bour- 

daine, & paille de farrafin , fur laine JK, 270 
Jaune-doré , par bain de brindilles d'ofîer jaune,277 
Joli jaune-verdâtre de penfées fermentées , 283 
Jaune-foncé , idem , fur L F, ibid. 

Beau jaune , en bain de viola Rhotomagenfis, 284 
Jaune-ravenelle des fleurs de grande perficaire, 285 
Jaune-doré 5 prefque aurore , de l'écorce du peu- 
plier d'Italie, 288 
Jaune-jonquille , par bain des brindilles fraîches du 
peuplier d'Italie , 289 
Jaune-ravenelle defdites, fur laine d'apprêt C, ibid. 
Jaune-doré exquis , fur laine J?,en bain de brindilles 
fraîches de peuplier d'Italie , 290 
Jaune-ravenelle-maure defdites, & baies féches de 
bourdaine, 291 
Jaune de peuplier d'Italie , un peu en grand , ibid, 
— En brindilles féches hachée , 292 
— - Idem fans les hacher, 294 



DES COULEURS. 375 

Ce jaune eft économique, page 295 

Le peuplier alLre le colorant des bois, 298 
L'alun décompofe fa fécule, %yj 

Jaune-jonquille du peuplier noir des rivières , égal 
a celui d'Italie fur laine d'apprêt £, 30a 
Jaune-doré , par bain des plantes fraîches de pied- 
de-lit, 301 
Janne-ravenelle-maure ^ en bain d'écorce fubérique 
de pin rcfineux , 305 
Jaune-foncé des brindilles du Placminier y 304 
Jaune-ravenelle, par bain de l'écorce du platane, 305 
Jaune-doré , de bain de racine de pommier fau- 
vage , 308 
*— Du bain de plante fraîche de reine Marguerite, 

Beau jaune«orangc , par bain du bois de rhûs Vir- 

ginianum , 3 1 j 

Jaune-fouci des fleurs fraîches de la rofe-d'Inde > 

3i£ 

— Plus doré , par bain de la plante entière , ibid* 

— Encore doré , quoique par le déchet des deux 

bains , ibid 

Jaune franc , en bain de plantes prefque féches de 

farrette , 332 

Jaune-ravenelle , en bain de la fauge des bois, 335, 
Jaune mat , de Pécorce du faule de rivière, ibid 9 
Jaune-ravenelle , par bain du thym , J4S 

À*4 



57 £ TABLE 

Jaune-fouci-verdatre , par bain des racines de tor- 
mentille, page 349 

Jaune franc , par bain des plantes fraîches du petit 
trèfle jaune , 351 

~ Dans le déchet dudit bain , ibid. 

Jaune-ravenelle de verge d'or , noftras , 355 

LlE*DE*VlN. 

La laine vierge , pétrie en terre précipitée d'alun 
& d'étain , devient rofe-foncé, lie-de-vin dans 
un bain de fon de forgho , 337 

M A R O N. 

Maron fur laine Xi 7 , en déchet de bain de l'arbre 
aux anémones , 49 

Maron-rofé , du bain de l'écorce de l'érable com- 
mun , 1 6j 

Maron-violant , procédant d'un bain compofé de 
bois de Fernambouc , d'orceille , &c de ga- 
rance , 170 

Marons divers , par bains de foin fec & de garance, 

184 

Maron-puce , en bain de garance , & folution de 
bifmuth dans le bain , 193 

Maron, par bain d'écorce de hêtre, 113 



DES COULEURS. 377 

Maron-clair , par bain d'écorce brune du maron* 
d'Inde, page 247 

Marons-rougeâtres, par peuplier d'Italie & garance , 

2.3? 

Maron-clair , par bain de gros bois fec du pom- 
mier, 308 

Maron-fonce-pourprant , par bain de fon de forgho, 
fur laine E , 337 

M E R D* O I E. 

Merd'oie-dorée , première mife en bain de brin- 
dilles de l'arbre de nei^e , 5 1 
*— Première mife en bain d'écorce d'aune , 5 8 
Merd'oie , par bain d'ariftoloche clémathite, 71 
— - En bain de l'arrête-bœuf , natrix, 73 

— En bain d'armoife , 77 

— Prefque mufe , en bain du béhen blanc, 83 
Merd'oie opaque , par bain de blé-de-vache des 

prés, 88 

— Brillante, en bain de baies mûres de bourdaine, 

fur laine pétrie en vitriol de Chypre , 96 
Merd oie-claire , en déchet de bain du cerfeuil 

mufqué , 142 

Merdoie-jaunâtre , de bain d'eftragon , 16 j 

— En bain d'euphorbe cypariflia? , 168 
Merd'oie<lorée , par bain de feuilles de figuier, 183 



j 7 S TABLE 

MercToie riche , par bain du galéopfis-ladanum , 

page 191 
Merd'oie-dorée , par bain d'impia, 212 

•— Par bain de l'immortelle des bois, 229 

-*- Des brindilles du laurier- rofe , 23 G 

— Par bain de marrubiaftrum , 238 

*— Du lierre terrefke, 239 

« — Du marrube noir, 248 

Merd oie portant au mufc par très-longue cuite du 
pied-de-lit, 301 

i— Olivâtre du pied-de-loup , 302 

Merd oie-dorée de brindilles du prunier de Sibérie, 

3°9 

Merd'oie-mufc , en bain de la fauge des bois , 335 

Merdoie par bain des tiges vertes & feuilles de 
rhue , j 1 S 

*—» Riche , en bain des brindilles vertes de fumac 
vrai, 34a 

*■— Très-dorée , bain de brindilles du fureau à 
fruits rouge, 344 

Mordoré. 

Mordoré par troifieme mife en bain d'aîaterne a 
feuilles étroites , 46 

tt— Clair , première mife en bain de brindilles 
d)aune avec un peu de garance, 5? 



DES COULEURS. 379 

Mordoré, première mife en bain d'écorce ou de 

brindilles d'aubépine , page 6i 

Mordoré riche, en bain des brindilles d'algalou, 71 

— En bain d'argentine , ibid. 
Mordoré-maron , en bain d'argentine à fruir, 71 
—- Prefque pourpre , en bain des brindilles ou de 

Técorce du bouleau, & orceille qui s'y fixe, 91 

Mordoré par baies féches de bourdaine , Se un peu 
de garance , 116 

Mordoré très-beau , par bain de brindilles du char- 
me à fleurs de Virginie , 145 

Mordorés divers, procédants de bain de foin fec, 
& bains acidulés de garance, i$4 

Mordoré riche , par laine F , en bain de cœur de 
genêt, 205 

— • Plus riche, — Avec fel d'étain, 105 

— En bain concentré de cœur de genêt, 10 6 

— En bain de brindilles de laurier-cerife , t}6 
Mordorc-elair par luzerne & garance, 244 

— Par Técorce du maronnier-d'Inde , 146 
Mordoré-clair par déchet d'écorce de marfaule, 249 
Mordoré tané , en bain de brindilles féches de 

nerprun, 159 

Mordoré par écorce d'orme , 16 y 

— - Par brindilles d'ofïer jaune , 277 

— Sur laine C, en peuplier d'Italie , réabattue 

dans fon déchet avec un peu de garance, 290 



380 TABLE 

Mordoré pétillant de jaune, par peuplier d'Italie £ 
Fernambouc , & baies féches de bourdaine , 

page 298 

Mordoré-tendre , par bain de Pécorce fubérique du 
pin réfineux, 504 

Mordoré , par bain d'écorce fraîche du pin de Ge- 
nève , ibid. 

— Du cœur coloré du bois de prunier cultivé, 

Mordoré-canelle , des brindilles fraîches de pyra- 



cantha , 


309 


En bain des mûres de ronce, 


3 l S 


Musc. 





Mufc-doré , de troifieme mife en déchet de bain 
d'alaterne à feuilles larges , 45 

Mufc-doré , troifieme mife en bain de thuya de 
Canada, 48. 

Mufc , de première mife en bain de thuya de la 
Chine , 49 

Mufc- foncé , de troifieme mife en bain de l'arbre 
aux anémones , ibid. 

Mufc-doré , de première mife en bain de brin- 
dilles de l'arbre poifon, 50 

— De première mife en bain de gros bois d'aca- 
cia , forte dofe , 54 



DES COULEURS. 381 

Mufc violant , fingulier , de première mife en bain 
de fleurs d'althéa, page 6t 

Mufc-rougeâtre, de première mife en bain de bran- 
ches d'alizier , 64 
Mufc poil de caftor , par bain de tiges mûres de 
Taigremoine , 69 
Mufc-doré , en bain de bois de noyaux d'abricot,72. 
Mufc-canelle en brindilles d'airelle, 76 
Mufc , par bain de bagnaudier d'Orient , 80 
Mufc-maron , déchet de fleurs de balfamine * S 1 
Mufc-maron , par féconde mife en bain de fleurs 
de balfamine fur C> ibid. 
Mufc-doré, par bain de racines de benoîte, 84 
Mufc- foncé, par bain de bétoine, 85 
Mufc , poil de caftor , en bain des racines de bif- 
torte, 87 
Mufc-clair-doré , en bain de bois joli , 88 
Mufc-doré , par bain de brindilles du bouleau-me- 
rifier, 95 
Mufc-foncé de bain de la bruyère élégante , 125 
Mufc-clair-olivâtre , en bain de racines de cabaret, 

116 

— En bain de capucine petite i 140 

— Foncé , de fruits des caflis., m ibid. 

— Du bain d'écorce de châtaignier , 146 
— • De bain de grande confoude , 151 
Mufc , du fanguin de nouvelle Hollande , 1 5 5 



3 8z TABLE 

Mufc-doré , du fanguin de Virginie; pcge 1 5 6 
Mufc-clair , du cyprès commun , 159 

Mufc-doré, de la dierville, 161 

— Jaunâtre , par les fruits verts de l'épine-noire , 

Mufc-puce, des mêmes fruits mûrs, \\66 

Mufc-doré , fur laine E y en bain d'eupatoire d'Avi- 
cenne , 1 6j 

p— Riche , des brindilles vertes du fuftet > 189 
•— i Clair, des tiges fleuries du galeopfis tetrahit, 1 90 
•—- De la même plante prefque féche , 191 

— Doré , par le déchet réduit du genêt à poils , 

209 
Mufc-doré, du bain de géranium a grandes fleurs , 

210 
#— Clair , du géranium à Robert , ibid. 

— Brun , très-beau , en bain des fouches d'hélian- 

thême, 211 

*— Foncé, de l'herbe à Tépervier, 225 

— En bain de brindilles du hêtre, 214 
■■—• Olivâtre, de lajacobée, nS 
■— Doré , de jacobée des marais , ibid. 

— De l'huila difenterica, 229 
Mufc , par bain de laitue fauvage , 254 
Mufc-doré , des brindilles de laurier-franc , 235 
Mufc-doré , en bain de jeunes branches en feuilles 

du liriodendron tulipifera, 237 



DES COULEUR S. 583 

Mufc-olivâtre , en bain des tiges fleuries de la li- 
naire, page 240 

Mufodoré , des brindilles en feuilles du liqui- 
dambar, 241 

Mufc-clair , des traînafles du petit liieron, ibid. 

Mufc opaque , des racines de lifi vachie, 145 

Mufc-canelle , des jeunes branches en feuilles du 
maronnier-d'Inde , 246 

i— n Plus riche, de celles du pavia, 247 

Mufc-doré, du bois & écorce de marfaule, 249 

— Des brindilles en feuilles de mélèze, 250 
Mufc-olivâtre , par bain des tiges & feuilles de 

menthe des marais , ibid. 

Mufc-clair , de la mercuriale, 251 

Mufc-doré , de plantes fraîches du petit mufle de 

veau, 255 

Mufc , poil de caftor , de* brindilles du myrthe 

d'eau , 257 

— De racines féches de noyer commun, 261 
Mufc-doré, par bain des feuilles du noyer commun, 

cueillies au mois d'Août % ibid. 

Mufc-clair , en bain des chatons dudit , tombés 

naturellement j 161 

Mufc-doré , 1 de la groffe écorce du noyer com- 
Mufc-brun , J mun, 26* 

Mufc-mordoré , en déchet de bain de Técorce de 

noyer noir, 263 



3 3 4 TABLE 

Mufofoncé des brindilles fans feuilles du noyer 

noir, page 264 

*— Des feuilles fraîches dudit , ibid. 

Mufc-clair , des brindilles féches de l'obier à fleurs 

Amples , ibid. 

Mufc-doré, des fruics rouges de l'obier,' 265 

Mufc-clair , des brindilles vertes de l'obier à fleurs 

doubles , ibid. 

•— Doré , des tiges fleuries d'origan , 269 

Mufc-doré , de bain de racines d'ofeille , 277 

Mufc-foncé , des racines de patience des champs , 

280 

— De patience à nervures pourpres , 181 
Mufc-clair, efpece de vigogne , par bain de peri- 

ploca gneca, 285 

Mufc-olivâtre , du perfïl de montagne , ibid. 

Mufc , du bois écorcé de peuplier d'Italie, 288 
Mufc très-beau , par bain de la pimprenelle fraîche, 

3:2 
•—Des brindilles du placqueminier , 305 

• — De Técorce du platane ibid. 

Mufc-clair , du bois & écorce dudit , ibid< 

•— Foncé , des fleurs de pœône , ibid. 

— Clair , des tourtes du marc de poiré féché, 306 

— Clair & joli , des tiges de la pyramidale, 309 
Mufc-doré , de la reine des prés ^ 3 1 1 
«— De ladite plante féche , ibid. 

**— Olivâtre,, 



DES COULEURS. 385 

— Olivâtre , de la renoncule jaune , page 311 

— Des brindiljes du romarin, 314 

— Tranfparent , en déchet de bain de rofe-d'Inde, 

— Clair & doré , des brindilles du rofier à fleurs 

jaunes, 318 

— Très- beau, des fleurs du fainfoin d'Efpagne, 

Mufc-maron , des tiges fleuries de la falicaire, 320 

— Des fommités de fapin , ïbid. 
•— Tabac d'Efpagne , des tiges fraîches du farrafin, 

3^i 

— Des fommités fleuries dudit , ïbid. 

Mufc-Nankin , prefque canelle , des tiges du far- 
rafin grimpant , 330 
Mufc-aurore du farrafin lizeron , 331 
Mufc , par bain de plante fraîche de grande fero- 
phulaire , 334 

— Jaunâtre , d'une fleur de foleil , ibid. 

— Des fleurs féches de fureau , 341 

— De déchets de baies de fureau, 341 

— Des baies de fureau fermentées > 343 
Mufc riche , par bain de feuilles mûres de tabac 

féchées, &c non apprêtées, 346 

Mufc-clair , defdites feuilles cueillies avant matu- 
rité employées vertes , 3 47; 

Bb 



3*6 TABLE 

Mufodoré , par bain des tiges en boutons de la. 

tanaifie, page 347 

•— Clair , du thlafpi arvenfe , 348 

— Mordoré , en bain de l'écorce des racines de 

tormentille , 350 

— Clair , en bain de verge d'or du pays , 353 

— Idem , par bain de verveine , 355 

— Foncé en bain de farmencs de la vigne à vin , 

— Foncé mordoré , par bain de Técorce de viorne, 

— p Des baies mûres de l'yèble, 359 

— Defdites baies féchées au four, 360 

Nankin , Cocon de Siam. 

Nankin riche , première mife en bain des brindilles 
de l'arbre de Judée, 52 

— Idem, en bain d'acacia-rofe , 5 ^ 
— -« Rofé, en brindilles d'azédarach d'Italie, 56 

— Coton de Siam , par brindilles de l'amélan- 

chier, 63 

— Doré, en bain des tiges fleuries d'aigremoine , 

6$ 

— Canelle , en bain d'apalachine , 78 

— Cotoa de Siam , en bain d'écorce de bouleau , 

90 



DES COULEURS. 387 

— Tendre, en bain de cerifes mûres, page 143 

— Id....Id. de cerifes de Zara, 144 

— Idem , en bain d'eupatoire d'Avicenne, 167 

— Id. . . . Id. de grofeilles rouges , 218 

— Idem , des fleurs d'haricots àJa Reine, 220 

— Idem, du lotier hémorrhoïdal , 243 

— Idem , du bois frais écorcé de micocoulier^ 5 3 

— Idem , du gros bois d'oranger, 268 

— Riche , des noyaux de pêches, 286 

— du bois écorcé de peuplier d'Italie, 288 

— Idem , de tous les peupliers , 301 

— Du bois écorcé du pin de Genève, 304 
— « des brindilles du rofier-canelle , 317 
Nankin rofant, par bain de fon du farrafîn , 329 
Nankin-mufc des plantes du farrafin-lizeron , 331 

— Coton de Siam , en bain du bois frais écorcé 

du faule , 333 

— Idem , riche , du bain de brindilles du foibier 

des Oifeleurs, ^G 

— Blond, de bain de fpiraea opulifolia, 340 

Noisette, 

Noifette-foncée , prefque mufc , première mife 
en bain de brindilles de l'arbre aux boutons , 

Noifette-dorée , en bain d'airelle, 77 

Bbi 



388 TABLE 

Noifette , en bain de benoire , page 84 

— Rofée , en bain de catalpa , 87 

— Douce, en bain de bouleau fec, 89 
— - Pourprée , en bain de bouleau , en partie fec , 

ibidm 

— Foncé , en bain de bruyère commune fraîche , 

120 
— * Clair , en bain de buis des forêts , 115 

— -* Idem, des cônes de pin réiîneux, 151: 

— Rofée , en bain d'écorce rouge des racines de 

cornouiller , 155 

•— Clair , du bois écotcé dudit , 154 

— ■ Idem , du mélange des bois d'ébénier des Alpes 

& de ptaeka , 16$ 

— Canelle rofée , des racines de l'épine noire, 165 
— » Cocon de Siam , du bois de gros érable , 166 

— Par bain de foin fec , & bain acidulé de ga- 

rance, 184 

— Tendre, en bain d'écorce du fufain , 190 

— Idem, de bain du bois de genièvre, 210 

— Foncée , des brindilles de grofeiller ., 217 

— Tendre , du bois fec d'if j 228 

— Foncée s rofée , du bain de bois du laurier- 

thim , 137 

— Nankin en bain du bois frais écorcé du mar- 

faille, M 9 

Noifetce-olivâtre , en bain de bois de nerprun, 160 



DES COULEURS. 3S9 

Noifette un peu violante , par bain de brindille s 
d'olivier de Perfe , page 267 

Noifette, par bain de bois écorcé d'orme , 169 
Noifette-Nankin , en bain des fleurs de l'orpin ,2-1 
Noifette-olivatre de pavot noir, 281 

Noifette, par la longue cuite du bois de tous les 
peupliers» 301 

Noifette de longue cuite des feuilles du pin réfî- 
neux x 303 

Noifetre , par bain de pruneaux fecs , 308 

Noifette-rembrunie , par bain des raifins noirs 3310 
Noifette-rofée , des brindilles du rhamnoïdes ,313 
Noifette-Nankin , en bain du fouci de Barbarie, 339 
Noifette-Nankin, par bain de Técorce de tilleul, 349 
Noifette-mufc , des racines de tormentille , 353 

Olive. 

Olive-grifaille, de première mife en bain de tiges 
d'abfynthe ., 64 

Olive , en bain de tiges fraîches d'apocin, 75 

Olive-grifaille , en bain du blé-de-vache , 87 

Olive-terne, en bain de brindilles vertes de bou- 
leau & vitriol , cjo 
Olive-claire j en bain des racines de bourdaine, 94 
Olive, prefque vert natif, en b:Àn des plantes mû- 
res du bromus reclorum , 1 17 

Bb 3 



59° TABLE 

Olive-grifaille , de bain de brunelle , page 120 
Olive-tranfparente , par peuplier & bois de Cam- 
pêche, 134 

Olive-claire , par bain de centaurée-fcabieufe , 142 
Olive-jaunâtre , par bain du champignon hideux, 1 46 
Olivâtre , par bain du petit chêne , 1 47 

Olive-jaunâtre-brillante, en bain de fleurs du col- 
chique des prés , 151 
Olive-jaunâtre , du bain de branches de coudrier , 

M7 
Olivâtre 5 par bain de cytife a poils, 160 

Olive-foncé-natif , par bain des cofles féches de 
groffes fèves j 181 

Olive-franc. Idem , fur laine E 9 1S2 

Olivâtre-tranfparent, en déchet de gaude verte,2 3 
Olivâtre, par déchet du bain de géranium mufqué, 

211 
Olive-jaunâtre , en bain de l'herbe de Sainte-Barbe, 

222 
Olive-claire , par bain de jacée noire , 225 

Olive-jaunâtre , par bain des tiges mûres de la jer- 
notte , 227 

Olivâtre , des baies mûres de lierre , 2 ?9 

Olive-brune , mais dorée , en bain de mercuriale 
fermentée, 252 

Olive-jaune-dorée , par bain de l'éeorce des bran- 
ches de noyer, 1C1 



DES COULEURS. $91 

Olive , par bain des racines de patience aquatique % 

page 280 

— Plus intenfe , au moyen d'un peu de folution de 

fer , ibii. 

Olive-franche , par bain de feuilles de pavot ma- 
cérées, 281 

Olive tendre &c native , en bain de plantes de pen- 
(ées , 283 

— - Claire & tranfparente > en déchet de penfées 
fermentées, ibid. 

Olive tranfparente, en brindilles fraîches de peu- 
plier & neuf grains de Campèche , hjj 

~ Plus intenfe en doublant le Campêche , ibid. 

— Par peuplier réabattu en vin de bourdaine ôc 

baies féches d'icelle, 299 

Olivâtre, en bain de thym, 348 

O m b r e , ou Bruniture de jaune j piétage 
pour Carmélites, 

Ombre, par féconde mife en bain de Talaterne à 
feuilles étroites , 46 

— De jaune-orangé , première mife en bain des 

brindilles d'aurone , 5 7 

— En bain de brindilles d'aune , ) 9 
— - Foncé , en bain de farments du bourreau des 

arbres , 1 1 6 

B b 4 



39* TABLE 

~ De jaune-rougeâtre , en bain de petite cen- 
taurée, page 142 
■£• Jaune couleur de chair , idem , idem , ibid. 

— Mat, en bain de centaurée-fcabieufe , ibid. 

— Jaune-terne de racines de grande chélidoine, 1 47 
-— De bain de clémathite , 1 co 

— De féconde mife en cytife trifolium , 161 

— Fauve , du bois d'églantier , 1 6 4 

— Olivâtre , par bain de brindilles de l'émérus, ibid. 

— Jaune ^ de bain de fenouil , 169 

— Idem , du genêt d'Efpagne, 209 

— Abricot, de l'hellébore griffon, 221 

— Opaque , de l'herbe à coton , ibid. 
•— Olivâtre, de l'herbe au chantre , 222 
» Chamois y du bois de lierre , 238 

— Jaune-brun , du bois fec de lilas , 239 

— Jaune-grifaille 3 par bain des tiges fleuries de 

lifîmachie, 243 

— Jaune , du bain de mélilot, 250 

— Olivâtre, du bois de mûrier noir, 256 
jmmm Du déchet de bain d'olivier, 16 7 
- — - Mat-verdâtre , des brindilles d'oranger , 268 

— Orangé mat , du bain d'écorce d'oranges mûres, 

ibid. 
— - Jaunâtre, des tiges & feuilles du palma Chrifti, 

278 
■— Du peigne de Venus,. 282 



DES COULEURS. 39 j 

— Olivâtre, en bain de penfées, 283 
•r- Mat. Idem , des penfées de Rouen , 284 

— En déchet de bain de reine des prés, 311 

— De ladite plante féche , ibid. 

— Des racines de ronce commune , 315 

— En déchet de bain de farrette , 332 
— — Olivâtre , de folidago femper virens, 3 3 5 

— Idem , de brindilles de fureau , 340 
Ombre de jaune-ravenelle , par bain de fuie de 

cheminée, 344 

— Par fuie concrète, 345 

— Des brindilles du tamaris, 347 

— Verdâtre des tiges de thali&rum , ibid. 

— Ravenelle-terne , de troifieme mife en bain de 

petit trèfle , 351 

— Terne , du trefïe rouge frais , 552 

— En déchet de fleurs de verge d or du Canada , 

354 

— Olivâtre , de véronique lierrée , ïbid. 

— Idem, plus tranfparent fur LF y ïbid. 

P O U R f R E. 

Pourpre fcrieux , procédant du bain de bois de Fer- 

nambouc fur laine d'apprêt E 8c O, 170 

Pourpre-çouge , ou giroflée , idem , 171 

Pourpre-giroflée , par Ferjiambouc &c écorce de 

bouleau fur laine d'apprêt E , 173 



394 TABLE 

Prunes. 

Prune d'Oiflel , par bain de baies mûres Se fraîches 
de bourdaine , page 95 & y6 

— ■ Idem , opération en grand , 99 

Prune de Monfieur 5 par bain de l'écorce de bou- 
leau & Campêche , 134 

— Par bain de (on de forgho , 337 

Ronce- d Artois. 

Ronce-d'Artois , par bain des tiges & feuilles fraî- 
ches de l'arroche violette , 74 

— Par bain darroche puante , ïbià. 

— Par bain de plante entière de balfamine, 81 
— - En déchet de bain de baies de bourdaine fer- 

mentées, 112 

— Par bain de baies féches de la bourdaine , 116 

— Des plantes de camomille puante, 117 

— Du bain de cerfeuil mufqué féché à l'ombre , , 

— Des brindilles en feuilles de citronier , 150 

— Des plantes de petite ciguë , ibid. 
Ronce-d'Artois, par bain de plante fraîche d'épi- 

nars, \66 

•— Du bain de l'euphorbe des marais, 168 



.DES COULEURS. 395 

Idem, de l'euphorbe cypariffias , page 16% 
Du déchet de bain de gaude verte , 205 

De première mife en bain de getfe jaune fur 
laine d'apprêt E , 212 

D'écorce de micocoulier , 255 

En brindilles de peuplier réabatcue en bain de 
baies féches de bourdaine, 291 

Répétée un peu en grand , ibïd. 

En bain de véronique des haies , 355 



R o 



S E. 



Rofe , par déco&ion des haricots d'Efpagne, 219 

— Plus rendre , par déco&ion d'haricots roux- 

jafpés , ibid. 

— Des racines du grand lizeron, 242 

— En bain d'orceille des Canaries virés par les 

acides, 272 à 274 

Rouge. 

Rouge exalté , imitation d'écarlate , par bain de 
racines féches du caille-lait , 117 

— Des racines féches de croifette du Portugal , 

158 

Rouge-maron, par bain de garance & fumac , 193 

Rouge-pourprant fur laine LF j engaH , teinte en 

bain de belle garance, 194 



396 TABLE 

Rouge exalté comme écarlate d'Angleterre , en 
belle garance, page 194 

— Plus rofé,idem, 195 

— La plus vraie imitation de l'écarlate par ga- 

rance , ibid. 

— Plus jaune brûlant, par bain de garance de 

Chypre , ibid. 

— Couleur de fleurs de glaucium , 196 

— Couleur de feu , ibid. 

Nature de l'eau employée, 197 

Effais infrudtueux pour rofer ces imitations 

d'écarlate, 198 a 199 

^- Qui approche du coquelicot des champs, 200 

Rouge imitant Pécarlate , par bain de garance j fou- 
rnis à la fabrication & au Foulon , ibid. 

Rouge exalté fur laine E &c O , teinte en bain de 
belle garance , ibid. 

-•- Par folucion en acide marin fumant, 201 

Avantages de ces imitations d'écarlate, ibid. 



Ventre-de-Crap 
Piétages de Carmélites. 



a u D 



Ventre d'uto olivâtre-fale , en bain de branches de 
l'arbre du vernis, 64 

— En bain d'aftragalle , 68 

— En bain d'amorpha, 73 



DES COULEURS. 397 

-■ — En bain de bourfe à Pafteur , page 1 1 S 

— - En bain de conife , 152 

— En bain de brindilles & feuilles de houx, 224 

— En bain de gros bois de jonc marin , 230 

— En bain de marrube blanc , 248 

— Idem , de pied- de-lit, thymus acinos, 502 

— En bain de fariette , 332 

Ve ntre-de-Bi ch e. 

Ventre-de-biche , par bain de bois d'althea , 61 

— Foncé , bain d'écorce de jeune chêne, 147 

— Brillant, par bain de l'ébénier des Alpes, 163 

— Par bain d'écorce de genêt, 207 

— Des brindilles de gledicfia, 216 

— De laitue potagère , 235 
»— Des brindilles de fophora , 335 

Vert, 

Vert natif, par bain des baies mûres & fermentëes 
de bourdaine, 103 à 110 

Vert-pomme de l'écorce du frêne, 186 

Vert fur laine piété de bleu , apprêtée L F, teinte en 
bain de Peuplier d'Italie , nuance un peu oli- 
vâtre, 290 

Vert-pomme , par bain des fleurs de violette , 3 5 £ 



398 TABLE 

Vigogne* 

Vigogne claire , en bain de brindilles de l'acacia de 
Sibérie, page 55 

— Fauve , en bain de brindilles féches d aune , 60 

— Dorée , des feuilles d'artichaut , 65 

— Jaunâtre, de Parrête-bœuf, 73 

— Dorée, de Pangélique fauvage, 78 

— Tendre , de la plante de bacinet, 79 
-— Du bagnaudier commun , 80 

— Coton de Siam , en déchet de fleurs de balfa- 

mitie, 81 

— Foible, en bain de berle, 84 

— En bain des tiges de caille-lait, 127 

— Dorée , des tiges de campanulle , 1 2.8 

— Claire , de bain de chardon-Roland , 144 

— Du chèvrefeuille bleu, 149 

— Du chèvrefeuille des haies , ibid. 
—- Claire , du bain de coquelourde , 155 
* — Très-belle, de coronille glauque, 156 
4M Tendre , des branches de figuier, 18I 
— « Noifette,en bain des farments du framboifiec 

de Canada, 186 

— Franche , du bois frais écorcé du frêne , 186 
— - Rouffe , du cœur de genêt , 204 

— Plos intenfe fur laine AT dans le même bain,i£. 



DES COULEURS. 399 

— Dorée , en bain de gefle , page 1 1 1 

— Claire , des tiges du grateron, 217 

— Dorée , du grofeiller épineux , 218 

— Des jeunes branches d'hélianthême , 220 

— Dorée , en bain d'herbe-au-chat ., 222 
— • Claire, des tiges de houx frelon, 225 

— Dorée j des brindilles de jafmin blanc ., 227 

— Idem , de bain du laitron commun , 232 

— Idenij du laitron du Japon, 23} 

— De bain de laitue fauvage , ibid. 
- — De laitue potagère fur laine E , 235 

— Dorée, des jeunes branches de lilas, 240 

— Tendre , de la luferne en foin, 244 

— Du lychen prunaftri , ibid. 

— De moufle verte du pied de hêtre , 2^5 

— Des tiges du mufle de veau > ibid. 

— Mufc , des branches de myrthe d'eau , 257 

— Dorée , en bain de nefïles mûres , 258 

— Des brindilles de nerprun, 259 
Vigogne y par bain de coquilles de noix féches , 

161 

— Canelle , d'écorce d'orme fur E, 170 

— Dorée Idem Idem. ibid. 

— Idem, en bain de tiges d'ofier fleuri, 278 

— Idem , en bain de paille féche de froment, ibid. 

— Idem , des tiges de panais, 279 

— Idem., des farments de grande pervenche, i$6 



400 TABLE 

— Par longue cuite de tous les peupliers, page 301 

— Tendre, du bois écorcé de platane, 305 

— De plante de reine Marguerite , 3 il 
— - De bain de plante de renouée , 311 

— Idem, de fainfoin vert, 319 
— - Douce, de décoction de fcorzoiiere, 334 
— «< Canelle , de fleurs & cotons frais du fureau 

commun,, 341 

— ■*- Fauve, d'écorce de fycomore, 345 

-— Olivâtre, des tiges de thali&rum, 347 

— Vraie , par bain de brindilles de tilleul en fève, 

349 

— - Canelle , en bain de racine robée de tormen- 
tille , 350 

— Des baies mûres de troène , 353 

— Dorée , mufc-clair , par bain des brindilles de 

viorne ., 357 

— Olivâtre, des tiges fleuries de la vipérine, 3 5 8 

Violet. 

Violet-pourpre , procédant de laine d'apprêt E en 
bain de Campêche , 130 

— Giroflée-violette , fur laine E Se O , en bain de 

Campêche & alun , 135 

Violet tranfparent , fur laine d'apprêt LF > en bain 

de Campêche &c écorce de bouleau, ibid. 

Violet, 



pES COULEURS, 401 

îViolet , die Américaine > par bain d'écorce de bou- 
leau & très-peu de bois de Campêche^og^ 1 $ S 

Violet intenfe & brillant, par bain d'écorce de bou- 
leau 8c Campêche j ibïcL 

Violet folide, par bain de Campêche , en fubfti- 
tuant l'alun à Pécorce de bouleau., 137 

yiolet , par bain de peaux des grofles grofeilies 
violettes j 118 

Fin de la Table des Couleurs^ 



E< 



4è£ 



9^i^mjKàMasmma BB®3tim8&*aBii 



TABLE 

DES. MATIERES. 



page 72, 

U 
SJ 

ibid. 
64. 
6 9 
6% 

75 
4t 



Abricotier, 
Abfynthe , 
Acacia (Pfeudo) , 
Acacia rofe , 
Acacia de Sibérie , 
Agnus Caftas, 
Agripaïime , 
Aigremoine y 
Airelle , 

Alaterne , larges feuille; , 
Alaterne des roches de Diep- 
dalle , 4^ 

Alaterne à feuilles étroites 5 4 $• 
Algaiou , Porte-chapeau , 70 
Alizier, 63 

Althaea ,. 60 

Amaranrhe, 69 

Amélanchier > 6 3 

Amorpha, 71 

Angélique fauvage , 78 

Apalachine ., ibid. 

Apocin, 7j 

Arbre aux Anémones , 49 
Arbre aux Boutons , 5 1 

Arbre de Judée, 51 

Arbre de Neige , 50 

Arbre Poifon, ibid. 

Arbre du Vernis, 64 

Arbre de Vie , Thuya de Ca- 
nada» 47 



Arbre de Vie , Thuya de la 

Chine , page 48 

Argentine. Herbe, 71 

Argentine, Fruticofa, ibid. 

Àriftoloche Clématite, ibid. 

Armoife , 77 

Arrête-bœuf des champs , 73 

Arrête-bœuf, Natrix, ibid. 

A r roche violette , ' ibid» 

Arroche puante , 74 

Artichaut, 6% 

Aftragaîle, . 68 

Attelier, n 

Aubépine, 61 

Aubifoin , 6$ 

Avertijfement, 1 

Aune , : 57 

Aune écorcé , 59 

Aune en brindilles , ibid. 

Aurone, %6 

Azédarach d'Italie , ibid$ 

B. 

H A CI NET, 79 

Bagnaudier d'Orient , ibid. 

Bagnaudier commun, 80 

Balfamine des jardins , ibid. 

Bardane , 8 a, 

Béhen blanc, 8$ 

Belle-Dame, ibid. 

Benoite , 84 

Bcrle, ibid. 



TABLE DES 

Cétoine , page 84 

Bette-Rave, 8? 

Bidens Tripartita, ibid» 

Bignonia Catalpa, 86 

Bîftortc , 87 

Blé de Vache des bois , ibid. 
Blé de Vache des prés, 88 
Bois d'Angolc , 179 

Bois de Bréfillct , 177 

Bois-joli, 88 

Bois de Sainte-Marthe , t 74 
Bonduc, 8 S 

Bouleau, S 9 

Bouleau (écorce de), 80 à 92 
Bouleau ( brindilles de^t, 89 
Bouleau merifier , 9 5 

Bcurache, ibid* 

Bourdaine, £3 à \\6 

Bourdaine (baies féches de ) , 

114 
Bourreau des Arbres , 1 16 
Bourfe à Pafteur , 
Bromus Teétorum , ibid\ 
Brou de noix , 117 

Brunclle, 120 

Bruyère commune, ixoai 14 
Bruyère élégante , ibid. 

Brycne noire , 115 

C. 

Cabarit, oreille d'hom- 
me, T26 
Cai île-lait à-fleur jaune , ibid. 
Caille-lait à fleur blanche, 1^7 
Camomille puante , ibid. 
Campêche (bois de) , 118 à 

Capfules de Faînes , 1 $9 

Capucine , petite ., ibid,. 

Carotte fauvage , 140 

Carotte cultivée, ibid. 

Cafîis , ibid. 

Centaurée , petite > 141 



MATIERES. 40? 

Centaurée fcabieufe,/?tf££i 41 
Cerfeuil mufqué , ibid» 

Cerfeuil, ordinaire, 145 

Cerifes mûres , ibid* 

Cerifes de Zara , ibid. 

Chardon à Bonnetier, 144 
Chardon-Roland , ibid» 

Charme commun , ibid» 

Charme à fleurs de Virginie , 

Champignon hideux , 146 
Champignon écarlate, ibid* 
Châtaignier , ibid. 

Chélidoine , grande > ibid» 
Chêne , petit * Chamaedris , 

Chêne , Robur , ibid, 

Chine a feuilles de faule, 14S 
Chanvre , ibid. 

Chèvrefeuille des Alpes> ibid» 
Chèvrefeuille bleu, 149 

Chèvrefeuille de nos hak« , 

ibid. 
Chicorée fauvage , ibid» 

Citron icr , 7^0 

Ciguë , petite des fables, ibid. 
Clémathite des haies , ibid. 
Colchique des prés ». ibid. 
Condrille, 149 

Cônes de Pin réfîneur, 151 
Conife, 151 

Confoude % grande. > fleur 
«ougej 151 

Coquelicot,. T<1 

Coquelourde, rf$ 

Cornouiller maîe , SbiÛ* 

Cornouiller fanguîn^ tp; 
Coronille , glauque, t et 
Coudrier ^ ibid 

Couronne Impériale , 1^7 
Croifette de Portugal, ihi-L 
Cupules ce chêne, ici 

Cure uma, ibia, 

Cy pres commun ^ ty, 

G c 2. 



TABLE DES MATIERES. 



404 

Cyprler, page 1^9 

Cytife à poils, 160 

Cydfe à feuilles arrondies , 

ibid. 



JL/iervtlle de Canada, 1 £ 1 
Dompte-venin , 1 6 z 

Douce-amere > 



ibid. 



E. 



ILbénier des Alpes, T65 
Églantier ^ ibid. 

Émérus , faux fçné , 1 6^ 
Epinervineçte , ibid* 

Épine noire, Prunellier, i£j 
Épinars, 166 

Érable, ibid. 

Eftragon , 1 67 

Eupatoire d'Avicenne, ibid. 
Euphorbe des marais , ibid. 
Euphorbe , Cypariflias , 16% 



F, 



Ienouii, 16$ 
Jernambouc (bois, dç) , 1 6? 

Fève de marais , i8p 

Figuier ? 181 

Filaria , 185 

Foin fec , ibid. 

Fougère femelle s 184 

Fraifier , ibid. 
Framboifier de Canada , 185 

Frêne, 186 

Fumeterre 5 187 

FuPret, i$9 

Fufain , ibid. 

G, 

Ga Xi £ OP S JS-T1 TRAHIT, 

1^0 



Galeopfîs-ladanum,/^. i?t 
Garance , ibid. 

Gaudc , 20* 

Genêt à balais, xo$ 

Genêt à poils , 208 

Genêt d'Efpagnc, 109 

Genêt des Teinturiers , ibid. 
Genièvre, 210 

Géranium , à grandes fleurs % 

ibid. 
Géranium , herbe à Robert , 

ibid. 
.Géranium mufqué , ibid. 
GefTe , 211 

GefTe jaune , ibid. 

Giroflée, 212 

Gleditfia, 216 

Grateron, ibid- 

Grevia, 117 

Grofeiller rouge à grappes , 

ibid. 
Grofeiller épineux des haies , 

118 
Guy de pommier, ibid. 



H, 

Haricots d'Efpagne, 218 
Haricots roux jafpés , 1 1 9 
Haricots à la Rçinç, 22® 
Héiianthême , ibid. 

Hellébore , pied de Griffon , 

ni 



Herbe à coton , 


ibid. 


«-t Vulgo Impia , 


ibid,. 


Herbe au Chat, 


zil 


Herbe du Chantre , 


ibid. 


Herbe Sainte-Barbe , 


ibid. 


HcrbeàPÉperviçrj 


ibid. 


Hêtre , 


225 


Houblon, 


2H 


Hpux, 


ibid, 


Hqux Frelon, 


ibid* 



TABLE DES 



J. I. 

Jacée hoikh, page zi$ 

Jacinthe des bois , ijjjd* 

Jacobée , ibid. 

Jacobée , grande , des marais, 

226 
Jafmin jaune des bois , ibid. 
Jafrr.in blanc commun , 227 
Jernotte , ibid* 

If, ibid. 

Immortelle jaune des bois , 

Inula difenterica , ibid. 

Jonc marin , 250 

ïufquiamc, 131 

L. 



XJAITR on, 


*J* 


Laitron du Japon , 


ibid. 


Laitue fauvage , 


-3 3 


Laitue potagère, 


H4 


Lampf ane , 


*JI 


Laurier-franc, 


ibid. 


Laurier-rofe , 


ibid. 


Laurier-cerife, 


i.%6 



Laurier de Portugal , ibid. 
Liriodandron tulipifera, ibid. 

Laurier-thim , M 7 

Lauréole , ibid. 

Lavatcre , ibid. 

Lavande , ibid. 
Leonurus Marrubiaftrum , 

Lierre, ibid. 
Lierre terreftrc, 239 
Lilac , ibid. 
Linaire, 240 
Licjuidembar, ibid. 
Liieron, petit, 14 1 
Liferon , grand , fleur blan- 
che , "" ibid% 



MATIERES. 4*9} 

Lifimachie , page 245! 

Lotier hémorrhoïdal , ibid 9 
Luferne , ibid. 

Lychen Prunaftri , 24^ 

M. 

JVlAHALEB, 24 5 

Maronnier-d'Inds^ 24$ 

Maronnier- d'Inde , Pavia , 

ibid. 
Marrube noir , 248 

Marrube blanc , ibid* 

Mar faute, ibid. 

Mélèze, 250 

Mélilot, ibid. 

Menthe des marais , ibidm 
Mercuriale annuelle , ibid. 
Mérifier, 252V 

Micocoulier, 255 

Milîefeuille, 254 

Millepertuis, ibidm 

Molêne , ibid. 

Mordant de M. Delafollie, 

— Modifié , z$6 
Mordant pour exalter la ga- 
rance , 24* 

Mordant pour les jaunes, 16 

— Par fel marin, 27 
Mordant pourpre de CalTius , 

^9 

Mordans nuls , 30 

Mordant par acide marin fu- 
mant , 3 1 

Mordant par les bois colo* 
rans, 35 

Mordant fmgulier, 34. 

— Idem, 3? 
Mordant par diflolution de 

cuivre, 36 

— PardiiTolutiondefer,/£/</. 
Mordant par tartre & alun, 3 7 
Morellc,, 254 



40* TABLE DES 

Mou/Te verte, page 255 
Mufle de veau , ibid. 

Mufle de veau , petit, ibid. 
Mûrier noir, i<6 

Mûrier de la Chine , ibid. 
Myrthe d'eau, ibid* 

N. 

Wefflier, 2^7 

Nerprun , 258 

Nez coupé, 260 

Noyer commun , ibid. 

Noyer noir de Virginie, 262 

O. 

vJb 1 1 r à fleurs fîmples,2<Î4 
CEil de Chrift, fleurs gris-de- 

Hn, " z6% 

CEil de bœuf, z66 

Œillet-d'Inde, ibid. 

Olivier , ibid. 

Olivier de Perfe , 267 

Oranger , ibid. 

Orceille des Canaries , 271 

Origan , 268 

Orme , 2 69 

Orpin, 271 

Ortie , grande , 274 

Ortie grièchc, 276 

Ofeille , 277 

Ofier jaune , ibid* 

Ofier fleuri , ibid. 

P. 

X AILLE DE FROMENT féche, 

278 

Palma Chrifli , Ricin , ibid. 
Panais, 279 

Pariétaire , ibid. 

Pafle-rage , Lepidium , ibid. 
Patience aquatique, 180 



MATIERÏ5, 

Patience deschamps,/?rf££ if 
Patience à nervures pourpre; , 

ibid» 
Pavot noir, 2Ï"i 

Peigne de Vénus , ibid. 

Pènfée, 282 

Periploca Graeca , 2 84 

Perfîcaire , Noftras , 2 8 y 
Perfîcaire d'Orient , ibid. 
Perfîl de montagne, ibid. 
Pervenche , grande , 286 
Pêcher , ibid. 

Peilplier d'Italie, ibid. 

Peuplier noir des rîvierèi?,t££ 
Peuplier noir de Virgi 

nie , 
Peuplier Liart , M 0<5 

Peuplier Ypréau, 
Peuplier-Tremble , 
Pied-de-veau, 3 or 

Pied-de lit, ibid. 

Pied-de< loup , 302 

Pied-d'alouette de jardin, /£/</. 
Pimprenelle, ibid, 

Pinréfineux, ibid. 

Pin de Genève , 303 

Placqueminier , 304 

Platane, 30 ? 

Pϙne femelle, ibid. 

Poirier , ibid. 

Poivre de Guinée , 306 

Pomme de terre , 307 

Pommier cultivé , ibid. 

Prunier cultivé , 308 

Prunier de SiWrie , 30^ 
Pyracantha , ibid* 

Pyramidale , ibid* 



Kais ins n oirs , ;to 

Ravenelle , ibid* 

Reine des prés , ibid. 

Reine Marguerite , 3 1 ». 



TA BLE DES 

Renoncule jaune, page 312, 

Renouée , ibid. 

Rhamnoïdes , 313 

Rhus de Virginie , ibid. 

Romarin, 314 

Ronce commune , ibid. 

Rofeau à balais , 3 1 j 

Rofe-d'Inde, 316 

Rofier-canellc , 3 z 7 

Rofier à fleurs jaunes , ibid. 

Rhue , 318 
S. 

Oabine, 3 1 S 

Sainfoin commun , 3 19 

Sainfoin d'Efpagne , ibid. 

Sali caire , ibid. 

Sapin, 320 

Sarrafin , ibid. 

Sarrafîn grimpant , 330 

Sarrafîn liferon , 331 

Sarrette , ibid. 

Sarriette , 331 

Sauge , grande , ibid. 

Sauge des bois , ibid. 

Saule de rivière, 333 
Scabieufe , Mors-diable', ibid» 

Scrophulaire , grande , 334 

Scorzonerc , ibid. 

Soleil , grand annuel, ibid 9 
Solidago,Semper-virens,^/V. 

Sophora Synioa , 335- 

Sophora Japon i:a , ibid. 

Sorbier des Oifeleurs, ibid. 

Sorgho , Millet, 336 

Souchet , grand , 3^8 

Souci de Barbarie, ibid. 

Souci des viernes , ? \9 

Spir^a Opulifclia , ibid* 



M A T I E R E S. 407 

Sumac vrai , page 340 

Sureau commun , ibid. 

Sureau a fruit rouge, 3*? 1 
Suie de cheminée, 344 

Sycomore , 34* 

Syringa , 34* 

T. 

i A BAC, 34$ 

Tamaris, I47| 

Tanaifie , ibid. 

Thali&rum Aquilegifolium % 

ibid. 
Thlafpi Arvenfe, 348 

Thym , ibid. 

Tilleul , ibid. 

Tomate, 349 

Tormentille , ibid. 

Trèfle , petit , à fleur jaune, 

31° 

Trèfle, grand , à fleur rouge. 

^* 

Troène ib\d% 

V. 

Verge D'OR,Nolrra»,3^ 
Verge d'or de Canada , ibid. 
Véronique lic^réc , 354 

Véronique des haies , 3 5 % 
Verveine , ibid% 

Vi^re à vin , ibid* 

Violette des jardins , 35* 
Viorne, 357 

Vipérine, 35 j 



Y. 



EB1E 



35* 



Un de la TabU des Matières* 



i 



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DAMBOURNEY, L[ouis-] A[uguste] (1722-95). Recueil de procèdes et 
d'expériences sur les teintures solides que nos végétaux indigènes 
communiquent aux laines § aux lainages. 8vo. 2 leaves, 407pp. 
Contemporary half calf , front free endpaper lacking. Boards a little 
worn, but a fine copy. Printed by crder of the Government. Paris: 
Ph.-D. Pierres, 1786. $150.00 

FIRST EDITION of a work on the utilization of indigenous French 
vegetàble substances in industrial dyeing processes. The main portion of 
the work is an alphabetical dictionary of the vegetables and their appli- 
cations. Of particular interest is the extensive, detailed index which 
lists by color more than 25 gênerai colors with ail their possible variations, 
the methods used to obtain them and the page on which the explanation is found. 

As head of the botanical garden in Rouen, Dambourney, a chemist and 
botanist, used his office to expand the use of vegetables, and indigenous 
vegetables in particular, in the French economy and démons trated through 
his numerous experiments the advantages his chemical applications of vegetàble 
substances to dyeing methods could hâve for manuf acturers . The government was 
so impressed with Dambourney' s work that they had his conclusions published 
in the work we are offering. Of particular value was Dambourney' s perfecting 
of the use of indigenous "vouede" or "pastel" as a substitute for the 
expensive imported indigo. 

Dambourney was also known for his researches on a coffee substitute, on 
ways of perfecting the production of cider, and one the use of "tafia" (a rum 
product) in the treatment of goût. 

For further information on Dambourney and his other publications see the 
article in Nouv . Biog . Gen .